Prédication par Morgane Montenegro du dimanche 6 décembre 2020. Temple de La Bastide

 

Esaïe 40, 1-11

Marc 1, 1-8

2 Pierre 3,8-14

Ephésien 3, 14-21

Psaumes 85

              

Chant : « En toi, Seigneur, est notre espoir » (45/19), p. 703

 

Le peuple d’Israël, après avoir vécu une période sombre et difficile durant l’exil à Babylone (symbole de la corruption et de la décadence), reçoit le message de Dieu par l’intermédiaire du Prophète Esaïe. Consolation et pardon sont les mots dont Dieu se sert pour relever et guider son peuple. Nous pouvons lire, dans Esaïe 40, au verset 1, « Consolez, consolez mon peuple », et au verset 2 : « Parlez au cœur de Jérusalem, criez-lui que son combat est terminé, qu’elle s’est déjà acquittée de sa faute, qu’elle a déjà reçu du Seigneur le double de ce qu’elle méritait pour tous ses péchés ». Il y a quelque chose de nouveau dans ce verset, la bienveillance de Dieu pour son peuple. Nous sommes ici loin de l’image du Dieu cruel et sévère tel qu’il a pu apparaître en quelques occasions dans le livre de la Genèse et de l’Exode. Je donnerai, à titre d’exemple, la destruction de l’humanité à l’époque de Noé dans la Genèse : «  J’effacerai de la surface du sol l’homme que j’ai créé, homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits. » (Gn. 6,7). Dans l’Exode, nous pouvons lire les paroles du Seigneur adressées à Moïse: « Je vois ce peuple : eh bien ! c’est un peuple à la nuque raide ! Et maintenant laisse-moi faire : que ma colère s’enflamme contre eux, je vais les supprimer et je ferai de toi une grande nation. » (Ex. 32, 9-10 et 35)[1].

Dans ce texte, Dieu s’adresse à son peuple par l’intermédiaire du Prophète Esaïe avec bonté et bienveillance. Malgré ses errements et ses péchés, Dieu prend pitié de son peuple, il le soutient, le guide, lui pardonne et l’invite à un profond changement intérieur après une période de corruption et de décadence à Babylone. De plus, Dieu souhaite conduire son peuple à sa patrie définitive et tout est là pour faciliter le passage de ce dernier. Ainsi, une route sera aplanie dans la plaine aride, les montagnes et collines seront abaissées, les reliefs se changeront en terrain plat et les escarpements en vallon. Tout le décor semble donc posé afin d’annoncer la gloire de Dieu et la promesse d’un changement, telle une bonne nouvelle. Ce changement, « quelqu’un » l’annonce déjà dans le désert en criant « frayez le chemin du Seigneur » (Esaïe, chapitre 40, verset 3). Cette voix qui s’élève dans le désert résonne incontestablement comme la préfiguration de Jean-Baptiste, des siècles plus tard. Ce dernier, en proclamant à son tour, « il vient derrière moi, celui qui est plus puissant que moi » (Marc 1, verset 7), se présente comme l’humble messager qui préparera le chemin du Seigneur Jésus Christ, dont il reconnaît l’origine divine. Jean-Baptiste vivait dans le désert probablement selon la règle de Qûmran. « Vêtu de poil de chameau » et se nourrissant « de criquets et de miel sauvage », son aspect rustre et sauvage n’empêchait cependant pas une foule immense de venir à lui. Jean-Baptiste baptisait ainsi dans le Jourdain de nombreuses personnes venues de Judée et de Jérusalem.  Il proclamait un changement radical pour le pardon des péchés. Il faut rappeler que ce changement radical n’est pas à rechercher dans l’acte de baptiser à proprement parler. En effet, le baptême en soit n’est pas nouveau. Symbolisant l’eau purificatrice et la source de vie, il existait déjà chez les Juifs et les Esséniens. Ce qui change en revanche avec Jean-Baptiste, c’est que, cette fois-ci, le baptême ne se réalise qu’une fois et qu’il s’adresse à tous, quelque soit l’origine ou la religion, et non à une minorité. D’ailleurs, Jean-Baptiste commença par baptiser des païens aspirant à un profond changement intérieur. De plus, Jean-Baptiste, baptisant par immersion et prêchant la rémission des péchés, annonce le baptême messianique qui se fera, lui, dans l’Esprit saint et le feu. Ce baptême dans l’Esprit saint et le feu, permettra d’accéder à une autre dimension, celle de l’Esprit, répandant « l’amour dans les cœurs et priant en nous, (comme) gage de notre espérance » (Xavier LEON-DUFOUR, Dictionnaire du Nouveau Testament, p. 247).

