Prédication du pasteur Pascal LEFEBVRE lors du culte du 05/09/2020 au temple du Hâ, avant l’Assemblée Générale de l’Église Protestante Unie de Bordeaux.

Dieu au-dessus de dieu… et de nos choix… qui nous appelle à la Joie

Lectures bibliques

1 Psaume. De David. Lorsqu’il était dans le désert de Juda.
2 O Dieu, tu es mon Dieu ; je te cherche, j’ai soif de toi, je soupire après toi, dans une terre desséchée et épuisée, faute d’eau.
3 Ainsi je te contemple dans le sanctuaire, pour voir ta puissance et ta gloire.
4 Parce que ta fidélité est meilleure que la vie, mes lèvres font ton éloge.
5 Ainsi je te bénirai toute ma vie, j’élèverai mes mains en ton nom.
6 Je serai rassasié comme de graisse et de moelle. Des cris de joie aux lèvres, ma bouche te louera.
7 Lorsque je me souviens de toi sur mon lit, pendant les veilles de la nuit, je médite sur toi,
8 car tu es mon secours, et je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
9 Je m’attache à toi de toute mon âme ; ta main droite me soutient.

Psaumes 63 : 1-9

4 Réjouissez-vous dans le Seigneur en tout temps ; je le répète, réjouissez-vous. 5 Que votre bonté soit reconnue par tous les hommes. Le Seigneur est proche. 6 Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute occasion, par la prière et la supplication accompagnées d’action de grâce, faites connaître vos demandes à Dieu. 7 Et la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées en Jésus Christ.

Philippiens 4 : 4-7

Comme le psalmiste, nous soupirons, nous aussi, en ce moment. Nous soupirons après ce fameux Coronavirus qui change notre quotidien… et qui se rappelle sans cesse à nous par les contraintes sanitaires, le port du masque, la désinfection des mains et surtout la distanciation physique… Oui, nous soupirons…

Le psalmiste, lui, soupire… mais après Dieu. Le monde est sec… les mauvaises nouvelles s’accumulent… et il trouve à s’abreuver auprès de Dieu…et il bénit Dieu pour sa fidélité.

La situation de Paul n’est pas très différente : Il semblerait que l’apôtre écrive cette lettre depuis la prison de Rome.

Alors que l’on s’attendrait à le trouver angoissé et inquiet, dans l’épreuve, Paul rend grâce à Dieu et rayonne de joie. Il témoigne d’une attitude de reconnaissance et de gratitude, qui peut nous sembler pour le moins inattendue. 

Mais pour lui, un croyant – un homme ou une femme de foi – doit garder sa joie inaltérable, même dans un monde perpétuellement bousculé et inquiet.

@ Ben White Unsplash.com

Rendre grâce à Dieu, exprimer sa joie, c’est reconnaître l’action de Dieu dans le monde, et pour chacun. C’est avoir la certitude que Dieu est présent, là… qu’il est proche de nous… à notre portée… accessible en nous et pour nous.

Le Psalmiste exprime – à sa manière – la même foi :

il rencontre certainement aussi des malheurs… dans nombre de Psaumes, on comprend que le psalmiste a des ennemis… qu’il est en lutte… qu’il n’est pas serein… on entend même qu’il a des adversaires, dont il souhaite la défaite, la faillite… (dans certains Psaumes, cette colère résonne : il souhaite que Dieu anéantisse ses ennemis purement et simplement)… mais ici, dans ce passage du Psaume 63, on entend qu’il est en quête : la psalmiste a soif de paix, soif de Dieu.

Son attitude est celle de la quête intérieure, il rentre en lui-même… en méditation… et il nous livre son secret du bonheur, de la paix retrouvée :

Jour et nuit… et même sur son lit… il médite, il se tourne vers Dieu – ce Dieu présent, certes dans un bâtiment, un temple ou un sanctuaire (comme il le dit) – mais aussi au creux de son intériorité, dans le secret de sa chambre.

Et là aussi, la conclusion de cette quête est la joie retrouvée : « Des cris de joie aux lèvres, ma bouche te louera » proclame-t-il.

Cette joie envers et contre tout, trouve une explication : quoi qu’il arrive – dit-il – quelles que soient les épreuves, il a une assurance : « ta fidélité, ta bonté vaut mieux que la vie » dit-il à Dieu.

Voilà sa foi et sa joie : la fidélité et la bonté de Dieu sont plus importantes que toute chose, elles dominent toutes les peines, les inquiétudes, les malheurs, les préoccupations… et même la vie avec son lot de changements, d’imprévus et de vicissitudes :

« ta fidélité, ta bonté pour moi, Seigneur… valent mieux que la vie ».

Cette assurance : les réformateurs l’ont appelé la foi en « la Providence de Dieu ». (un mot cher à Calvin)

C’est un terme qu’on n’emploie plus tellement : le mot Providence. Pourtant ce mot exprime l’idée que Dieu pourvoit à toute bonne chose pour nous… au meilleur… pour nous faire avancer, évoluer, progresser humainement et spirituellement. Et ce, malgré les difficultés, les peines ou les épreuves que nous pouvons traverser.

La foi en la Providence de Dieu, n’est pas une foi naïve ou simple. C’est la foi réaliste et consciente, qui prend acte, à la fois, de la dureté du monde et de la bonté de Dieu.

« Quoi qu’il arrive : je suis aimé de Dieu ; Dieu est proche ; il me soutient ; il me relève ; il m’envoie son Esprit pour m’inspirer ; je peux me connecter à Lui, pour retrouver paix et joie de vivre ».

Au fond, c’est la foi que nous ne sommes jamais séparés de Dieu, quoi qu’il arrive, quelles que soient les circonstances extérieures.

