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Prédication de Catherine Golfier

Jean 13,1-15

Ce passage de l’évangile de Jean se situe la veille de la fête de Pâques.

Jésus et ses disciples prennent ensemble le repas du soir. Jésus se lève, ôte son vêtement de dessus, s’entoure la taille d’un linge, verse de l’eau dans une cuvette et se met à laver les pieds de ses disciples, au grand dam de Pierre qui refuse cet abaissement de son maître.

Jésus leur annonce, alors que l’un d’entre eux va le trahir et il dit à Judas : « Ce que tu as à faire, fais-le vite. » Les disciples n’ont pas compris de quoi il s’agissait. Judas sort de la pièce et on a le sentiment que ce départ apporte un soulagement qui détend l’atmosphère.

Maintenant qu’il n’est plus là, Jésus peut commencer son discours d’adieux à ses disciples. C’est son testament spirituel en quelque sorte. Il entrevoit le bout du chemin peut-être avec angoisse et il leur parle avec tendresse : « Mes petits enfants »Il veut, sans doute, les consoler du vide que son départ va créer et il va leur faire un don précieux : celui de l’amour fraternel.

Plusieurs choses me frappent dans ce testament :

– tout d’abord un commandement nouveau :

Aimez-vous les uns les autres ….

En quoi ce commandement est-il nouveau ?

Dans la Torah, on trouve déjà le commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »( Lévitique 19 v.18) .Voici les quelques versets qui précèdent celui-là :

« Ne commettez pas d’injustice dans vos jugements, n’avantagez pas un faible, ne favorisez pas un puissant, mais rendez la justice de façon équitable envers vos compatriotes.

Ne répandez pas de calomnies sur votre parenté.

Ne portez pas contre votre prochain des accusations qui le feraient condamner à mort.

N’ayez aucune pensée de haine contre votre frère, mais n’hésitez pas à le réprimander, afin de ne pas vous charger d’un péché à son égard.

Ne vous vengez pas et ne gardez pas de rancune contre vos compatriotes…. »

Tous ces versets évoquent un amour à comprendre dans le sens du respect et de la justice.

La nouveauté du commandement de Jésus est alors à mettre en relation avec le geste qu’il vient de faire : le lavement des pieds.

Jésus leur a dit un peu plus tôt :  « Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres » Jésus ne dit pas : « Ayez de l’affection les uns pour les autres ou trouvez votre prochain sympathique » Non, il dit :  « Mettez vous au service de votre prochain ».

La Bible ne s’intéresse pas à l’amour théorique ou poétique, mais à un amour concret, engagé, pratique, fait de gestes ou d’actes de la vie quotidienne, quitte à s’abaisser comme le fait Jésus quand il lave les pieds de ses disciples.

Et ainsi nous pouvons comprendre la conjugaison du verbe aimer à l’impératif. Si par définition l’amour est gratuit, il ne peut se commander et s’il se commande, ce n’est plus de l’amour. Nous sommes là en face de ce qu’on appelle en psychologie une double contrainte… Il paraît que ça peut rendre fou !!

La seule façon de sortir de cette impasse est de ne pas considérer l’amour comme un sentiment mais comme une action.

Dans les épîtres, les auteurs du nouveau testament se sont appliqués à expliquer le sens de ce nouveau commandement dans la vie de l’Église :

dans l’épître aux Romains : « Ne nous jugeons plus les uns les autres »

aux Corinthiens : « Ayez soin les uns des autres »

aux Galates ; « Portez les fardeaux les uns des autres »

aux Éphésiens : « Soumettez-vous les uns aux autres »

aux Philippiens : « Dans l’humilité, estimez les autres supérieurs à vous-mêmes »

aux Colossiens : « Supportez-vous les uns les autres »

au Thessaloniciens : « Réconfortez-vous les uns les autres »

Enfin dans l’épître de Jacques : « Confessez vos péchés les uns aux autres et priez les uns pour les autres »

Voilà un sacré programme , excusez cette formule !!

Et si cela nous est demandé, ce n’est pas parce que ce prochain est aimable ou sympathique, c’est pour la seule raison qu’il est aimé de Dieu.

Le philosophe Alain a dit :  « Il est plus facile d’aimer tous les Chinois que son voisin de pallier. »

Le vrai amour est un travail et nos capacités sont faibles .

