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Prédication du 27-10-2019.

Ce passage de l’évangile de Luc fait suite à la parabole du juge et de la veuve et précède l’accueil par Jésus des enfants et même des nouveaux-nés, des petits. Donc il se situe entre l’importance de la prière, sans se décourager et l’amour de Jésus pour les humbles et les gens sans importance.

Jésus , auparavant, avait déjà prononcé les paraboles de la brebis perdue et retrouvée, de la drachme perdue et retrouvée et du fils perdu et retrouvé et il l’avait fait pour les pharisiens qui s’indignaient parce qu’il accueillait les pécheurs et mangeait avec eux.

Il va donc adresser cette nouvelle parabole à ceux qui sont persuadés d’être des justes et qui méprisent les autres.

Repérons d’abord les personnages en présence :

Tout d’abord le pharisien et c’est l’occasion de réparer une vieille erreur judiciaire : sauf exception, les pharisiens n’étaient pas des bigots hypocrites mais avant tout des croyants sincères et zélés. Leur nom de pharisien vient de l’araméen et signifie « séparé », au départ, parce qu’ils avaient fait sécession pour des raisons politiques du temps de Judas Macchabée (IIième siècle avant Jésus Christ), mais au temps de Jésus parce qu’ils entendaient surtout se séparer du péché ambiant par une observation rigoureuse de la Loi. Pour cela ils avaient codifié quelques 613 prescriptions détaillées !

Si les évangiles sont si sévères à leur égard, c’est parce que, après la chute de Jérusalem en 70, les pharisiens partisans d’un judaïsme rigoureux, en étaient venus à persécuter les judéo-chrétiens. Mais ce n’étaient pas des adversaires irréductibles de Jésus. Dans les évangiles, on les voit l’inviter à leurs tables, lui demander conseil ou prendre sa défense devant les autorités. Et de fait, leurs convictions étaient proches des siennes, en particulier à l’égard de la résurrection des morts.

A l’ époque de Jésus, les pharisiens étaient les meilleurs membres de la communauté juive. Ils prenaient au sérieux la Parole de Dieu, ils essayaient de vivre consciencieusement en conformité avec les ordres de Dieu, ils recopiaient l’Écriture Sainte, fondaient des synagogues, des écoles pour les enfants et des cercles bibliques pour les adultes. Ils inspiraient le respect. Ils se recrutaient dans les couches moyennes de la population et gagnaient leur vie à la sueur de leur front !

Le deuxième personnage est le péager.

Les péagers étaient chargés de recueillir les taxes indirectes au droit de péage, pour l’occupant romain. Ainsi par exemple, le péage était payé pour accéder au port, pour entrer dans des villes ou franchir une frontière provinciale, pour s’installer sur un marché public quand on était vendeur.

Les péagers étaient généralement des juifs qui avaient acheté leur charge, séduits par les avantages qui s’y attachaient. En effet, ne recevant pas de salaire, ils étaient invités à garder pour eux une partie des sommes qu’ils prélevaient pour rémunérer leurs services, ce qu’ils faisaient parfois au delà de toute mesure.

Bref c’étaient à la fois des escrocs et des collabos !!

Mais ces deux personnages sont d’authentiques croyants. Ils montent au temple pour prier, et c’est par la prière qu’ils sont contrastés et jugés. Le pharisien n’est pas plus bigot que le péager, ni le péager plus mécréant que le pharisien. Mais l’objet principal de cette parabole n’est pas la prière, bien qu’elle y occupe une place importante. La prière apparaît ici comme le révélateur d’une attitude devant Dieu et devant autrui. La prière est le geste religieux le plus simple dans lequel un être humain extériorise la façon dont il se comprend par rapport à Dieu et aux autres.

L’attitude du pharisien n’a rein d’exceptionnel. Il priait selon la coutume, debout. Mais si le verset précise qu’il priait en lui-même, c’est pour insister sur le fait que sa prière s’adresse plus à lui même qu’à Dieu. En guise de prière, il fait un bilan d’activités qui le satisfait. En effet le jeûne et la dîme sont avec la prière les trois piliers de la vie spirituelle. Donc s’il jeûne deux fois par semaine et s’il donne la dîme de tous ses revenus, il est objectivement vrai que le pharisien n’est pas comme les autres ! Mais ce n’est pas à lui de le penser et encore moins de le dire dans sa prière !! Ainsi il ne parle que de lui-même au lieu de parler à Dieu ou de l’écouter parler en lui. La prière n’est pas le lieu pour afficher ses performances spirituelles. Son contenu semble ici le conforter dans sa propre justice. Je pense bien sûr qu’il s’agit là d’une caricature qui accentue les traits. Je ne sais pas s’il y a des gens qui prient comme cela, mais je sais bien ce qui dans la prière peut relever de l’orgueil spirituel.

