Prédication proposée par le pasteur retraité Roland Revet

de la communauté de l’Eglise Protestante Unie de Bordeaux Rive-droite

Ecoutez ou chantez le cantique 36/13 (ALLELUIA)

  1. Sur ton Eglise universelle Seigneur, tu veilles tous les jours.

Tu veux que chacun puisse en elle Trouver ta joie et ton amour.

Ton peuple cherche ta présence:  Toi seul, tu peux changer les coeurs.

Nous n’avons pas d’autre espérance: Sois au milieu de nous, Seigneur.

3.  Que l’Evangile se répande Par notre exemple et par nos soins!

Que tous les hommes qui l’entendent Soient à leur tour nouveaux témoins!

Que ton amour les renouvelle, Pleins d’espérance et pleins de foi,

Afin qu’au monde ils te révèlent, Toi, seul Seigneur et Roi des rois!

Lectures bibliques:

Psaume 27 (extraits)

L’Eternel est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je peur ?

L’Eternel est le rempart de ma vie, devant qui tremblerais-je ?

J’ai demandé une chose à l’Eternel, la seule que je cherche :

habiter la maison de l’Eternel tous les jours de ma vie,

pour admirer l’Eternel dans sa beauté et prendre soin de son temple.

Oui, il m’offre un abri au jour du malheur, il me cache au plus secret de sa tente,

il m’élève sur le roc.

Montre-moi, Eternel, ton chemin, conduis-moi par des routes sures.

J’en suis sûr, je verrai la bonté de l’Eternel sur la terre des vivants.

Attends l’Eternel, sois fort et garde courage, attends l’Eternel !

Actes 1, 10-26

10Et comme ils fixaient le ciel, pendant qu’il s’en allait, deux hommes en habits blancs se présentèrent à eux  11et dirent : Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous là à scruter le ciel ? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu aller au ciel.
 

Le groupe des apôtres

12Alors ils retournèrent à Jérusalem, depuis le mont dit des Oliviers, qui est près de Jérusalem, dans le rayon des déplacements autorisés le jour du sabbat.13Quand ils furent rentrés, ils montèrent dans la chambre à l’étage où ils se tenaient d’ordinaire ; il y avait Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques, fils d’Alphée, Simon le Zélote et Judas, fils de Jacques. 14Tous, d’un commun accord, étaient assidus à la prière, avec des femmes, Marie, mère de Jésus, et les frères de celui-ci.15En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères — le nombre des personnes réunies était d’environ cent vingt — et dit : 16Mes frères, il fallait que soit accomplie l’Ecriture dans laquelle l’Esprit saint, par la bouche de David, a parlé d’avance de Judas, qui a servi de guide à ceux qui se sont emparés de Jésus. 17Il était compté parmi nous et il avait eu part à ce même ministère. 18Après avoir acquis un champ avec le salaire de l’injustice, il est tombé en avant et s’est éventré, de sorte que tous ses intestins se sont répandus. 19La chose a été connue de tous les habitants de Jérusalem, à tel point que ce champ a été appelé dans leur langue Hakeldamah, c’est-à-dire « Champ du sang ». 20Or il est écrit dans le livre des Psaumes : Que sa demeure devienne déserte, et que personne ne l’habite ! Et : Qu’un autre prenne sa charge ! 21Il faut donc que parmi les hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus allait et venait à notre tête, 22à commencer par le baptême de Jean et jusqu’au jour où il a été enlevé du milieu de nous, l’un de ceux-là devienne avec nous témoin de sa résurrection. 23Ils en présentèrent deux : Joseph, appelé Barsabbas et surnommé Justus, et Matthias. 24Puis ils prièrent en ces termes : Seigneur, toi qui connais le cœur de tous, désigne lequel de ces deux tu as choisi, 25afin qu’il prenne sa place dans ce ministère, cet apostolat, que Judas a quitté pour aller à la place qui lui convenait. 26Ils tirèrent au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut adjoint aux onze apôtres.

Prédication du pasteur Roland Revet  (télécharger la prédication)

Imaginons une situation quelconque, un peu tendue et difficile comme, par exemple, une ville en état de siège ou une campagne électorale entre les deux tours. Le chef des troupes assiégées, ou le chef d’un des partis en compétition, a disparu, ou s’est retiré en assurant à ses partisans qu’il allait leur faire parvenir des secours ou qu’il avait entre les mains le moyen d’assurer la victoire. Ces gens ne disposent que d’une promesse. Que faut-il faire ?

