Prédication de Mustapha Aliouat, prédicateur laïc, du 20 décembre 2020 à l’Église Protestante Unie de Bordeaux Talence

Lectures bibliques

« Et toi, Bethléem Ephrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi Celui qui dominera sur Israël, et dont les issues sont dès les temps anciens, dès les jours de l’éternité… ».

Michée 5 : 1

Dieu dit : « Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui. Et encore, lorsqu’il introduit de nouveau dans le monde le premier né, il dit : Que tous les anges de Dieu l’adorent ».

Hébreux 1 : 5 – 6

Jésus étant né à Bethléhem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages arrivèrent à Jérusalem et dirent : « …nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l’adorer. »

Matthieu 2 : 1 – 2

Que de contrastes ...

Que de contrastes entre la Noël d’il y a deux mille ans et celle d’aujourd’hui, infantilisée et réduite en conte pour enfants !

Contraste socio-culturel

1ère des fêtes chrétiennes, Noël est devenue désormais dans nos sociétés modernes une fête commerciale, où cadeaux et gâteaux, musiques et repas somptueux nous font oublier que le Christ est né dans une famille simple et modeste.

L’endroit où il naquit sentait la précarité, la pauvreté et la marginalité.
Au-dessus de son berceau pendaient des toiles d’araignées et non des guirlandes multicolores.

Du coup, la puissance du message qui se dégage de cette histoire a été singulièrement émoussée.

Le Christ n’a pas choisi de naître dans un palais oriental, au milieu d’une foule de serviteurs.
Et si on trouve dans sa généalogie le roi David, on trouve aussi une prostituée non juive  (Rahab).

Jésus avait pour père un jeune homme âgé à peine d’une vingtaine d’années, Joseph. De condition humble, courageux et loyal, celui-ci eut la force de braver les « qu’en dira-t-on », les sarcasmes et les critiques.
 
Il refusa en effet de répudier Marie, sa fiancée, enceinte, avant d’être mariée. Cette petite mère de 15/16 ans, jeune fille courageuse, Myriam, sera appelée 4 siècles plus tard, Mère de Dieu « Theotokos » selon Cyrile Alexandrie ou Mère de Christ « Christotokos » selon Nestorius de Constantinople.

Noël fête de la lumière

Aujourd’hui, les places et les rues de nos villes, sont illuminées durant les dernières semaines de l’année par des myriades de guirlandes grâce à la fée électricité. Tout est féérique, magique, poétique.

Mais selon la Tradition, l’endroit qui vit naître le Christ n’était éclairé que par quelques torches aux flammes vacillantes qui dissipaient avec peine l’obscurité qui enveloppait cette grotte.

Cette grotte est devenue un symbole de rencontres, de diversité sociale, culturelle et religieuse ; des simples bergers avec leurs animaux, des mages (Magav en vieux persan) issus de castes privilégiées avec leur suite, sont réunis par l’Enfant Jésus.

Tout le monde avait sa place au pied du Sauveur du monde. Même toi, même moi.

Noël fête des paradoxes

Noël, c’est la religion de Moïse qui devient universelle. Des prophètes avaient osé, parfois à leur corps défendant, prêcher aux païens.

Comme Jonas qui a été le porte-parole de Yahweh, le Dieu des Hébreux auprès d’un peuple ennemi, les assyriens. Ces goïms si cruels qui finirent par se convertir en acceptant la parole de Dieu !

Ce prophète au nom si doux (Colombe) mais rétif, a été un archétype du Christ.

Jonas ressuscita après 3 jours passés dans les ténèbres au fond de la grande mer, symbole du séjour des morts.

Le Christ, petit enfant, couché dans la paille, dans une grotte obscure et humide, connaîtra à son tour 33 ans plus tard, le séjour des morts et ressuscitera après 3 jours du tombeau d’un riche pharisien.

Noël va faire éclater les limites claniques, tribales et nationales. Noël va devenir une fête-monde !

On ne peut comprendre Noël si nous n’avons pas la croix en mémoire.

La croix, c’est le don suprême. Dans une souffrance, une solitude et une incompréhension totales.

« Un Dieu peut-il souffrir ? » s’écriait avec scepticisme, le philosophe néo-platonicien, Porphyre. L’objection de ce philosophe est tout à fait recevable !

Dieu source de toute vie, de toute énergie, de toute puissance, comment peut-il souffrir ? La réponse, nous la trouvons dans le mystère de la crèche.

Christ est l’image du Dieu invisible, le premier né de toute la création… Il est avant toute chose, et toutes choses subsistent en Lui et pour Lui… Dieu a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui,…

Col. 1 : 15 à 20

Mais quel est le sens de cet événement ? Quel est le sens du message de Noël ?

Noël est la fête d’une rencontre d’un Dieu unique avec des êtres uniques.

Avec les Droits de l’hommisme, les hommes d’aujourd’hui croient que c’est par la puissance de la technoscience et le pouvoir de l’Argent qu’on peut atteindre le statut de la divinité. C’est le pari des Transhumanistes, comme Elon Musk. Devenir Dieu sans Dieu.

Cette course à la puissance nous la retrouvons même dans les religions sensées prêcher l’humilité. Exemple : la course aux gigantismes dans l’édification des bâtiments religieux.