De plus Jésus récuse les prières qui accusent en désignant les autres. Lorsque nous pointons un prochain avec notre doigt, l’index est dirigé vers la personne que nous accusons, mais trois autres doigts sont dirigés vers nous-mêmes. Chaque fois que j’accuse mon prochain, je m’accuse trois fois plus.

Le péager, lui, se tient à distance en signe de respect de ce qui le sépare de Dieu et aussi à distance de l’homme parfait qui prie devant lui !! Il baisse les yeux en signe d’humilité et se frappe la poitrine, dans un geste de détresse et d’autoaccusation.

Sa prière est un appel à l’aide. Il est écrasé par le poids de sa culpabilité et implore la pitié divine. Il ne connaît pas d’autre secours que la grâce divine et c’est elle qu’il sollicite.

Et en effet lorsque nous nous présentons devant Dieu , il est plus sûr de s’appuyer sur sa miséricorde que sur nos actes !!

En nous présentant ces deux personnages comme des croyants, bien que situés aux deux extrémités de l’échiquier religieux, et en choisissant clairement son camp (celui du fonctionnaire véreux contre l’homme de bonne volonté) l’Évangile nous dit quelque chose d’inadmissible : ces deux personnages représentent les deux faces de chacun des croyants que nous sommes : la face honorable, celle qu’il est possible de montrer aux autres et la face obscure, celle qu’il est nécessaire de cacher.

Et l’Évangile ajoute même : c’est la face obscure qui est la plus authentique et la plus vraie.

Ainsi le pharisien se donne des marques visibles de sa justice. Il a su se priver, il est différents des autres et reconnaissable à des actes significatifs. Et il en remercie Dieu qui lui a donné la force d’agir à l’image de l’homme de bonne volonté à laquelle il s’efforce jour après jour de se conformer. Et ne soyons pas aveugles : c’est ainsi que nous vivons la plupart du temps devant les autres par notre dévouement, notre générosité, notre solidarité.. que sais-je encore. Nous avons besoin de pouvoir nous regarder dans une glace et nous trouver dignes d’être aimés.

Le péager, lui, a reconnu le manque de quelque chose en lui. Il a ouvert son cœur et il sait qu’il n’est pas différent des autres. Il se croit même pire et c’est là sans doute sa seule erreur.

A la différence du pharisien qui est plein de lui-même et de la certitude d’avoir raison de faire ce qu’il a fait jusqu’à mépriser ceux qui ne le font pas, le péager a fait de la place en lui. Et cette place offre la possibilité que quelqu’un vienne l’occuper. Il en appelle alors à Dieu pour qu’il prononce une parole de réconciliation et de pardon, qui seules peuvent le faire vivre. Ce n’est pas un effort sur lui-même, mais un « lâcher prise »sur lui-même. Dieu le reconnaît alors comme sujet qui va repartir justifié par pure grâce. … « Sola gratia »…

Tout autre attitude, comme celle du pharisien par exemple, ne fait pas de nous des sujets mais des personnes qui portent un masque, celui de la bonne réputation, de la générosité, de l’engagement solidaire, de tout ce que nous voulons et qui fera de nous une personne bien sous tout rapport. C’est un beau masque et c’est dur à entendre ! Le pharisien a gardé son masque car il le fait vivre dans le paraître. Le péager a tombé le masque, il est nu devant Dieu, prêt à recevoir une parole de pardon comme un cadeau inestimable.

Et c’est de cette re-découverte qu’est née la Réforme, de ce bouleversement des logiques humaines. L’Évangile tel que l’avaient compris les Réformateurs, à la suite de Luc et de Paul, affirme : « Tu es semblables à tous les autres, traversé des mêmes doutes, des mêmes interrogations et aussi du même désir d’être aimé, d’être reconnu au-delà des apparences. »

Alors quand nous nous sentons misérables, lorsque nous tombons le masque et lâchons prise vraiment, une place est faite pour qu’un autre vienne inscrire non pas une apparence trompe l’œil mais une parole d’accueil et d’amour.Nous pourrons alors repartir justifiés c’est-à-dire libérés de nos doutes, de nos échecs et de nos peurs.

Notre monde nous invite à vivre comme des pharisiens, c’est-à-dire non pas comme des gens hypocrites mais comme des gens qui veulent se justifier par eux-mêmes, par leur histoire, par leurs actes, par leur réussite. L’Évangile, lui, veut faire de nous des sujets du Royaume de Dieu où nul n’est jugé sur ce qu’il a fait et nous invite à prendre la posture du péager pour que la Parole de Dieu vienne habiter en nous comme une parole de réconciliation et d’amour.

Alors nous pourrons partager sous les diverses formes que cela peut revêtir ( engagement, solidarité, bénévolat, action diaconale…) le salut désormais entré dans notre existence la plus intime, salut qui ne nous appartient pas, mais qui est toujours à nouveau offert comme un cadeau à partager, salut qui est le Christ lui-même.

Amen.

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