Ils ont le choix entre une confiance tranquille et paresseuse : « puisqu’il s’en occupe, tout va bien, attendons.. », ou bien alors une attitude différente qu’on pourrait appeler l’espérance active : « organisons-nous déjà pour pouvoir utiliser au mieux les secours lorsqu’ils arriveront, ou la victoire quand elle sera là ! ».

Evidemment, de ces deux attitude, c’est la seconde qui est la plus prometteuse puisqu’elle consiste à se comporter dès maintenant en fonction d’une victoire espérée, quoiqu’encore incertaine.

Les disciples de Jésus, réunis à Jérusalem entre l’Ascension et la Pentecôte – mais aussi les croyants d’une façon générale tout au long de l’histoire, sont toujours plus ou moins dans ce genre de situation ambiguë et difficile. Que faire de la parole de Jésus : « vous allez recevoir la puissance du Saint Esprit et vous serez mes témoins » ? Après quoi, il disparaît. Faut-il croire, mais qu’est-ce que cela veut dire exactement ? La foi, à quelles démarches précises nous pousse-t-elle ? Croire est-ce simplement avoir en soi un vide, une attente que Dieu comblera peut-être un jour, ou bien est-ce une force qui nous conduit à agir comme si les choses annoncées étaient déjà arrivées ? Quelqu’un me téléphone pour m’annoncer sa venue, mais en termes un peu vagues, que faire ? Je peux attendre que cette personne soit arrivée pour préparer le dîner et faire sa chambre, ou bien me mettre à organiser la maison pour la recevoir et, lorsqu’elle sera là, elle saura qu’elle était impatiemment et joyeusement attendue.

Les apôtres, le jour de l’Ascension, se sont fait rappeler à l’ordre par les « anges » : « Ne restez pas là bouche bée à regarder le ciel, il y a à faire, en bas, à Jérusalem, pas sur la colline de l’Ascension. » Vivre sa foi, ce n’est pas fuir au ciel ou dormir en attendant que Dieu s’occupe de tout. C’est plutôt, comme on l’aurait dit pendant la dernière guerre, préparer le débarquement en faisant de la résistance, même si on n’est pas encore capable de remporter la victoire à soi tout seul.

Ces quelques versets du livre des Actes que nous avons lus nous parlent des premiers pas, très modestes, du groupe des disciples de Jésus qu’on a par la suite appelé « l’Eglise ». Les voici dans ce temps entre Ascension et Pentecôte, un temps qui est en fait assez typique de la vie de l’Eglise à toutes les époques. Qu’est-ce qu’ils ont fait ? Nous allons essayer de le voir, non pas pour y chercher un modèle à reproduire littéralement, mais pour discerner quelques points intéressants encore pour nous aujourd’hui.

En premier lieu, manifestement, c’est un groupe de gens qui attendent quelque chose. Attendre, ça peut être assez passif, on attend que ça passe. Mais il y a aussi dans ce verbe une association avec le verbe espérer, comme c’est le cas par exemple en espagnol où attendre se dit « esperar ». Attendre peut avoir du sens, par exemple quand on est dans la salle d’attente d’un médecin, quand on a de bonnes raisons d’espérer que la porte du cabinet médical va s’ouvrir. Les apôtres et les disciples y comptent bien, ils viennent se réunir dans la pièce où ils avaient vécu avec Jésus. Et ce n’est pas par pure nostalgie, on va le voir.

Ensuite, ils attendent ensemble. Pas chacun pour soi en faisant ses petites affaires de son côté et en disant : « si jamais quelque chose d’intéressant arrive, faites-moi signe, en attendant j’ai beaucoup à faire pour moi ». Ce n’est pourtant qu’un petit groupe, 120 personnes dit le livre des Actes, une petite paroisse d’aujourd’hui, des gens sans doute pas très importants, ça n’est pas ça qui va bouleverser la vie de Jérusalem, la plupart des gens ne savent probablement même pas qu’ils sont là. Mais eux, ils ont compris qu’ils ne pourraient pas tenir tout seuls en l’absence de Jésus, dans ce temps d’attente, ils ont besoin les uns des autres pour maintenir la flamme contre les apparences contraires, le départ de Jésus, une histoire qui a l’air d’être finie. Il est donc nécessaire de se retrouver entre personnes qui portent toutes la même « espérance-attente » pour que les moments de doute, de découragement, lorsqu’ils arrivent, soient comblés par la conviction des autres et que les idées échangées donnent du sens à la période d’attente.

