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Prédication du pasteur Roland Revet, du 6 octobre à la Rive droite sur:

 

Luc 17, 7-10.

On ne saurait penser à tout, mais les personnes qui ont composé la liste des textes bibliques que nous utilisons en principe pour nos cultes dimanche après dimanche avaient peut-être davantage le souci d’une répartition harmonieuse des principaux passages bibliques sur l’ensemble de l’année que celui de la réaction éventuelle du paroissien de base.

Nous voici début octobre ou fin septembre. Dans nos pays, les paroisses se remettent en marche après l’assoupissement de l’été. On s’est rencontrés, on a discuté, les pasteurs, les responsables ont essayé de mettre des équipes en place et généralement ils y sont parvenus. Chacun, chacune a accepté de se charger de telle ou telle tâche. Prédication, école biblique, catéchisme, ACAT, trésorerie, diaconat, patchwork, accompagnement musical, chorale, visites, etc… Ça prendra un peu de temps sur la vie de famille, un peu de sous sur le budget familial car il faut augmenter la cotisation, mais bon, on le fait volontiers parce qu’on y croit et qu’on aime bien l’Église. Et voilà qu’on se retrouve tout contents au culte début octobre pour bien commencer ensemble une nouvelle année d’activités, on ouvre la Bible avec reconnaissance pour y prendre des forces, et voilà ce qu’on entend : « Vous êtes des serviteurs inutiles, vous avez fait ce que vous deviez faire ». Et toc ! Qu’est-ce que vous alliez vous imaginer ? Qu’on vous donnerait la légion d’honneur ?

Ici, en général, pour apaiser un peu le choc, les pasteurs ont l’habitude de faire ce qu’on appelle « le coup du théologien » ou « le coup du bibliste ». Ça consiste à démontrer à l’assemblée que Jésus, en fait, n’a pas exactement dit ce qu’on croit qu’il a dit et que, en grec ou en hébreu, le mot en question veut dire autre chose. La preuve, ce sont les traductions différentes du texte. Pour M. Segond, les serviteurs sont « inutiles », pour la version synodale, ils sont « sans mérite », pour la TOB, ce sont des serviteurs « quelconques » et pour la Bible en français courant, des serviteurs « ordinaires ». Quant au mot utilisé par Luc en grec (puisqu’on ne sait pas ce que Jésus a dit exactement), achreios, il peut signifier : minable, sans valeur, donc éventuellement inutile, c’est le contraire d’indispensable.

Donc, j’ai tout de même essayé de vous faire « le coup du théologien », mais je reconnais que ça ne nous a pas beaucoup avancés jusqu’ici.

Voyons le texte de plus près. Et d’abord en réglant une autre difficulté qui tient à l’exemple pris par Jésus, le rapport entre le maître et son esclave. Jésus s’inspire de ce qu’il constate dans la société de son temps, mais il est évident qu’il ne propose pas ici un modèle de rapports sociaux. Ce bonhomme qui envoie son esclave bosser toute la journée et qui trouve normal que le pauvre type, à peine rentré des champs, lui prépare son repas avant d’aller lui-même se restaurer et se reposer, c’est peut-être ainsi que les choses se passaient en Galilée ou à Rome, il est probable que ce type de relations se soit rencontré bien souvent et un peu partout au cours de l’histoire de l’humanité, et sans doute jusqu’à aujourd’hui ne serait-ce qu’au Bangladesh, au Pakistan ou à Dubaï par exemple, mais, évidemment, ce n’est pas parce que c’est évoqué dans la Bible que l’on devrait s’y référer comme à une espèce de code du travail chrétien. Même le MEDEF, dans ses rêves les plus fous, n’oserait pas imaginer d’organiser le travail sur ces bases-là ! Comme dans le cas des ouvriers de la onzième heure ou de bien d’autres paraboles utilisées par Jésus, l’essentiel n’est pas dans le décor mais dans la réflexion à laquelle il veut nous amener. Il me semble que ce qu’il veut ici, c’est dire quelque chose à propos du comportement ou des motivations des serviteurs de Dieu, c’est-à-dire des disciples… et de nous. Il ne nous dit pas pourquoi il faut servir Dieu, ni ce qu’il faut faire pour ça, mais il essaie de nous faire comprendre comment, c’est-à-dire dans quel état d’esprit nous devons servir. Et là, cette parabole, au lieu d’être décourageante comme on le ressent parfois, va nous donner des raisons d’espérer.

