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Prédication du pasteur retraité Roland Revet du 14/04/2019  

Lecture biblique Mc 11,1-11  un dessin de rameaux de palmier 

Nous ne manquons pas de textes bibliques concernant le jour des Rameaux, chacun des quatre Évangiles nous rapporte sa version des événements, avec il est vrai quelques légères variantes. J’ai préféré vous proposer ce matin le texte de Marc qui, sur ce point comme sur d’autres, semble, par sa discrétion, nous présenter des souvenirs plus proches de la réalité, moins chargés par une réflexion théologique ultérieure sur la personnalité messianique de Jésus. On voit notamment, dans les autres Évangiles, Jésus aller directement au Temple où il chasse les marchands et provoque une grande pagaille – ce qui aura sans doute décidé les autorités  religieuses et civiles à chercher à se débarrasser enfin de lui. Ici, non, il entre au temple, il regarde, puis il décide d’aller passer la soirée chez ses amis, à Béthanie. Le nettoyage du temple ce sera seulement le lendemain.

D’après Marc, il y a ce jour-là en effet une espèce de « manif », mais relativement limitée. Marc évite d’utiliser des mots forts comme Matthieu par exemple qui évoque « la foule » et parle de « toute la ville ». Marc dit qu’il y avait « beaucoup de gens », mais il ne s’agit pas d’une énorme manifestation ameutant une grande partie de la population de Jérusalem.

Précisons ici que cette fête dite « des Rameaux », contrairement par exemple à Pentecôte ou à Pâques, n’est pas la transformation d’une fête juive en fête chrétienne. Ce jour-là à Jérusalem, il ne devait rien se passer de spécial, c’était un lendemain de sabbat, le premier jour de la semaine, les gens allaient à leur travail, ouvraient leurs boutiques ou traînaient dans les rues, selon les cas. Jésus décide d’entrer à Jérusalem et c’est là que se produit ce rassemblement, cette manifestation.

Des « manifs », nous n’en manquons pas chez nous actuellement ! Comme dans les quatre Évangiles, les chiffres varient, mais chez nous c’est selon qu’ils sont fournis par les organisateurs ou par le ministère de l’Intérieur. Quoi qu’il en soit, il s’agit bien ici et là de « manifestation ». Or, à quoi ça sert, une manif ? Qu’il s’agisse des agriculteurs, des gilets jaunes, des Algériens, des enseignants, des retraités, l’un des objectifs c’est que les téléspectateurs, les journalistes et les autorités se demandent : « mais qu’est-ce qu’ils veulent, au juste ? », qu’on se pose des questions, donc. Et ça ne m’étonnerait pas que ce soit pour cette raison que Jésus ait voulu organiser cette manif des Rameaux. Parce que c’est bien lui qui organise, qui se fait chercher un âne, qui met le cortège en route, il a bien l’intention que quelque chose se passe.

Mais quoi ? Certains éléments du message que Jésus veut faire passer sont assez clairs. Par exemple, le fait qu’il choisisse délibérément de faire son entrée sur un âne et pas sur un cheval, comme un chef de guerre ou de gouvernement. Et puis, il y a autre chose : nous savons que jusqu’ici Jésus a toujours été très prudent en demandant à ses disciples de ne pas raconter partout qu’il était le Messie, le Christ, il ne fallait pas que les gens s’emballent. Et puis voilà que ces précautions semblent prendre fin, un peu comme s’il disait : « bon, d’accord, c’est moi le Messie, mais attention, je le suis à ma façon à moi, pas forcément comme vous vous y attendez. Je ne viens pas prendre le pouvoir en lançant un appel aux armes, en demandant la démission de César et le départ immédiat des troupes romaines d’occupation, comme le réclament les résistants, les Zélotes etc. Si j’entre à Jérusalem comme le Messie, c’est assis sur ce petit âne, en trottinant humblement vers ce qui risque d’être mon procès et ma condamnation… »

C’est pourquoi on a du mal à se faire une idée précise du sens de cette journée des Rameaux, ça a l’air ambigu. Il est exact qu’on pourrait interpréter le récit comme le commencement d’une tentative de prise du pouvoir qui aurait échoué parce que les autorités ont assez vite fait arrêter Jésus comme meneur révolutionnaire. C’est à ce titre que les chefs juifs l’ont accusé devant Pilate quelques jours plus tard, et même si Pilate n’y a pas vraiment cru il a préféré avoir la paix et faire semblant d’entrer dans leur jeu. Mais on pourrait aussi voir dans tout ça une espèce de pause, un entracte que Jésus se donnerait dans son programme qui consiste, il s’en doute, à aller vers l’arrestation, la souffrance, la mort sans doute. Comme s’il disait : faisons la fête tous ensemble, faisons comme si, pour quelques instants, j’étais ici le roi d’Israël !

En fait, il faut essayer de comprendre ce passage à l’aide de ces deux interprétations. En entrant ainsi à Jérusalem, Jésus annonce en effet la semaine sainte et ce qui va suivre, mais en même temps, il propose à ceux qui sont avec lui ce jour-là de vivre symboliquement, par anticipation, quelque chose du règne de Dieu. Et, pour se faire comprendre, il tient compte de ce que les gens espèrent. Il sait bien que ce que voudraient la plupart des habitants de Jérusalem à cette époque, c’est  d’être débarrassés des Romains. D’ailleurs, ils n’en font pas mystère, ils entonnent des chants qu’on utilisait pour saluer l’entrée du roi au temple et ils brandissent, précise l’évangile de Jean, des feuilles de palmier qui avaient été le symbole de l’indépendance d’Israël contre les occupants grecs païens 200 ans plus tôt. Tel est le vrai et le seul sens biblique des rameaux de palmiers, même si on les a depuis ici ou là remplacés par des branchages ou des morceaux de buis censés préserver les maisons du malheur et des maladies, des porte-bonheur ou des gri-gris en somme ! Le symbole ici est aussi clair que pouvait l’être, par exemple, lorsque j’étais un enfant, pendant l’occupation allemande, le fait de dessiner sur les murs un V avec une croix de Lorraine.

