Secrétariat: 05 56 52 60 47 Urgences/Obsèques: 06 98 47 88 82

Prédication du dimanche des Rameaux, 14 Avril 2019

Lecture : Luc 19:29-40

Personnellement, je ressens toujours cette descente de Jésus vers Jérusalem comme une grande tragédie, comme déjà en elle-même une crucifixion.

Pour moi, le jour des Rameaux, qui nous fait entrer dans le temps de la Passion n’est pas un jour de liesse, un jour de joie, un jour de succès mais au contraire un jour où l’intensité de la solitude morale de Jésus est à son comble.

  • Solitude dans le choix que fait Jésus de se livrer lui-même aux affres de la douleur et de la mort.
  • Solitude par l’incompréhension de ceux qui l’entourent et qui ne comprendront que bien après la signification ultime de cette marche vers Jérusalem.
  • Solitude dans la dérision et la faiblesse qui marquent la venue du Messie, un Messie souffrant, un Messie mourant (cf. le serviteur souffrant d’Esaïe 42).
Fresque de Giotto représentant l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem.
Fresque de Giotto représentant l’entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem. @wikimedia

Certes, pour la foi, après coup, après la résurrection, cette entrée à Jérusalem est une entrée effectivement triomphale, une entrée messianique, l’évènement par lequel Jésus de Nazareth accomplit pleinement les Écritures et la volonté du Père.

Certes, pour la foi, à travers la foi, au moyen du regard de la foi, on peut lire ce paradoxe inouï qu’est celui de l’arrivée d’un Messie qui réalise la puissance de Dieu dans la faiblesse, la petitesse et la dérision.

Certes, dans la foi tout devient clair, de la naissance de l’enfant pauvre et rejeté à l’homme fouetté et cloué au bois comme un brigand de grands chemins, ce même homme qui s’approche du porche de la grande porte de Jérusalem, comme un anonyme pèlerin dans le tumulte de la ville sainte qui prépare fébrilement la Pâque.

Certes, cet homme est bien le Messie et, a posteriori tout l’indique, et les évangélistes insistent eux aussi … après coup… après avoir compris… après avoir saisi le déroulement de l’histoire à la lumière de la croix et de la résurrection.

L’âne : oui ! la monture du prince de Paix selon la prophétie de Zacharie. Oui ! bien sûr.

Les chants d’allégresse accompagnant le roi, d’après le Psaume 118. Oui, c’est vrai !

La dérision de ce roi, sans armes, sans escorte, sans bagages ; bien sûr : Esaïe jadis ne parlait-il pas d’un serviteur souffrant ?

Et puis, comment ne pas y voir aussi une référence au livre des Rois sur le sacre de Salomon ? C’est vrai ! Pour celui qui croit, tout est clair. Celui qui vient, c’est le Messie ; celui qui est là c’est le Saint d’Israël, le Saint de Dieu, celui qui est oint par Dieu, l’élu de Dieu, prêtre, roi, sacrificateur.

Oui ! Il faut se réjouir parce que Dieu est fidèle et qu’il tient promesse. Il est venu délivrer son peuple. Il envoie celui qui doit le délivrer à tout jamais de la servitude et de la mort.

Pour les Évangélistes et pour nous aujourd’hui ce jour est un jour de réjouissance parce que, à travers lui Dieu veut sauver, Dieu veut intervenir, Dieu veut changer la mort en vie…effacer toute larme et toute douleur. À cause de la foi ! parce que notre foi nous le dit, nous le fait savoir… mais, mais, sur le coup de l’évènement, au moment même où cela se passe, qu’en est-il vraiment de l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem ?

mosaïque byzantine du XIIe siècle (Palerme)
Mosaïque byzantine du XIIe siècle (Palerme) @wikipedia.org

Personnellement, je ressens toujours cette descente vertigineuse de Jésus vers Jérusalem comme une sorte de mascarade, une espèce de comédie, un évènement truqué qui sonne faux, une sorte d’illusion d’optique.

On nous dit « triomphe » mais qu’en est-il vraiment ? Imaginer Jésus arrivant triomphalement à Jérusalem me met mal à l’aise et trouble ma raison et ma compréhension de l’Évangile. Imaginer Jésus paradant comme un haut dignitaire et faisant des déclarations publiques, cela ne cadre pas, cela ne convient pas, cela ne lui ressemble pas. Imaginer Jésus acclamé, adulé par une foule en délire, exultant, débordante de joie et d’allégresse, cela m’a toujours paru suspect, inadéquat, inconvenant même. Suspect par rapport à l’ombre d’une croix qui se dessine, se profile et qui s’étire dans la lumière du soir. Parce qu’en enfilade de cette fameuse porte de la grande ville, dans son prolongement, dans cette marche heurtée mais inexorable de l’âne marchant cahin-caha, se situe, au fond et bien plantée la croix, c’est-à-dire la fin, la mort. La croix, c’est-à-dire toute l’œuvre et la mission de Jésus – trahison, comparution, procès, torture, crucifixion.

Jésus est venu pour cela et c’est pour cela qu’il s’engage vers Jérusalem. Seul ! Jésus est seul avec sa destinée entre les mains. Il peut choisir de ne pas descendre ; il peut refuser, maintenant encore ! Après, les évènements ne lui appartiendront plus. Ils le précipiteront vers la croix, qu’il le veuille ou non ! (Père pourquoi m’as-tu abandonné ?). Seul ! c’est maintenant que Jésus choisit d’accomplir l’œuvre de salut que Dieu lui a confiée.

Les Rameaux ? c’est l’heure de l’obéissance, froide, dure, implacable. La grande porte de Jérusalem passée, c’est le piège qui se ferme, sans retour, sans issue, sans espoir… L’entrée de Jésus à Jérusalem a lieu dans la solitude immense de quelqu’un qui sait où il va et pourquoi, de quelqu’un qui va vers sa mort, donnée en sacrifice. Et cette entrée, au jour des Rameaux n’est finalement rien d’autre que le début de la fin, le jour où le piège se referme, le jour où tout va s’accomplir désormais, le jour du point de non-retour de la Grâce de Dieu.  Oui, La grâce de Dieu : mais à quel prix !

Les Rameaux ne sont que l’évènement par lequel Jésus lui-même, de sa propre autorité, volonté provoque l’enchaînement des faits qui vont faire de lui le Christ, celui par lequel Dieu sauve, rachète, délivre, libère.

C’est un jour triste parce que c’est le jour où Jésus se condamne lui-même à mort. Oui certes ! Dans la foi l’allégresse et la joie sont présentes, à l’image d’une foule pourtant versatile qui acclame mais aussi qui hurlera bientôt : crucifie-le !

Sans cette condamnation à mort, pas de salut. Hors de Jésus-Christ pas de salut ! En dehors de Jésus Christ, quel salut ? Quelle destinée humaine ? Dans quelle direction marcher ? Sur quelle espérance s’appuyer ?

Pasteur Pascal VERNIER

Partager
fringilla elit. efficitur. Sed massa Lorem
Fermer le panneau
Illustration d'un crayon qui écrit
Les annonces pour la semaine
image espaceur

Trouvez rapidement, en un clin d’œil, où vous pouvez participer à un culte de l’Église Protestante Unie de Bordeaux, tout au long de l’été !

image espaceur

« SPÉCIAL CE MOIS »

Chers lecteurs-rices,
En raison des activités réduites pendant la période estivale,
notre rubrique « Spécial ce mois » est temporairement retirée de notre site.
La rubrique sera remise à la rentrée !

Camp pour les 18-30 ans, du 25 au 30 août à Paris