Prédication de Morgane Montenegro Paillard lors du culte du 25 octobre 2020 au Temple de l’Église Protestante Unie de Talence

Lectures bibliques

Exode 22 : 20-26 ; Matthieu 22 : 34-40 ; Romains 5 : 1-11

Le chapitre 22 de l’Exode, l’un des 5 livres du Pentateuque ou Tora, nous révèle un aspect de la loi considérée comme l’expression de la volonté divine transmise par l’Écriture.

Si nous observons cet extrait, nous remarquons que le substantif « Loi » est au pluriel. Sont ainsi citées diverses lois, traitant de la conduite à tenir face à l’immigré, la veuve, l’orphelin ou au pauvre à qui l’on prête un bien.

Plurielles dans l’Exode, ces lois sont réduites par Jésus en deux commandements au chapitre 22 de Matthieu :

« Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ton intelligence »,

puis :

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Loin d’un formalisme un peu désuet des lois anciennes, ces deux commandements semblent aller à l’essentiel.

En reprenant le terme grec « plêrôsai », le Christ est venu, non pour abolir la Loi mosaïque ou les prophètes, mais bien plutôt pour la révéler, la sublimer et pour accomplir, « réaliser, compléter ou parfaire » ce qui préexistait déjà (verset 40).

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A l’image du joaillier, qui polit un diamant pour mettre en valeur toute sa pureté et son éclat, Jésus a saisi toute la quintessence du message divin à travers la loi ancienne et lui a donné une portée universelle et démocratique. Jésus réalise ainsi les promesses de Salut mais aussi l’établissement de sa loi évangélique sur les mêmes principes fondamentaux de la Loi divine éternelle.

Il est intéressant d’observer ici l’évolution de la conception de la loi à travers les deux textes de l’Exode et de Matthieu. Des lois, plurielles, souvent porteuses de prescriptions et de détails formels, nous passons à une loi singulière, résumant l’essentiel du message divin, celui de l’amour de Dieu et du prochain.

Au-delà de ce glissement sémantique, notons que, dans l’Exode, les lois citées indiquent au croyant ce qu’il doit ou ne doit pas faire.

« Tu n’exploiteras pas l’immigré/ vous n’affligerez jamais la veuve et l’orphelin/ Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un (…) tu ne te comporteras pas à son égard comme un prêteur sur gages, etc… ».

Si ces prescriptions sont louables et morales, elles n’en sont pas moins directives. Elles régissent en effet toute la vie privée et sociale de l’individu, sans lui laisser de libre arbitre ni la responsabilité face à ses actes.

A ces prescriptions anciennes, Christ viendra apporter un élément nouveau, celui d’une adhésion intérieure sincère.

Le commandement primordial n’est plus désormais dans le faire ou dans l’agir, mais plutôt dans l’amour. Contrairement au passage lu dans l’Exode, le croyant n’est plus incité à agir selon les lois de manière parfois mécanique et automatique mais reçoit gratuitement la grâce de Dieu et il y répond, consciemment et de manière responsable par les œuvres. Ce dernier, ayant reçu la grâce de Dieu, est d’ailleurs libre de répondre ou non et les actes découlant de la grâce de Dieu relève de sa propre responsabilité et non de préceptes extérieurs à suivre.

Ce ne sont pas l’accumulation de nos bonnes actions, fussent-elles bienveillantes et altruistes,  qui plait à Dieu, mais bien plutôt notre essence et notre intériorité. Nos actions découleront ensuite du don de son amour pour nous mais elles ne sont pas premières.

C’est d’ailleurs ce que nous lisons dans Romains, chapitre 5, verset 1 à 11. Je cite :

« Étant donc justifiés en vertu de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ ; c’est par son entremise que nous avons eu, par la foi accès à cette grâce dans laquelle nous nous tenons ».

Romains 5 : 1-2

Donc, si nous sommes sauvés, ce n’est pas par nos bonnes actions mais plutôt par notre foi nous donnant accès à la grâce, cette grâce de Dieu qui nous est donnée, et à laquelle nous avons la responsabilité de répondre.

La lecture du Nouveau Testament montre donc un mouvement inverse.

Ce n’est pas parce que nous agissons que Dieu nous aime, mais parce que nous plaçons notre entière confiance en lui.

Deux mains qui se joignent
Tu me prends par la main

C’est lui qui nous donne ensuite l’impulsion pour agir et transformer le monde. Ce n’est pas nous qui, à travers nos actes, nous élevons vers lui, mais plutôt lui qui s’abaisse vers nous et nous tend la main.

Lorsque nous agissons en aidant l’étranger, le pauvre, ou le rejeté, nous répondons à Dieu et nous lui témoignons tout notre amour et notre reconnaissance.

Nous dialoguons avec lui et, sous son regard bienveillant, nous semons des graines d’amour, d’altruisme et de compassion.

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