Jésus semble comprendre cet espoir, il entre à Jérusalem comme le Messie, mais comme Messie prince de la paix. Mais il ne s’en tient pas là. Il sait bien que la souffrance profonde des gens ne sera pas guérie simplement parce qu’on aura chassé les Romains, ou les Grecs, ou les multinationales ! Il ne suffit pas de calmer la douleur, il faut encore tenter d’en trouver la cause. La guérison, dit Jésus, passe par un chemin beaucoup plus long et difficile que le départ de l’occupant romain ou que la fin du système capitaliste, même si, évidemment, il est souhaitable que les Romains partent et que l’on invente une manière plus juste de gérer l’économie.

Le jour des Rameaux, comme ailleurs dans ses discours, ses paraboles, ses miracles, Jésus propose un chemin entièrement nouveau qui viendra remplacer la règle de la nature et de la concurrence par une autre loi, celle de l’amour et du don de soi, du service réciproque au lieu de la domination du plus fort. C’est un projet de longue haleine qui est appelé à se heurter à une forte opposition, c’est pourquoi Jésus commence tout de suite en montrant l’exemple et en entrant à Jérusalem où il sait qu’il va être arrêté et sans doute exécuté.

Il montre qu’il a confiance dans le plan de Dieu, quoi qu’il lui en coûte. Il sait que, au bout du compte, après toutes ces souffrances et ces obstacles, il y aura bel et bien le triomphe de Dieu et de son amour, triomphe qui n’est pas comme celui des chefs de ce monde, avec l’écrasement de ceux qui ne sont pas d’accord, mais triomphe de réconciliation, d’accueil, de conversion. Et c’est pourquoi sans doute, en ce jour des Rameaux, Jésus a accepté en quelque sorte de « jouer » ce triomphe, d’avance, comme par anticipation, pour le moment où le règne de Dieu sera effectivement manifesté. Cette entrée à Jérusalem serait en somme comme une sorte d’acte symbolique, un symbole.

Un symbole, c’est un objet, un personnage, un geste qu’on peut voir et comprendre et qui représente quelque chose d’abstrait, de difficile à décrire. La colombe est symbole de paix, la balance symbole de la justice. Il y a aussi des symboles qui annoncent quelque chose de futur. J’imagine que nous voulions par exemple offrir un vélo à l’un de nos enfants ou petits-enfants mais que, pour diverses raisons, nous n’ayons pas encore pu l’acheter, on peut écrire une carte  avec « bon pour un vélo ». L’enfant ne saura pas encore très bien quand il aura ce vélo, ni sa couleur, sa marque ou le nombre des vitesses, mais il sait qu’il aura ce vélo.

Cette entrée de Jésus à Jérusalem, c’est un peu comme le symbole de la victoire de Jésus, comme si nous avions une carte avec écrit dessus : « bon pour le règne de Dieu ». On ne sait ni quand, ni comment, mais on peut y croire. Et Jésus prend la précaution de nous rappeler que, malgré la confusion possible entre les mots, triomphe, victoire etc… son plan à lui, le plan de Dieu, se déroule dans l’amour et pas dans le sang, l’écrasement, le rejet, la haine. C’est pour cela qu’il est venu sur ce petit âne et qu’il ne fait rien de violent ni de spectaculaire. « Je suis doux et humble de cœur » dit-il.

Nous vivons nous aussi dans le temps des symboles, des signes. Je pense à la sainte Cène, signe que Jésus a donné sa vie pour nous comme va encore nous le redire cette semaine sainte. Mais malgré tout le mal que se sont donné les théologiens pour essayer de dire les choses autrement, ce pain et ce vin ne sont pas Jésus en personne, même s’ils sont nourriture  comme Jésus est la force et la nourriture de notre vie. L’eau du baptême est bien le signe, le symbole que nous mourons et ressuscitons avec Jésus, signe que nous sommes lavés, débarrassés de ce qui salit notre existence, symbole de vie aussi, puisque sans eau la vie est impossible. Mais il s’agit de signes, ce n’est pas avec trois gouttes d’eau ni une gorgée de vin qu’on réalise effectivement tout cela, gardons-nous de confondre l’évangile et la magie !

C’est toute notre vie qui doit être signe et symbole. Par nos choix, nos actes, nous signifions de quel côté nous nous situons, nous montrons que nous prenons parti pour la liberté, la justice, la réconciliation, le partage. Il faut s’interroger, au moment de tous nos choix, pour voir s’ils vont dans le sens de ce que Jésus est venu dire, c’est-à-dire dans le sens du règne de Dieu, ou dans le sens contraire, qui devrait être pour nous un sens interdit !

Symbolique ne veut pas dire vide, inexistant, sans intérêt. La manifestation symbolique des Rameaux nous montre que c’est un moyen qui nous est donné pour répandre l’idée du règne de Dieu en attendant qu’il vienne définitivement. Comme si Jésus, en entrant ainsi à Jérusalem nous donnait une carte sur laquelle il aurait écrit : « Bon pour la grande joie du règne de Dieu ! » @

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