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Prédication du pasteur Roland Revet, le 5 janvier 2020 au temple de la Bastide.

Exode 2, 1-10

Lectures :

1 Corinthiens1, 18-25 ; Matthieu 2 : 1-12

J’ai pensé à ce récit pour faire écho au dernier verset du texte d’évangile qui nous a été lu dimanche dernier, dans lequel Matthieu, pour saluer le retour de la famille de Joseph après son exil en Égypte, évoque le prophète Osée : « J’ai appelé mon fils hors d’Égypte », déclare Dieu, texte qui concerne en réalité l’Exode et la sortie du peuple d’Israël, quinze siècles avant Jésus Christ, mais que Matthieu applique à Jésus. Il y a un lien intéressant entre tout cela, l’Égypte, toujours à la fois ou successivement terre d’accueil, de refuge et d’oppression, symbole des incertitudes de l’histoire humaine et du mystère de l’action de Dieu. Et cette histoire commence là, ou à peu près, avec ce récit concernant Moïse, l’un de ceux qui font partie de notre culture biblique, même chez ceux qui se contentent de feuilleter leur Bible de temps à autre. Moïse, le Nil, le petit berceau, on connaît…

En ce dimanche de l’Épiphanie, nous laisserons pour une fois les mages un peu de côté et nous allons essayer tout d’abord d’accrocher notre récit sur le grand tableau de l’histoire universelle.

Il y a grosso modo 35 siècles, un certain Joseph, nous dit-on, était devenu quelque chose comme un grand vizir du pharaon. Ce n’était pas le Joseph de Marie, mais un des douze fils du patriarche Jacob, et le pharaon de ce temps-là n’était probablement pas un Égyptien pur-sang. Certains experts pensent qu’à cette époque la classe dirigeante de la basse Égypte était constituée par une population venue du Moyen-Orient, les Hyksos, sans doute des sémites comme les Hébreux, qui avaient envahi cette partie de l’Égypte et qui l’avaient occupée, peut-être pendant deux siècles. Ce qui expliquerait qu’un non-Égyptien comme Joseph ait pu exercer de si hautes fonctions et que des sémites, nomades ou semi-nomades, aient pu immigrer en Égypte et y vivre paisiblement, comme ce fut le cas pour le peuple d’Israël au début.

Et puis, au bout de 200 ans environ, les descendants des anciens pharaons, qui s’étaient réfugiés au sud, en haute Égypte, ont réussi progressivement à reconquérir le pays et à en expulser les envahisseurs. C’est probablement à cet événement que fait allusion le chapitre 1 de l’Exode où on peut lire : « Un nouveau roi, qui n’avait pas connu Joseph, se leva sur l’Égypte ». Non seulement il ne l’avait pas connu, mais on peut imaginer qu’il ne voulait même pas en entendre parler, ni de Joseph, ni de qui que ce soit qui lui rappelle les usurpateurs de son trône. Et les Hébreux, installés dans l’est du delta du Nil, dans le pays de Goshen, ont sans doute très vite été assimilés au souvenir des envahisseurs. Leur statut a dû changer très rapidement. Assignés à résidence, contraints aux travaux forcés, ils ont même fait l’objet d’une espèce de tentative de génocide si l’on en croit les souvenirs transmis par le livre de l’Exode, puisque l’ordre a été donné de mettre à mort les enfants de sexe masculin.

Au début, cette histoire se présente comme un conte touchant, un peu naïf, un bébé hébreu que sa mère abandonne pour essayer de lui sauver la vie, est adopté par une princesse royale. Elle lui donne un nom égyptien, Moïse vient semble-t-il de mosis qui signifie « fils de » ou « mon fils », même si les rédacteurs de l’Exode s’efforcent de lui trouvera une étymologie hébraïque avec le verbe mashah qui voudrait dire « tirer », « retirer » (sous-entendu : tiré des eaux). Ce Moïse, élevé comme un prince égyptien va devoir s’enfuir en exil un certain nombre d’années plus tard à la suite d’événements confus, le meurtre d’un garde-chiourme, ou plus probablement après la mort de sa mère adoptive, s’il s’agit bien de la reine Hatshepsou, comme le pensent certains historiens, et à cause de la réaction qui a suivi, organisée par le pharaon Touthmès III.

Tout cela n’a donc aucun intérêt pour nous qui ne sommes pas des fanas de l’histoire de l’Égypte ancienne. Et pourtant, comme c’est aussi le cas pour le recensement de l’empereur Auguste, ou pour les complots qui se trament dans le palais d’Hérode à Jérusalem, la mort d’Hérode, l’accession de son fils Archelaüs au pouvoir à sa place et d’autres événements, il s’agit en fait d’une histoire importante qui constitue l’arrière-fond de la scène sur laquelle des choses essentielles vont se jouer, un cadre que Dieu va utiliser, même s’il n’en a pas forcément organisé la mise en scène dans les détails.

