Prédication proposé par Catherine Golfier au temple de la rue de Tresses le 30-08-2020.

Texte biblique: Matthieu 16 v. 21 à 28.

Peut-être avez-vous lu le texte de l’évangile de Matthieu de dimanche dernier qui précède celui-là.

Pierre vient de répondre à la question de Jésus : « Et vous qui dites-vous que je suis ? » par cette magnifique confession de foi : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Jésus lui a alors déclaré : »Tu es Pierre et sur cette pierre, je construirai mon Église. Je te donnerai les clés du Royaume des cieux et ce que tu lieras sur terre sera lié dans les cieux et ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. »

Eh bien ! C’est ce même Pierre qui va être violemment repris par Jésus qui le traite de Satan !

C’est lui, Pierre, qui montre qu’il a compris qui était Jésus, mais qui n’a pas compris comment Jésus manifesterait qu’il est le Messie attendu par son peuple.

Alors examinons ces événements, d’abord du point de vue de Jésus, puis de celui de Pierre.

Maintenant que Jésus a été reconnu par ses disciples comme le Christ, le fils du Dieu vivant, il commence à décliner les formes de la messianité qu’il incarne. L’évangile de Matthieu avait déjà évoqué la question de la persécution, mais c’est la première fois que Jésus parle clairement à ses disciples de la croix. Il n’a pas tout dit tout de suite. Il n’a parlé de la Passion que lorsque ses disciples ont fait un bout de chemin. Il est des réalités qui ne se comprennent qu’à partir d’une certaine maturité spirituelle.

Pour Jésus les choses sont claires : il sait quel Messie il est appelé à être : il est et il sera le Serviteur souffrant, quelquefois évoqué dans l’Ancien Testament mais auquel les Juifs ont préféré le Messie triomphant et libérateur, plus souvent annoncé dans ce même Ancien Testament. Jésus sait qu’il doit passer par la souffrance de la croix pour atteindre la gloire du Fils de Dieu.

Mais notre compréhension de Dieu comme celle des disciples, est celle de la puissance. Ils ont été témoins des manifestations d’autorité de Jésus qui a apaisé la tempête, guéri des malades et nourri des foules. Et là, ils doivent entendre et comprendre que cette puissance est autre !!

Mais Jésus sait qu’il est l’Agneau de Dieu qui ôte le péché du monde, il sait à quoi son Père l’appelle, il sait qu’il n’a pas le droit de défaillir ou de renoncer. Et il sait combien c’est difficile et comme il voudrait que son Père, qui est dans les cieux, éloigne de lui cette coupe.

Alors la violence de la réaction de Jésus aux reproches et à l’opposition de Pierre montre que Pierre a touché un point sensible.

Cette parole de Pierre  «  Dieu t’en préserve. Cela ne t’arrivera jamais » qui aurait pour but de le détourner de sa vocation est purement et simplement une nouvelle tentation après les trois subies dans le désert à l’initiative du diable.

Dans le récit de la tentation au désert, le diable avait proposé à Jésus la satisfaction de ses envies, le pouvoir et le succès, par d’autres moyens que ceux de Dieu.

Ici, Jésus est tenté par Pierre qui, sans le vouloir et sans le savoir sans doute, le pousse à être Messie par d’autres voies que celles de Dieu . C’est la tentation d’être détourné de l’obéissance qu’il avait acceptée. C’est la tentation d’éloigner de lui la souffrance et la mort. Et c’est toute l’humanité de Jésus qui se révolte devant cette perspective terrible et qui le fait réagir aussi violemment contre Pierre.

Considérons maintenant les choses du point de vue de Pierre : Pourquoi Pierre s’oppose t-il farouchement à cette idée de la souffrance et de la mort de Jésus ?

Et le verbe rabrouer n’évoque pas un petit différent entre Pierre et Jésus, mais une opposition frontale.

Pour Pierre cette idée n’est pas possible, elle n’est pas pensable car elle ne correspond pas à l’idée que l’on se faisait, à l’époque, du Messie. Les Juifs attendaient du Messie qu’il rétablisse la royauté dans la gloire qu’elle avait avec David et Salomon et qu’il rende son indépendance à leur peuple.

«  Non cela ne t’arrivera pas ! » sous entendu : « comment se réaliserait alors l’espérance que nous mettons en Toi ? »

Et de plus, les disciples ne comprennent pas non plus de quoi Jésus parle lorsqu’il leur annonce sa résurrection.

Un Messie qui souffre et qui meurt, ça n’existe pas ! Un Messie se doit d’être immédiatement un Roi glorieux qui fait une entrée triomphale à Jérusalem et qui met dehors l’occupant romain. Autrement, il n’est pas le Messie !

Pierre parle ici probablement au nom du groupe des douze.