C’est la foi et le bonheur d’un chemin avec Dieu, exprimé par les Béatitudes (cf. Matthieu 5).

Nous ne réalisons pas toujours la force et les conséquences de cette pensée : si nous sommes toujours liés à Dieu… et si nous pouvons compter sur sa bonté, sur sa Providence : cela signifie que nous n’avons rien à craindre

« Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous »
disait Paul

Romains 8 : 31

cela signifie aussi nous ne pouvons jamais faire de mauvais choix… car quel que soit le choix que nous décidons d’expérimenter : nous ne sommes jamais seuls… Dieu est toujours avec nous.

Autrement dit, devant la bonté sans limite et la fidélité incommensurable de Dieu, il n’y a plus de motifs d’angoisse, de crainte… plus de peur de se tromper ou de faire des erreurs… mêmes les idée de bien et de mal, de mauvais et de bon, de juste et d’injuste, sont relativisées. Car Dieu est au-dessus du petit dieu moral du bien et du mal… du mauvais et du bon… du péché et du pardon. Son amour reste intact et fidèle. Quoi qu’il arrive, la grâce surabonde.

Nous rejoignons là le Dieu de Jésus Christ : « Dieu au-dessus de dieu » : Celui qui est l’Éternel, qui est Amour, qui est Lumière, qui est Esprit, qui souffle là où il veut… il est Celui qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants et pleuvoir sa pluie sur les justes et les injustes. Il est à l’opposé du Dieu comptable de la religion (qui nous attendrait au tournant).

Ainsi, si Dieu est au-dessus de toute idée de jugements, qui créent des catégories et des séparations… au-dessus du petit dieu juge fabriqué par nos lois humaines et nos idées étroites de justice, de rétribution ou de punition… alors nous sommes libres… libres d’être aimés et accompagnés par Dieu en toute situation, sans jugement.

C’est ce Dieu là – ce Dieu d’amour fou – ce Père prodigue (cf. Luc 15) – dont nous avons besoin dans notre monde d’aujourd’hui : un Dieu au-dessus de Dieu… au-delà de toutes les images de Dieu que nous avons pu recevoir ou construire : un Dieu au-dessus de la Religion… un Dieu gratuit… puisqu’il est pure Grâce. 

C’est notre ADN Protestant : Nous devons nous en souvenir … lorsqu’il nous arrive de douter de nous, de notre Église, que nous trouvons parfois si faible, si fragile, si minoritaire, si petite.

Ce Dieu là nous libère, car il nous propose en fait d’avancer dans la vie, au fil de nos expériences, de nos choix, de ce que nous décidons d’exprimer et d’expérimenter… sans jugement ni culpabilité… Car il n’y a pas de jugement ni de séparation dans l’amour.

Il me semble que ces deux passages bibliques nous rappellent l’essentiel : Ce Dieu fidèle (dont la bonté vaut mieux que la vie) nous appelle à la joie dans notre vie ecclésiale et communautaire.

Aussi bien à titre personnel, que dans notre vie d’Église, nous pouvons être certains que Dieu est là… et lorsque nous avons des décisions importantes à prendre, des choix à faire (comme aujourd’hui lors d’une AG extraordinaire)… il n’y a plus à choisir entre un mauvais choix et un bon choix… Nous savons, en fait, que nous choisissons toujours entre un bon choix et un bon choix. Puisque quel que soit le choix que nous décidons d’expérimenter, Dieu est là… et il nous a ouvert ce choix… il l’a mis sur notre route… il est toujours avec nous.

Ainsi donc, quoi qu’il arrive, il est certain que ce choix nous transformera d’une manière ou d’une autre pour notre bien. Car c’est le but de Dieu : nous faire évoluer, progresser, pour advenir à la sature du Christ : l’Humain véritable uni à Dieu.

C’est donc une assurance pour notre vie personnelle et notre vie d’Église : nous devons parfois faire des choix pour nous adapter, pour avancer, et pour expérimenter une voie :

… et choisir un chemin, c’est renoncer à un autre…

Quelles que soient nos décisions d’aujourd’hui, j’ose le dire : ce sera un bon choix, car Dieu pourvoit à notre bien par sa fidélité.

Alors, me direz vous, « quand même… il y a toujours des choix qui sont plus lourds de conséquences que d’autres » : c’est vrai… mais tout ça n’est pas bien grave. Car ce qui compte c’est d’avancer dans l’ouverture du cœur avec Dieu… pour qu’il nous façonne peu à peu… pour que sa bonté et sa fidélité nous transforment… aussi bien au sein de notre vie communautaire, que dans notre vie personnelle.

Ainsi donc, cette vision d’un Dieu bon en toute circonstance, nous invite à lâcher notre mental et notre ego, pour écouter la voie du cœur… la voie de notre intériorité toujours en contact avec le divin.

Aujourd’hui… peut-être que nous ne serons pas tous d’accord sur telle ou telle décision à prendre lors de notre AG extraordinaire… car nos choix ne sont pas forcément unanimes… nous avons des regards pluriels (c’est une richesse !)… et nous ne savons pas toujours qu’elle sera la meilleure route… mais ce n’est pas le plus important… si Dieu règne sur nos chemins… si nous avons la certitude que sa bonté surmontera tous nos choix, quels qu’ils soient.

Ce qui nous réunit, c’est l’assurance de la bonté de Dieu, de sa fidélité pour chacun de nous… et nous, tous ensemble… car en Dieu, il n’y a pas de séparation.

Puisque « sa fidélité vaut mieux que la vie »… c’est à la joie qu’il nous appelle : joie de se savoir aimés pour l’Éternité… joie de se savoir unis les uns aux autres en Christ… joie de transmettre au monde cette Bonne Nouvelle qu’il attend. 

Amen.

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