Car il se trouve que, à ces événements, se trouve ici mêlé un petit peuple, insignifiant si on le compare aux grandes puissances de ce temps, quelques tribus sémites qui commencent ici leur longue carrière de persécutés, leur histoire qui est faite de ghettos, de camps de concentration et de retour vers leur terre, de conquêtes, de succès et de défaites. À ce moment-là, il y a 35 siècles, Israël est présent, et déjà il connaît la servitude. Une situation sans espoir, on ne s’oppose pas à la puissance de l’Égypte. Les armées de l’Égypte sont alors présentes dans tout le Moyen-Orient, et même jusqu’en Somalie. Ce n’est sans doute jamais drôle d’être au bagne, mais on peut toujours essayer de s’évader. Ici, il s’agit d’un groupe humain dont le sort est réglé d’avance avec une minutie digne d’Auschwitz, ils doivent disparaître ! Et le symbole de cette fragilité absolue, c’est la vie de ce petit enfant que sa mère, contre tout espoir et contre toute raison, confie aux hasards du fleuve car, à la mort inéluctable, elle préfère encore les risques énormes de cette absurde tentative d’évasion un peu comme ces mères qui jetaient leurs enfants le long des voies alors qu’elles roulaient dans les trains qui les emmenaient vers les camps d’extermination.

Évidemment, quand nous lisons ce récit de la naissance et de l’enfance de Moïse dans la Bible, nous y voyons tout de suite le plan de Dieu, nous savons que ça va s’arranger, mais c’est parce que nous trichons ! Depuis longtemps, depuis l’école du dimanche, nous connaissons la fin du film, alors nous sommes émus, mais rassurés. Mais relisons ce chapitre 2 de l’Exode, qui marque tout de même le commencement d’une histoire essentielle pour Israël et pour le monde entier, et notons qu’il n’y est pas une seule fois question de Dieu, Dieu est absent de ces moments où se jouent le sort de ce petit enfant et celui de son peuple. Et cette absence veut dire quelque chose, elle évoque évidemment ce que pouvaient ressentir ces esclaves hébreux en Égypte, promis à l’extermination. Qu’auraient-ils pu se dire à propos de Dieu. Ils ne savaient sans doute même pas encore qu’ils étaient « le peuple de Dieu », et même s’ils l’avaient su, ça les aurait avancés à quoi ? Que dire lorsqu’on est victime d’un génocide ? Que c’est la volonté de Dieu ? On dit ça, parfois, en face de la souffrance (surtout à propos de celle des autres, d’ailleurs !). Mais là, il semble que c’était plutôt la volonté des Égyptiens. D’ailleurs ça ne s’est pas limité à l’Égypte il y a 35 siècles, c’est toute l’histoire de l’humanité qui porte ces marques de souffrance imposée et subie. Des siècles d’esclavage et de misère, et aujourd’hui, des millions de personnes chassées de chez elles, mourant de faim, au Soudan, en Syrie, au Congo, en Birmanie et au Bangladesh, ou en Méditerranée pour essayer d’échapper à leur sort en venant se réfugier chez nous, ou encore celles et ceux qui fuient devant les incendies en Australie ou qui tentent d’échapper aux inondations en Indonésie…

J’ai eu autrefois dans une de mes paroisses des paroissiens très pieux, bien plus pieux que moi, qui m’expliquaient, dans certains moments difficiles, qu’il fallait « tout prendre à la volonté de Dieu ». J’admire. Mais je n’ai jamais essayé d’utiliser cet argument pour aider d’autres personnes à passer des moments difficiles. Pas plus que je n’ai privilégié l’attente d’un miracle spectaculaire. Et pourtant, on aimerait bien en voir, de ces miracles-là. Nous aimerions avoir un dieu comme les dieux païens, Jupiter qui plie les gens et les choses à sa volonté. Alors, de temps en temps, nous attribuons à notre dieu à nous ce genre de pouvoir. Ça ne fonctionne pas très bien, en général. Il y de nombreuses années, alors qu’une implacable maladie venait de frapper un de nos enfants, une personne de notre famille, pas très croyante ni pratiquante, nous avait dit : « il n’est pas bien gentil, votre bon dieu ! ». Son image de dieu était le dieu superman, le dieu Zorro !

Est-ce que ça voudrait dire que Dieu est impuissant, incapable de barrer la route au mal ? La Bible nous dit le contraire, mais ce qui nous déconcerte, c’est sa façon d’intervenir. Vous connaissez bien sûr cette histoire, qui se présente un peu comme une blague et qui est en fait une prédication, j’ai déjà eu l’occasion de la raconter ici, je crois, l’histoire de l’inondation. Une ville est peu à peu entièrement submergée par une inondation spectaculaire. Les secours arrivent, les camions de la sécurité civile d’abord, ils embarquent la plus grande partie de la population. Sauf un bonhomme qui reste chez lui en affirmant que, comme il est croyant et ami de Dieu, il ne risque rien. Deuxième tableau, il ne reste plus que quelques obstinés qui finissent pas se laisser convaincre de monter dans les barques qu’on leur envoie. Même refus de la part du bonhomme. Troisième tableau, le type est réfugié sur son toit, l’inondation est énorme. Un hélicoptère de secours passe. Troisième refus pour le même motif. Et enfin, notre ami, noyé et décédé, se présente à Saint Pierre au paradis en rouspétant vigoureusement d’avoir été trompé, alors qu’il était croyant, ami de Dieu, etc. Et Saint Pierre lui dit : « Espèce d’idiot, tu n’as pas vu que nous t’avons envoyé un camion, un bateau et un hélicoptère ? Ça ne t’a pas suffi ? »