En effet, si cette parabole nous choque, c’est peut-être parce que nous vivons notre relation avec Dieu comme celle d’un employé vis-à-vis de son patron. Nous le servons, nous travaillons, mais au fond, consciemment ou non, ce serait en échange de quelque chose. Dans la vie sociale, c’est un bon salaire, de l’avancement, des primes, un minimum de considération. Et avec Dieu ? Le salut ? La vie éternelle ? La santé ? Une bonne conscience ? La paix de l’âme ? En tout cas, il devrait y avoir quelque chose au bout ? Mais ici le patron dit simplement : Quand vous aurez fait tout ce qui vous était commandé, dites-vous que ça n’était pas indispensable, que vous êtes des serviteurs quelconques, ou inutiles ! C’est dur.

Mais réfléchissons plutôt à l’originalité des rapports que Dieu entretient avec nous. C’est-à-dire que contrairement à ce qui se passe dans les entreprises ou les administrations, chez Peugeot, Toyota, Air France ou ailleurs, notre salaire, notre récompense, la considération et l’attention que nous réclamons, tout cela, nous l’avons déjà reçu ! Ça s’appelle l’amour de Dieu, une déclaration qu’il a signée depuis longtemps, en commençant par libérer un troupeau d’esclaves captifs en Égypte, et en envoyant Jésus vivre et mourir parmi nous, et en attestant tout ça au moyen d’un tombeau vide un matin de Pâques. C’est fait, c’est dit, et sous cet angle la parabole prend un autre aspect, on ne sert pas Dieu pour en obtenir quelque chose, mais parce qu’on a déjà reçu tout ça, il n’est plus question de calcul ou de frustration.

On ne marchande pas avec Dieu. « Si je te fais ça, si je te donne ça, si je t’offre des sacrifices, j’obtiendrai quelque chose… », ces négociations sont sans doute nécessaires avec les divinités ordinaires, Jupiter, Mercure, Sainte Gudule… Jésus nous a débarrassés de ce genre de préoccupation, ce que nous pouvons faire ne nous donne aucun droit sur Dieu.

Donc, nous ne travaillons pas pour la gloire, pour obtenir quelque chose, mais parce que nous avons compris, en découvrant la bonne nouvelle de l’amour de Dieu, qu’il a lancé un projet qu’on appelle le règne ou le royaume de Dieu et qu’il s’agit maintenant de construire, de manifester de révéler ce règne au quotidien, parce qu’il nous a aimés lui d’abord, indépendamment de ce que nous sommes ou faisons et que nous ne pouvons à notre tour que lui manifester notre amour et notre reconnaissance en participant à son règne. C’est le cœur de l’évangile, c’est la base de la Réforme et puis c’est une bonne leçon d’humilité, ça remet chacun à sa place, on n’a plus besoin de collectionner des mérites, tout est donné, ça libère.

Encore quelques autres remarques pour préciser le sens de cette parabole. D’abord, que penser d’une interprétation allant dans un sens si humble, qu’est-ce que ça veut dire « inutiles », « pas indispensables » : on ne sert à rien ? notre travail est sans valeur ? Il faut regarder les choses lucidement, en effet, mais ce n’est sans doute pas une question de degré, de mesure, comme si Jésus voulait dire que si nous en avions fait davantage, ça aurait pu marcher. C’est plutôt une question de nature, c’est le secret de la Bible, de l’évangile, en fait, oui, on n’est pas à la hauteur du projet, et c’est à cause de ça que Dieu est intervenu en Jésus, parce que nous n’aurions jamais pu nous en tirer tout seul. Il est bon de se remémorer de temps en temps ce qui est au cœur de la révélation biblique, c’est-à-dire ce pessimisme sur la nature humaine qui est un élément fondamental de la théologie chrétienne, qu’elle soit formulée par Paul, Augustin, Luther ou Calvin. « Aux hommes cela est impossible, dit Jésus, mais à Dieu tout est possible ».