Enfin, cette attente est orientée, elle a un objectif, on le voit bien, par exemple, à l’occasion de l’élection de Matthias : le cahier des charges du groupe, c’est d’être des témoins de la Résurrection, d’annoncer la victoire. Ils savent pourquoi ils sont là, même si, à ce stade, ils ne savent probablement pas encore comment ils vont s’y prendre, la description de leur tâche est claire, il s’agit de raconter la vie, les paroles, la mort et la résurrection de Jésus.

Ce qui est intéressant aussi, c’est de voir les moyens, les techniques qu’ils utilisent pour accomplir ce travail qui consiste à attendre-espérer :

Ils prient (assidument, précise Luc), c’est-à-dire qu’ils restent en contact. C’est ça, la prière. On a voulu parfois en faire une œuvre méritoire, obligatoire pour satisfaire Dieu. Je crois plutôt que c’est un moyen de garder le contact, pour recevoir des ordres et pour fournir en échange des informations en vue de la victoire. La prière n’est pas nécessairement un geste rituel qui se ferait selon des formules indiquées, c’est un moyen de communication, dont les modalités peuvent varier selon les individus et les époques, mais c’est sans doute indispensable.

Ainsi, ce jour-là, ils prient « pour faire le bon choix » du 12ème apôtre. Ils ont utilisé une méthode qui nous semble aujourd’hui un peu étrange, ils tirent au sort. Mais peu importe, ce qui compte c’est qu’ils n’ont pas voulu prendre des décisions importantes sans chercher à recevoir les ordres de celui pour le compte de qui ils agissaient.

Et ces ordres, ils les prennent aussi en cherchant dans la Bible, là aussi, à leur manière, qui n’est plus exactement la nôtre, ils isolent un verset d’un psaume et l’appliquent à la situation qu’ils sont en train de vivre, « qu’un autre prenne sa charge ». En tout cas, ce que nous retiendrons, c’est que prière et lecture de la Bible sont présentes pour garder le contact et prendre une décision importante. Certes, on peut se tromper, faire des erreurs, mais il faut essayer de comprendre et d’agir en vue de régler les problèmes.

Car il y en a, des problèmes. Par exemple Judas. Un problème sans doute plus compliqué qu’on ne l’imagine. Si on lit dans l’évangile de Matthieu, au chapitre 27, on voit qu’il existe un récit complètement différent de celui du livre des Actes à propos de la mort de Judas. Judas le traître, mais l’élément indispensable du récit de la Passion, Judas le disciple, l’apôtre, qui a pris la Cène avec Jésus et les autres, c’est un problème, mais nous ne l’aborderons pas aujourd’hui, ce qu’il faut voir ici c’est que les apôtres n’esquivent pas la question, ils essaient de trouver une solution, ici c’est par la désignation d’un suppléant après avoir prié et lu la Bible.

Tout ce qu’on peut dire, en tout cas, c’est qu’ils sont actifs et organisés, nos chers apôtres, en ce temps qui aurait pu être vide, triste, creux, oisif, entre Ascension et Pentecôte !

Avec ça, vu depuis notre 21ème siècle, il y a quand même des éléments qui peuvent nous sembler un peu ambigus, un peu regrettables.

Par exemple, la présence et le rôle des femmes. Le livre des Actes dit « quelques femmes ». Or, si l’on se réfère au judaïsme de son époque, Jésus semble avoir eu une attitude assez originale à l’égard des femmes. Il leur adresse directement la parole, même s’il n’a aucun lien de parenté avec elles ; il va chez elles, même si elles sont célibataires ; à Béthanie, chez Marthe et Marie, il affirme sans ambiguïté que les femmes ont leur place dans le groupe des disciples, et pas seulement à la cuisine ; il se laisse toucher, parfumer par une fille qui était une prostituée notoire ; il se moque des tabous culturels sur la prétendue impureté féminine en guérissant une femme atteinte d’une perte de sang, etc. Bref, il agit à contre-courant de la culture dominante et du comportement normal d’un rabbin de son temps, comme s’il voulait faire ressortir la complète égalité entre les personnes humaines. Au moment de la crucifixion et après la résurrection, ce sont des femmes qui sont les principaux témoins.

Dans notre récit d’aujourd’hui, il semble que le groupe des disciples soit encore un peu sur la lancée, sous l’impulsion donnée par Jésus et on nous signale qu’à ce moment-là, à Jérusalem, dans l’église, il y avait « quelques femmes ».

