Lecture de la deuxième des sept paroles de vie d’après le texte du pasteur Antoine Nouis

Bonsoir, je m’appelle Jonathan…. et aujourd’hui, je suis condamné à mort.

C’est l’heure du grand rendez-vous avec Adonaï, l’heure où on solde les comptes de toute une vie. Jusqu’à ce matin, j’étais sûr de moi, mais maintenant, je ne sais plus très bien.

Si je meurs sur une croix, c’est pour le service de mon Dieu. Je ne suis pas un criminel qui attaque les gens pour les voler. Je suis un militant politique, un patriote. Je suis zélote.

Lecture par le pasteur Andreas Braun, Église Protestante Unie de Bordeaux Talence

Quand j’étais enfant, mon grand-père racontait qu’il se souvenait du temps où Israël avait une certaine indépendance. Il parlait aussi du jour funeste où les troupes romaines sont arrivées à Jérusalem. Leur chef Pompée est entré à cheval dans le sanctuaire, et il a fait tuer 12.000 Juifs dans le Temple. Tout ça pour dire que la haine des Romains, elle est en moi depuis que je suis enfant.

Une fois adulte, je suis d’abord devenu pharisien. Mais après un moment je me suis dit que je ne pouvais pas me contenter d’attendre passivement la libération de Dieu, et qu’il fallait passer à l’action. Depuis Moïse nous savons que nous devons être les agents de notre liberté.

J’ai donc quitté le village et j’ai rejoint la clandestinité. Nous sommes organisés en bandes et nous avons trouvé refuge dans les montagnes.

Parfois nous organisons des actions de commando.

La semaine dernière, nous sommes tombés dans un piège. Nous avions repéré une caravane qui traînait un groupe d’esclaves. Nous les avons attaqués, mais les esclaves étaient des soldats déguisés. J’ai été fait prisonnier avec Baruch, un autre patriote.

Je connais le sort réservé aux zélotes et je ne me faisais aucune illusion…

J’avais déjà assisté à des crucifixions. Mais quand c’est dans vos propres mains et dans vos pieds que les clous sont plantés… (silence).

Le troisième crucifié est quelqu’un que je ne connais pas. Sur sa croix on a écrit : « Jésus, le roi des Juifs ». Je ne sais pas de qui il était le roi, mais vu la façon dont il a été fouetté, ce devait être  quelqu’un d’important. C’est probablement le chef d’une autre bande. En tout cas il ne manque pas de courage car il ne dit pas un mot…

En fait, il m’impressionne par sa dignité. Il a regardé les soldats romains, et il a dit : Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Je n’ai pas compris ce qu’il voulait dire. Je sais bien qu’Adonaï est miséricordieux… mais pas pour les Romains, les ennemis de son peuple !

S’il ne montrait pas tant de courage, je le prendrais pour un fou. Qui est-il donc pour demander à Dieu de pardonner à ceux qui lui font du mal ?

C’est alors que Baruch a commencé à l’interpeller : Si tu es le roi des Juifs, pourquoi ne fais-tu rien ? Plutôt que de demander à Dieu de pardonner à ces salauds de Romains, tu ferais mieux de lui dire de nous sortir de là. J’étais scandalisé, alors j’ai arrêté Baruch : Tais-toi. Tu ne crains donc pas Dieu pour t’exprimer ainsi ?

Baruch s’est tu et j’ai regardé celui qu’on appelle Jésus… j’ai vu une lumière dans ses yeux. Et dans cette lumière, il y avait une paix… qui ne pouvait venir que d’Adonaï. Je me suis senti tout petit à côté de lui.

Du plus profond de ma misère a germé un sentiment étrange, mais comment l’exprimer ? Je lui ai simplement dit : Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne. Il m’a regardé, et après un moment de silence il a dit : En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis.

Je ne sais pas très bien qui il est, mais quand je l’écoute et que je regarde sa dignité, je me demande si notre haine des Romains… n’est pas une impasse.

Car après tout s’il m’accueille moi… pourquoi pas eux ?

Nous t’adorons, toi le Seigneur,
tu t’es abaissé et tu nous as élevés,
tu t’es humilié et tu nous as honorés,
tu t’es fait pauvre et tu nous as enrichis.

Tu es né et tu nous as fait naître,
tu as reçu le baptême et tu nous as purifiés,
tu as jeûné et tu nous as rassasiés.

Tu as été prisonnier et tu nous as libérés,
tu as été soumis à l’interrogatoire et tu nous as fait siéger en juges,
tu as gardé le silence et tu nous as instruits.

Tu as été souffleté comme un esclave et tu nous as affranchis,
tu as été dépouillé de tes vêtements et tu nous as revêtus.

Tu as été attaché à une colonne et tu as détaché nos liens,
tu as été crucifié et tu nous as sauvés.

Tu es mort et nous as fait vivre,
tu as été mis au tombeau et tu nous as réveillés.

Source : Liturgie maronite, cité in Jean-Pierre Dubois-Dumée, Écoute, Seigneur ma prière, Paris, DDB, 1988, p.79

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