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille tirer de ce texte une conclusion défaitiste, comme s’il s’arrêtait avec la conclusion sans appel : Vous êtes des serviteurs inutiles ! alors qu’il s’agit d’un point de départ. Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que le patron de la parabole emploie tout de même le serviteur. Dieu ne nous doit rien, mais il nous fait tout de même le cadeau de nous employer et de nous demander parfois beaucoup, bien plus que ce qui est autorisé par les conventions collectives et le règlement intérieur, et sans qu’on ait toujours droit aux RTT. Si Jésus disait seulement : Vous êtes des serviteurs inutiles, point final, ce serait inquiétant. Mais ce que nous entendons dans l’évangile et dans toute notre vie, c’est plutôt : Vous êtes mes serviteurs, je n’ai pas envie de me passer de vous, malgré vos maladresses ou vos hésitations. Simplement parce que le projet de Dieu est comme ça, il nous aime et il sait de quoi nous sommes faits.

Un patron normal (surtout à cette époque-là, où il n’y avait pas de protection sociale) se serait simplement débarrassé de ce serviteur inutile. Nous savons que, dans la plupart des paraboles, il y a toujours quelque chose qui cloche, un point qui choque (le père qui liquide son héritage de son vivant, le semeur qui balance sa semence n’importe où même où ça ne risque pas de pousser), eh bien ici, c’est clair, c’est le patron qui est maso, ce n’est pas nous, puisqu’il emploie délibérément des gens qui ne font pas le poids et dont il pourrait se passer. C’est pour dire que sa relation avec nous n’est pas fondée sur un dû, mais sur un don. Il a davantage confiance en son amour qu’il ne redoute notre incapacité, et c’est ainsi qu’il donne un avenir à notre travail.

Et ça dure depuis des siècles. Au bout de 2000 ans, Dieu aurait pu se raviser en voyant les résultats, certains aspects de ce qu’on appelle l’histoire de l’Église. Mais non, il continue de nous faire confiance et de nous embaucher. Il y a des ratés, bien sûr, des erreurs, mais c’est effacé et on recommence. Toute la Bible nous rappelle que Dieu semble parfois embaucher n’importe qui, des gens qui ne voulaient pas de ce boulot, Moïse, qui se prétendait bègue, Jérémie, trop jeune, Elie, qui se trompait de Dieu en pensant le servir en assassinant les prophètes de Baal, Pierre qui estime mieux savoir que Jésus par où passe le plan du salut, mais Dieu insiste, il embauche presque de force et ça finit par marcher.

Il faut aussi savoir que c’est un travail dans lequel on n’aura rien de plus à gagner, puisque le salaire a été versé d’avance et sans compter, on appelle ça « la grâce », c’est la promesse de la victoire finale sur tous nos échecs, cela se verra dans le règne de Dieu, ce royaume dont il s’agit dès maintenant de donner des signes. C’est ça notre travail.

Un travail qui de toute façon sera fait correctement, pour une raison bien simple qui devrait à la fois calmer nos inquiétudes et inspirer certains patrons d’aujourd’hui : nous la trouvons dans ce même évangile de Luc, au chapitre 12, avec l’histoire d’un autre patron (en fait c’est probablement le même) qui rentre tard à la maison et qui trouve ses serviteurs en train de l’attendre, alors il se met lui-même à les servir, à faire le travail de ses propres serviteurs. C’est ça le secret du règne de Dieu !

Bon courage et bon travail !

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