Si l’amour est un engagement concret de toute notre personne, alors il sera limité par nos faiblesses ou notre indisponibilité. Il faut donc du courage . Le contraire de l’amour, ce n’est pas la haine, mais la paresse ou l’indifférence.

La 2ème chose qui retient mon attention, c’est : « Aimez-vous comme je vous ai aimés »

Est-ce possible ? Jésus nous a aimé jusqu’à mourir pour nous… ! Avons-nous la force d’un tel amour ? Peut-être certaines personnes héroïques( je pense à ce gendarme qui s’est sacrifié pour sauver l’otage d’un terroriste ) mais nous hommes ou femmes ordinaires ?

Le modèle de l’amour se trouve dans l’attitude de Jésus avec ses disciples. Pour le définir en une phrase : c’est l’action que j’entreprends pour faire grandir mon prochain dans toutes les dimensions de sa personne, lui permettre de s’épanouir.

Et puis ne faudrait-il pas entendre ce « comme je vous ai aimés » dans le sens de « parce que je vous ai aimés » ou « puisque je vous ai aimés »

Et c’est peut-être en s’enracinant dans l’amour de Dieu que nous pourrons aimer notre prochain.

Jésus ne dit pas :  « Aimez moi comme je vous ai aimés » comme peuvent le dire certains parents à leurs enfants. Vous savez le genre de phrase : « Avec tout ce que j’ai fait pour toi… »

Non, il dit « Aimez-vous comme je vous ai aimés » L’amour doit circuler. Cet amour que je reçois de Dieu, alors je dois le répandre autour de moi.

– Enfin Jésus termine son discours d’adieu par cette phrase :

« Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous sauront que vous êtes mes disciples. »

Ce n’est pas le raisonnement ou la foi qui définissent le disciple, mais l’amour.

Voilà ce que l’on devrait dire des chrétiens : non pas ce sont des croyants, mais ce sont des aimants…!

Dans une époque où on parle beaucoup de témoignages, d’évangélisation, de se faire connaître, de sortir de nos églises, peut-être n’est-ce pas de tambours et de trompettes dont nous devons nous équiper ?

Mais peut-être de choses plus humbles et plus discrètes. Un sourire, une poignée de mains, une écoute chaleureuse , une visite, une attention particulière…

On parle dans les journaux de politique de la ville et de réflexion sur l’intégration.

Mais si l’intégration se fait, c’est grâce à ces hommes et ces femmes qui consacrent une partie de leurs loisirs à faire marcher des clubs de sport, à proposer des animations, à faire de l’accompagnement scolaire dans des quartiers jugés difficiles…ou qui ont choisi d’y vivre et d’y rester.

Dieu agit aussi en dehors de toute Église ; il se sert à l’occasion d’hommes et de femmes qui ne sont pas forcément chrétiens, mais qui agissent dans le sens de son projet, même sans le savoir.

Dieu emploie qui il veut. Il agit quelque fois par nous, quelque fois en dehors de nous. C’est l’Église invisible.

On parle des grandes déclarations des évêques et des présidents d’églises.

Mais si l’évangile continue à être vécu, c’est grâce à ces homme et ces femmes qui, dans l’anonymat, s’épuisent parfois à maintenir allumée une petite lumière, vous savez celle qu’on ne doit pas mettre sous un boisseau, mais sur un support pour qu’elle brille pour tous.

Dans le protestantisme,on se souvient avec fierté des batailles héroïques menées par les Camisards qui se sont battus pour la liberté de la foi .

Mais, s’il y avait encore un protestantisme en France dans la deuxième moitié du XVIIIème siècle, c’est grâce aux mères de famille qui, le soir à la veillée, ouvraient la Bible pour apprendre aux enfants ce qu’on ne leur avait pas dit au catéchisme.

Nous évoquons la foi qui transporte les montagnes, mais pourquoi ne parlons-nous pas de la foi qui nous fait accueillir chez nous la mère d’un prochain décédé, comme Jésus sur la croix, le demande à Jean.

Nous rêvons d’une Église triomphante qui porte le feu du Dieu tout puissant, mais pourquoi ne rêvons-nous pas d’une Église qui cultive la simplicité et la délicatesse ?

Alors oui, notre témoignage peut consister en des gestes d’amour simples et humbles qui, petit à petit, se répandent et dressent sur notre terre des barrages à la violence, l’indifférence et la peur.

Ne serait-ce pas cela le Royaume de Dieu ?

Amen.

 

 

télécharger la prédication: Prédication du 19-05-2019

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