Et puis, dans l’histoire de l’Eglise, elles vont se faire de plus en plus rares, non pas dans les troupes de base, certes, que serait l’Eglise sans les femmes ? mais dans l’encadrement. Cela a commencé très tôt, ce jour-là, à Jérusalem, dans la chambre haute, est-ce que quelqu’un a pensé qu’on pourrait éventuellement pourvoir le 12ème poste d’apôtre en y nommant une femme, par exemple ? Peut-être, mais ça n’est pas dans le compte-rendu et par la suite on n’en a pas entendu parler, si quelqu’un y a pensé, il n’a pas dû le dire très fort.

Et les choses ont continué ainsi. Les femmes, sous l’influence de la culture dominante, ont donc été confinée dans la légende (les Stes Maries de la Mer), le martyre (Ste Blandine), l’exceptionnel en cas de crise (Ste Geneviève), ou dans un service obscur et indispensable. A moins qu’on ait estimé qu’il suffisait de créer de toutes pièces un poste de co-rédemptrice ou de déesse adjointe pour Marie de Nazareth, qui n’en demandait sans doute pas tant, elle l’humble servante du Seigneur. Pour ce qui est de la place des femmes, c’est aujourd’hui en train de changer, en tout cas dans certaines Eglises, mais il n’y a pas très longtemps et peut-être que ça n’est pas encore définitivement gagné. Et pour la majorité de l’église universelle, on en est très très loin.

St. Matthias, Pierre Paul Rubens, vers 1611, musée du Prado, @wikimedia commons

Il y a aussi l’élection de Matthias qui peut poser quelques questions. Matthias est élu par tirage au sort et par la suite on n’en entend plus parler (si ça avait été Marie de Magdala, on en aurait sans doute parlé davantage !). Il y a des légendes au sujet de Matthias, mais rien de fiable, on ne sait pas s’il a fait autre chose que venir compléter l’équipe des apôtres en occupant le 12ème poste. Ce qui ne veut pas dire que les apôtres ont fait une erreur en le désignant, il fallait probablement prendre une décision, mais c’est comme si Dieu avait voulu, de son côté, choisir lui-même le 12ème apôtre en décidant, sur le chemin de Damas, de bouleverser les certitudes de Saul de Tarse pour en faire St Paul, le missionnaire qui a le plus contribué à donner à l’Eglise sa dimension universelle. Comme si Dieu avait laissé faire les apôtres ce jour-là, à Jérusalem, tout en suggérant à l’Eglise de ne jamais s’enfermer dans une institution trop stricte, de ne pas se bloquer par des règlements, la discipline ecclésiastique, les encycliques du pape etc. L’Eglise, c’est utile, mais lorsqu’il le faut Dieu s’arrange pour passer à côté des sentiers officiels.

Et c’est ainsi que l’Esprit viendra sur les croyants quelques jours plus tard, à la Pentecôte. Malgré tout, malgré quelques erreurs, malgré les signes d’exclusion qui déjà se manifestent, et à cause de la fidélité à la tâche de ce petit groupe de disciples de Jérusalem. Malgré la vie de l’Eglise qui contient souvent de grands projets traduits en maigres résultats. L’Eglise est un réseau, nécessaire, organisé comme on peut, il doit pouvoir fonctionner, c’est notre travail, dans la chambre haute et ailleurs. Mais lorsque le courant vient à passer, lorsque l’émission se produit, c’est que Dieu est à l’œuvre. Encore aujourd’hui, c’est sûr. Et qui sait ce qu’il peut bien préparer pour demain à partir de ce pauvre réseau que nous tentons de fabriquer et de maintenir en état ?

Amen

 

PRIERE (entre Ascension et Pentecôte)

Dans les entre-deux de nos vies, dans les jours qui passent entre deux événements, dans les temps d’interstices et d’attente, garde-nous, Seigneur, d’oublier le quotidien que tu nous donnes.

Ouvre nos yeux sur celles et ceux qui, souvent invisibles, travaillent et tissent des liens.

Ouvre nos cœurs sur l’ordinaire et le quotidien, toi qui viens nous surprendre et nous bousculer. Donne-nous aussi de vivre pleinement le calme et la banalité.

Amen

(Pasteur Éric George, Parole pour tous 2020)

  1. Célébrons le Seigneur,
    Notre Dieu et notre Père,
    Tout-puissant créateur
    Et des cieux et de la terre.
    Ce Dieu d’amour
    De ses enfants chaque jour
    Veut exaucer la prière.
  1. Célébrons le Seigneur,
    L’Esprit qui, sur notre terre,
    Assemble les croyants
    Et de ses dons les éclaire
    Et les unit
    En un seul corps qu’il bénit
    Dans la joie et la lumière.
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