Aujourd’hui, nous méditons sur le dernier verset de ce beau Psaume 23 et clôturons ainsi cette série de la semaine.

Psaume 23, verset 6

 

Oui, le bonheur et la bonté m’accompagneront tous les jours de ma vie et mon habitation sera dans la maison de l’Éternel pour de longs jours.

Rêves de fleurs - Peinture de Christine Gillin
"Rêves de fleurs" - œuvre de Christine Gillin

Le bonheur, c’est reconnaître dans la grâce de Dieu un acte de bienveillance.

Aujourd’hui, quand on dépend de la grâce de quelqu’un, ce n’est pas bien joli. Dépendre de la grâce d’un autre est un signe de faiblesse, plus encore d’abaissement. Quand le Président de la République fait grâce à un détenu, c’est bien dans un mouvement de haut vers le bas.

Comment pouvons-nous trouver le bonheur, c’est-à-dire la vie en abondance et la grâce de Dieu, c’est-à-dire cette vie toujours renouvelée par Dieu, sans nous sentir petit devant lui, sans nous abaisser devant lui, sans nous écraser dans la poussière ? Car je ne crois pas que notre Dieu veut que nous nous traitions de la sorte, ni notre prochain.

La grâce de Dieu n’est pas ce geste faussement généreux de celui qui est « là-haut » envers celui qui est « là-bas », ces quelques miettes qui tombent de la table de celui « là-haut » et dont on se réjouit « là-bas ».

Vitrait illustrant le bon berger
Vitrail « Le bon berger »

Mais la grâce de Dieu est plutôt l’inverse – un geste du bas vers le haut. Nous approchons la semaine sainte, le dernier repas du Seigneur, sa crucifixion et sa mort. C’est Dieu qui s’est fait homme, qui est abaissé dans cette histoire, sa grâce consiste à être avec nous « ici-bas ».

David nous l’a bien montré comment, quand je traverse la sombre vallée de la mort ici-bas, Dieu vient tout proche à mes cotés. La grâce est une expression d’amour, un geste de tendresse. La grâce nous rapproche de Dieu et si nous ne pouvons pas – parce que nous ne sommes pas divins – monter « au ciel » pour nous rapprocher de lui, c’est lui qui descend pour se rapprocher de nous. Oui, sa grâce nous rapproche.

Et du coup, en plein milieu de la vallée sombre, la grâce devient saisissable, touchable et cette expérience fait le bonheur du croyant.

Ainsi, il peut chanter que « le bonheur et la grâce m’accompagneront tous les jours de ma vie » et non pas seulement les dimanches, pas seulement les jours de fêtes, pas seulement les beaux jours joyeux mais tous les jours de ma vie, jusqu’au dernier.

A nous de bien réfléchir ce qui est finalement le bonheur.

Peut-être ce temps de confinement pourra nous servir d’y songer – qu’est-ce qui fait mon bonheur, à quel point je peux vivre la grâce comme une bienveillante présence de Dieu.

Habiter dans la maison de l’Éternel, ce serait peut-être cela : sentir la proximité de Dieu non pas comme un poids qui pèse lourdement sur moi, mais comme un geste tendre d’affection.

Habiter la maison de l’Éternel ne dépendrait donc pas d’un lieu, comme une église ou un temple, mais de la conscience d’être un mouton, une brebis, bien-aimée par celui qui est l’amour.

Habiter dans la maison de l’Éternel …  jusqu’à la fin de mes jours … et si mes jours n’avaient pas de fin ? Et si mes jours étaient comme les jours de l’Éternel, c’est à dire éternels ? Et si mes jours et mes nuits, mes hauts et mes bas, mes cotés sombres et lumineux, si cet ensemble était … éternel et l’Eternel …

Voici pour moi la plus belle strophe de notre recueil « Alléluia », la deuxième strophe du cantique « O douloureux visage » 33/13

C’est toi que ma main blesse,
C’est moi qui suis guéri ;
C’est moi qui me redresse,
C’est toi qui es meurtri ;
Quel étrange partage
De ma vie et ta mort,
Où ta mort est le gage
Que la vie est mon sort.


Père, je ne veux pas ce matin faire la liste de tous mes manquements et de toutes mes fautes, de mes faiblesses et de mes imperfections.
Je le sais bien, tu le sais bien, je ne suis pas un être parfait.

Père, je veux ce matin déposer mas vie devant toi toute ma vie.
Non plus seulement les pensées furtives, les prières secrètes, les élans momentanés que je t’accorde quand cela me plaît.
Mais toute ma vie, ses jours et ses nuits, pour que toute ma vie soit aimée par toi, apaisée par toi.

C’est vrai, tu n’es pas le seul Dieu dans mon existence, il y en a tant d’autres,
je le reconnais, et puis il y en a un immense, et c’est moi-même.

Je ne me méprise pas :
Je ne te demande pas de m’abaisser.
Je te demande, Père, de me libérer de l’angoisse de vouloir tout maîtriser, de me délivrer de la pensée que je doive faire mes preuves à chaque instant.

Rappelle-moi sans cesse que la paix vient de toi,
que la vie vient de toi,
que l’amour vient de toi,
que l’espérance vient de toi.

Amen

(Liturgie de l’Église Protestante Unie de France)

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