Dans Esaïe (chapitre 40) et l’Evangile selon Marc (chapitre 1), il y a l’annonce d’une bonne nouvelle, celle de la venue imminente du Seigneur. Esaïe, en annonçant cette bonne nouvelle, redonne espoir à tout un peuple. En proclamant « Votre Dieu est là !», il réactualise la présence de Dieu. Dieu est là, dans le présent du peuple d’Israël (verset 9). Il est fidèle et ce, depuis toujours, malgré les guerres, les famines, l’esclavage en Egypte et les moments de désespoir les plus profonds. Bien que présent auprès de son peuple, il y a dans Esaïe le signe d’une espérance, une attente. Dieu, dont Esaïe se fait le porte-parole, enverra son Fils unique, des siècles plus tard. Le « Seigneur Dieu » (verset 10 ,chapitre 40, Esaïe), préfiguration du Christ, est présenté comme un « berger », un guide (qui) fera paître son troupeau, (…) rassemblera des agneaux et les portera sur son sein ; (et) conduira les brebis qui allaitent » (verset 11). Dieu n’abandonne pas son peuple, car, au-delà du pardon déjà présent à maintes reprises dans l’Ancien Testament, ce Dieu est également présenté ici comme un Dieu d’amour, de compassion. Il protège, pardonne, compatie. Ce Dieu qu’annonce Esaïe présage des temps nouveaux : un profond changement pour le peuple d’Israël ainsi que la préfiguration du Messie, endossant ce rôle de « berger » conduisant les plus faibles, « agneaux » et « brebis  allaitantes». Pour reprendre ces deux idées, le peuple d’Israël peut être apparenté à cette « herbe » qui « se dessèche » (Marc 40, verset 8) ou à cette « fleur (qui) se fane ». Ce peuple aspirait à un profond changement intérieur. Ce changement sera apporté, des siècles plus tard, par Jésus Christ, dont Jean-Baptiste préparait la venue en disant: « Il vient derrière moi, celui qui est plus puissant que moi » (Marc, 1, versets 7 et 8).

          Tel le Prophète Esaïe ou Jean-Baptiste, messager proclamant la venue du Christ, nous sommes amenés, en tant que croyant, à annoncer la bonne nouvelle dans nos actions quotidiennes, nos gestes, nos paroles, nos pensées. Proclamer la bonne nouvelle requiert un profond changement intérieur ainsi qu’une certaine prédisposition. Tel le peuple d’Israël comparé à l’ « herbe desséchée » ou à « la fleur fanée », nous passons parfois par des moments d’isolement, de désespoir, de doutes. Dans ces moments, faisons nôtre ses paroles d’Esaïe « Votre Dieu est là ! » (Esaïe, chapitre 40, verset 9). Appuyons-nous sur cette certitude que Dieu est là pour moi, pour toi, pour vous, pour nous et pour l’humanité toute entière depuis toujours et pour toujours. Nous avons aussi parfois besoin d’abandonner nos vielles habitudes, nos errements, nos erreurs afin de renaître et d’être à l’écoute de cette éternelle « parole de Dieu » dont parle Esaïe. Changer intérieurement nous permettra d’être disponible pour recevoir la grâce de Dieu et la transmettre autour de nous par la parole, la pensée et les actes.

 

Chant : « Seigneur mon Dieu, je crie vers toi » (48/04), p. 762.

[1] Regardsprotestants.com. « Le Dieu de l’Ancien Testament est-il violent ? ».

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