Mais, nous aussi nous sommes concernés. Nous aussi, nous sommes capables de dire des choses justes sur Dieu ou sur la foi, mais nous sommes aussi capables de déraper, de passer à côté des projets de Dieu. Nous sommes capables de nous forger une idée de Dieu, de nous faire des idées sur Dieu qui sont plus le fruit de notre imaginaire que d’une méditation approfondie de la Parole de Dieu. Et ces idées sur Dieu peuvent devenir des idoles difficiles à déboulonner de leur piédestal tout autant que les idées à priori et préconçues des Juifs sur le Messie. La première difficulté de croire n’est-elle pas que nous avons toujours un Dieu préfabriqué dans notre tête ? Peut-être pas une idole de pierre aujourd’hui ; mais une idée bien arrêtée.

Comment ce Dieu peut-il supporter les horreurs que nous voyons sans cesse, c’est quand même à lui de réparer ce qui va de travers ! D’ailleurs vous le savez bien, si Dieu existait, on ne verrait pas tout ce que l’on voit : les génocides, les injustices, les maladies, les catastrophes….Vous les avez sûrement entendues, ces phrases !

Quant aux pages sombres de la chrétienté, le triste exemple de ses divisions, cela vous donne-t-il envie de croire ?

Et s’il n’existait pas finalement ce Dieu dont nous avons fabriqué le portrait-robot. Si ce n’était pas lui qui présidait le tribunal chargé de juger les crimes contre l’humanité ……mais qu’il marchait en tête de cortège de ceux qu’on mène à l’abattoir !

« Ne cherche pas Dieu au ciel, tu ne l’y trouveras pas, aurait dit Luther. Le ciel est devenu vide de Lui. Cherche-le sur la terre où il se tient caché et crucifié. A ta porte. A côté de toi. »

Serait-ce possible ? Avons-nous besoin d’un tel Dieu ? A-t-il une place dans notre monde ? Un Dieu qui respecte notre liberté, notre responsabilité : inimaginable, non crédible ! Un Dieu qui s’approche de nos misères, à quoi bon ?

Alors, laissons aux sondages d’opinion le soin de définir le profil d’un Dieu socialement et religieusement correct.

Abandonnons les idées toutes faites et l’hypothèse d’un Dieu fabriqué à notre image, tel que nous le voulons, un Dieu compatible avec notre conscient et notre inconscient. Remettons en question l’image peut-être lointaine du catéchisme de notre enfance. Regardons avec méfiance le lavage de cerveaux de nouveaux mouvements religieux sans nous bloquer pour autant sur l’impossibilité d’un Dieu dans un monde aussi violent.

Oui, osons croire à la venue d’un Dieu dont la compassion pour l’homme et l’espérance qu’il met en lui, fait voler en éclats les plus audacieux de nos rêves de liberté.

Oui, Seigneur, dénoue le nœud maudit de nos blocages, de nos refus, de nos lâchetés. Donne-nous l’audace et la fraîcheur du oui que Marie a prononcé en acceptant de devenir mystérieusement celle qui mettrait au monde le Sauveur attendu par son peuple.

Jésus de Nazareth a accepté d’être le Messie. Il a accepté de renoncer à lui-même et de porter sa croix. Il a renoncé à vouloir sauver sa vie.

Et ses disciples vont le suivre…avec hésitation, malentendus, tant bien que mal.

Jésus est le Messie. Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ?

Sans doute, nous faut-il, comme Pierre, convertir nos pensées ? Sans doute nous faut-il nous aussi renoncer à nos idées, nos projets, pour entrer dans le projet de Dieu et y entrer coûte que coûte !

On risque toujours de se tromper de Messie. Les disciples ont vu en Jésus un être de la lignée des grands prophètes de l’Ancienne Alliance, ceux qui résistaient au pouvoir tyrannique pour libérer le peuple. Mais il ont vu aussi en Jésus, un Messie qui accueille le païen, l’étranger, le malade, le petit. Un Messie qui n’exclue pas, qui n’excommunie pas, mais qui fait vivre. Un Messie qui ne se sacralise pas lui-même mais qui est prêt à renoncer à lui, à porter sa croix, à prendre le risque de sa vie pour que d’autres vivent.

Est-ce que nous pouvons suivre ce Messie là ? Est-ce que notre communauté peut être témoin de ce Messie là ? Notre vocation de disciple d’aujourd’hui n’est-elle pas aussi à notre tour, de vivre et de faire vivre ? D’accueillir et de rendre libre ?

Tâche magnifique pour notre Église, tâche qui va nous demander de nous convertir quelque peu si nous ne voulons pas être traités de Satan!

Mais soyons sûrs que le Messie nous accueille aussi pour ça et nous accompagnera.

Amen.

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