Billet de Robert Cabane, Président du Conseil presbytéral de l’Église Protestante Unie de Bordeaux

Chers amis,

Voici une définition qu’on peut lire sur le site du Ministère de l’éducation nationale :

« La laïcité est un principe de liberté, liberté de croire ou de ne pas croire. »

C’est aussi ce que de nombreux responsables politiques répètent doctement depuis quelque temps. Dans cette curieuse expression « croire ou ne pas croire », on voit bien qu’il manque un complément d’objet, qui amènerait « croire  que … » ou « croire en … » ou encore « croire à … ».

Si vous dites « je crois qu’il va pleuvoir demain », vous exprimez une croyance, mais on se rend immédiatement compte du fait que cela n’a pas de rapport avec les débats actuels autour de la laïcité. Il en va de même avec des affirmations comme « je crois que la vaccination peut sauver des vies », « je crois en la puissance des cristaux » ou « je crois qu’il y a davantage de naissances les nuits de pleine lune ».

C’est ainsi que la « liberté de croire », dans l’absolu, n’a aucun sens, et ne sort pas grandie quand elle s’incarne en « je crois au Père Noël » ou « je crois aux vertus des sapins de Noël » ; il s’agit alors d’une liberté décevante dans son attachement à quelques rites assez peu chrétiens pour une fête, elle, chrétienne.

Deux personnnages en rencontrent un troisième
Georges Rouault, Crépuscule (1937). Détail

Le principe de laïcité qui régit notre République tient donc à tout autre chose, la liberté de conscience notamment (mais aussi, bien sûr, la liberté de culte et de non-culte, la neutralité de l’État, etc.), ce qui nous ramène précisément au récit de Noël. Au-delà des éléments pittoresques (la crèche, les animaux, la nuit étoilée, etc.), ce récit est avant tout celui de l’émergence d’un message de liberté au sein d’une société soumise à un pouvoir extrêmement dur et répressif (personnifié par le roi Hérode). Voici donc Marie et Joseph, comme porteurs d’une liberté de conscience … ou d’une liberté de confiance, selon votre préférence. En tous cas très loin de la liberté de croire au Père Noël (ou pas).

Permettez-moi donc de vous souhaiter résolument un joyeux Noël, en dépit de tout.

Robert Cabane

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