Les disciples du Christ ont souhaité recevoir la réponse du Maître sur ce pilier de la Foi chrétienne.

Pierre intervient au nom des disciples pour poser la question du nombre de foi qu’il convient de pardonner à un frère (une sœur) qui nous a offensé.

Jésus répond : jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois !
Matthieu 18 : 21 à 22.

C’est à dire indéfiniment !

La même rigueur appliquée à la vengeance dans la religion de l’Ancien Israël l’est du coup par Jésus pour le pardon :

« Caïn sera vengé sept fois et Lémec soixante-dix-sept fois sept fois »
Genèse 4 : 24 

On ne retrouve rien à ce propos dans l’Évangile de Marc. En revanche dans l’Évangile de Luc une nuance de taille est apportée. La repentance du coupable est la condition du pardon, Luc 17 : 3.

L’Apôtre Paul dans l’Épître aux Colossiens dit : 

« Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que le Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi »
Colossiens 3 : 13.

Vaste programme !

Tableau
« Return of the Prodigal Son » de Murillo @Commons.wikimedia.org

Les maximes et sentences de la Bible sont quelquefois très distantes de la nature humaine, il faut l’admettre!

Se pardonner, c’est accorder sans condition la réconciliation ou encore oublier ; ou mieux « Aimer » (comme force de contradiction divine de la haine) à la manière de Martin Luther King. On comprend bien qu’humainement (du moins le commun des mortels) c’est injouable… 

Deux autres clés de lectures nous viennent en aide. Elles résultent d’une étude plus approfondie des textes bibliques que je viens de citer.

1/ Le texte de l’Évangile de Luc utilise un verbe grec qui est traduit en français par se repentir : « S’il se repent, pardonne-le ». On peut aussi dire en utilisant les autres sens que permet la traduction, « s’il consent à s’expliquer et reconnaître son tort pardonne- le ». Donc ici le pardon est subséquent à la rencontre des parties en conflit ayant comme visée un inventaire des intentions qui s’affrontent. 

2/ Le texte de l’Épître aux Colossiens utilise un verbe qui donne à la notion de pardon le sens de la grâce. Donc le verbe gracier (rendre sa liberté à quelqu’un, à un prisonnier, acquitter, amnistier, exempter). On pourrait dire, partant de cette autre déclinaison de sens, « de même que le Christ vous a gracié, graciez-vous aussi ». Cette acception a trait à la notion d’élargissement. Du verbe élargir (mise en liberté d’un détenu). Il faut avoir un sacré supplément d’âme ou une exceptionnelle épaisseur humaine pour agir ainsi. 

Ces clés de lectures nous placent bien loin de la correspondance qu’on pourrait établir entre pardonner et oublier. Ou encore pardonner et ne plus en parler. Le silence est toujours la caution « des sages » !

Au demeurant, on peut ne plus parler d’une offense sans avoir pardonné. Comme on peut oublier sans avoir pardonné. Surtout il est fréquent de constater que ceux qui offensent oublient plus facilement ce qu’ils ont fait que ceux qui ont souffert de leurs offenses. 

Le pardon est au cœur de la rencontre entre Dieu et l’homme.

Nous avons juste souhaité évoquer certains de ces aspects par ce choix de textes parmi d’autres. Un grand nombre d’occurrences dans l’Ancien et le Nouveau Testament montrent le contenu de la notion de pardon. Le pardon donne toute la plénitude de sens à la Rédemption que nous célébrons à Pâques.

Moi, je suis partisan de la rencontre entre les personnes qui ont une mésentente pour un partage honnête sur les intentions qui ont induit leurs élans comme étape menant au pardon. Luc 17 verset 3 me parle plus que les autres textes.

Philippe Biyong, Pasteur

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