La maman de Moïse ne fait pas de discours sur Dieu qui « y pourvoira », elle se contente, dans son amour et son angoisse, de tenter encore quelque chose, de garder une absurde petite lueur d’espoir sans raison en livrant la vie de ce petit enfant fragile au grand fleuve du Nil… Et après coup, mais seulement après coup, de longues années plus tard, on voit que la princesse égyptienne, la sœur du bébé et sans doute d’autres personnes ont permis de tordre le coup à la fatalité. La foi consiste alors à mettre toute cette histoire sur le compte de Dieu et à découvrir que c’est bien sa façon d’agir, pas de façon spectaculaire, mais par personnes et événements interposés, discrètement, sans tambour ni trompettes. Dieu chuchote à l’oreille de Joseph, « en songe » dit la Bible : tu devrais filer en Égypte, le bébé est en danger. Il fait de même avec les mages. Eux s’étaient d’abord trompés, ils avaient pensé qu’un envoyé de dieu ça devait naître dans un palais royal. Mais non, Hérode était la mauvaise pioche. Alors Dieu leur suggère en douce de ne pas repasser par Jérusalem, parce que ça craint. Et le fils de Dieu est né dans une étable ou une pauvre maison, pas à Rome, pas à Versailles ou à Buckingham !

C’est ainsi que le Dieu de Jésus Christ intervient dans l’histoire et dans nos vie, discrètement et humblement. Je ne dis pas qu’il ne pourrait pas intervenir spectaculairement, à grand fracas, mais ici je vois surtout cette manière discrète d’entrer dans les événements, de modifier le cours des choses, de faire émerger des signes du règne de Dieu en embauchant pour cela d’humbles intervenants, les acteurs du règne que sont les mages, les bergers, la maman de Moïse, sa sœur, et peut-être vous et moi, nous, s’il estime en avoir besoin. Ça ne résout pas tout spectaculairement, c’est vrai, les problèmes ne s’envolent pas comme par magie, et Moïse était pour le moins au seuil de la vieillesse quand enfin l’heure de la libération a sonné pour les Hébreux. Mais l’opération a réussi, Moïse, le libérateur, « tiré des eaux », selon son nom hébreu, mais, prophétiquement, c’est dans la langue des Égyptiens oppresseurs qu’il est appelé « fils ». À l’orée de l’histoire du peuple de Dieu il est comme une figure symbolique de celui qui doit venir, image de ce Dieu secret, étrange, insaisissable, libérateur, mais humble et faible, celui dont nous avons dit la venue à Noël et dont il nous faut recevoir chaque jour la lumière, comme nous le mesurons bien dans l’obscurité de cette aube d’année nouvelle et inquiétante.

Car un changement de millésime ne règle rien, nous le savons bien même si nous faisons semblant de l’oublier en échangeant avec une apparente conviction des vœux aussi sympathiques qu’inefficaces. L’année dernière comme aujourd’hui, en Égypte il y a 35 siècles, comme actuellement dans le monde, on s’en pose des questions : que va-t-il se passer ? vers quoi allons-nous ? Mais voulez-vous aussi ce matin essayer de parier avec moi que Dieu n’est pas absent ? Pendant le génocide d’Égypte, en secret, tout comme à Bethléem, en secret, et au milieu de nous, comme le dit Jésus en parlant du règne de Dieu, Dieu travaille. Nous ne pouvons pas savoir ce qu’il prépare, mais nous avons le privilège de savoir que son règne de paix, d’amour et de vie est ce qui lui tient le plus à cœur et qu’il met en œuvre des trésors d’imagination pour que ça avance, quelque part.

C’est dans la trame même de cette histoire du monde, à laquelle nous assistons sans toujours la comprendre très bien, et à laquelle, bon gré mal gré, nous participons, que Dieu agit, qu’il prépare sans cesse quelque chose et qu’il arrive à retourner des situations parce que lui s’attaque au cœur des gens, à notre cœur, et qu’il utilise à sa manière les scénarios que les humains mettent en place à leurs propres fins.

Partons simplement dans cette nouvelle année avec cette conviction : nous sommes en marche vers le règne de Dieu, il nous arrive déjà, ici ou là, d’en voir quelques manifestations, mais généralement ce n’est que bien plus tard qu’il nous est donné de comprendre, en pensant à tel ou tel événement, fragile comme un petit enfant abandonné sur le Nil, que Dieu, là aussi, était à l’œuvre sans que nous nous en doutions.

En attendant, ayons obstinément confiance et vivons dans l’espérance.

Et ce sera une bonne année !

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