  • La basilique de Yamoussoukro dispute la 1ère place à la basilique de St. Pierre de Rome pour le titre de plus grande église du monde. Elle peut accueillir 200 000 pèlerins !
  • La Mosquée d’Alger qui s’élève jusqu’à 300 m de haut ! 120 000 fidèles peuvent y prier !
  • La Giga Church de Séoul Yoidi Full Gospel Church avec ses 12 000 fidèles pentecôtistes.

Le Dieu de Noël n’est pas celui des temples, ni des multitudes

Le Dieu (YWH) du prophète Elie, comme Christ le Messie se sont toujours méfié des foules. Celles-ci sont versatiles. C’est bien connu. Elles brûlent ce qu’elles adorent, et adorent ce qu’elles ont brûlé.

Le Dieu des Évangiles est un Dieu personnel.

Il s’abaisse de toute sa grandeur pour rencontrer la petitesse, la fragilité, la pauvreté de l’homme.

Le Christ a choisi de se manifester dans l’humilité. Il ne cherche pas des temples pour y habiter, mais des cœurs bien disposés,  pour apporter la paix dans les lieux de combats, la douceur dans les lieux de souffrance et
la lumière de l’espoir, dans les ténèbres du scepticisme.

A qui ce message s’adresse-t-il et pourquoi ?

Noël, c’est Dieu parmi nous et avec nous.

Noël est pour les souffrants, les SDF, les perdants, les perdus, les oubliés et les rejetés, physiquement et spirituellement.

Noël est bien la fête des enfants ainsi que pour ceux qui leur ressemblent.

Et Jésus dit: Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent.

Matthieu 19 : 14

Mais ce n’est pas un conte pour rêver.

Notre Dieu, après s’être manifesté dans un feu dévorant sur le mont Sinaï,
en Ange de l’Éternel aux Chênes de Mamré et en Ange de l’Alliance dans le Tabernacle, a choisi de se manifester par les cris et le sourire d’un nouveau-né.

Mesurons un instant la puissance de cet acte. L’Antiquité était un monde cruel.

  • Bien des religions antiques sacrifiaient des enfants pour être agréées des dieux !
  • Dans l’ancienne Sparte, les enfants étaient arrachés à l’affection de leur mère dès l’âge de 6 ans pour être formés en soldats cruels !
  • Au cœur même de notre Europe, dans la Roumanie de Ceausescu, des milliers d’enfants orphelins étaient jetés dans des orphelinats prisons.
    A l’âge adulte la plupart d’entre eux étaient enrôlés de force dans la terrible Securitate, police secrète brutale et cruelle. Sinistre période.
  • Plus près de nous, dans notre pays, l’actualité des faits divers nous replonge dans des délits qu’on croyait d’un autre âge : des mères qui tuent leurs bébés et congèlent leurs corps meurtris, sans remords !

Malgré un progrès scientifique quasi continu depuis un peu plus de 250 ans,
les ténèbres spirituelles enveloppent toujours les esprits et les cœurs des hommes d’ici et d’ailleurs.

Nos sociétés sont plus que jamais gangrenées par l’injustice, l’immoralité, la violence et la croyance en des forces occultes.

Quelqu’un disait : « Il est plus facile de désintégrer l’atome ou de marcher sur la Lune que de changer le cœur de l’homme. »

Le christianisme est la seule religion qui reconnaisse des droits à l’enfant

Dieu s’est manifesté par son Fils, c’est la 1er parousia ! (avènement), ou la suprême epiphanea (manifestation)

« car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne suis pas venu de moi-même, mais c’est lui qui m’a envoyé. »

Jean 8 : 42


Dieu a choisi de nous parler par son Fils : c’est la suprême théophanie ! (apparition)

« Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, louant Dieu en disant : gloire à Dieu dans les lieux très hauts, paix sur la terre et bienveillance envers les hommes ! »

Luc 2 : 13 – 14


Dieu a choisi d’habiter parmi nous : c’est la suprême Shékinah ! (la nuée symbole de la présence de Dieu)

« La Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité ; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père… »

Jean 1 : 14


Ce petit enfant, sauveur du monde, parfait en humanité, et parfait en divinité, vraiment Dieu, vraiment homme. Consubstantiel au Père, et consubstantiel à nous selon l’humanité, « en tout semblable à nous sans le péché ».

Une seule personne prosôpon et une seule hypostase. Il n’est ni partagé,
ni divisé en deux personnes, mais il est un seul et même Fils unique,
Dieu, Verbe, Seigneur et Sauveur. Jeshua (l’Éternel est salut) ben David.

Après avoir autrefois, à plusieurs reprises et de plusieurs manières, parlé à nos pères par les prophètes, Dieu, dans ces derniers temps, nous a parlé par le Fils, qu’il a établi héritier de toutes choses, par lequel il a aussi créé le monde, et qui, étant le reflet de sa gloire et l’empreinte de sa personne,…

Hébreux 1 : 1 – 3

Le christianisme d’Orient si rayonnant il y a 1500 ans s’est considérablement fragilisé à cause notamment de ses divisions théologiques ; les Monophysites d’Alexandrie et les Dyophysites d’Antioche de Syrie, se déchirèrent pendant des siècles.

Notre danger à nous, c’est le matérialisme, la soif du sensationnalisme et le doute érigé en valeur cardinale. Je doute donc je suis.

Plongeons donc nos regards sur le Christ l’enfant Dieu, afin d’éviter des errances inutiles.

« Mais Dieu dit au Fils : ton trône, ô Dieu est éternel… » .

Hébreux 1 : 8

« C’est pourquoi nous devons d’autant plus nous attacher aux choses que nous avons entendues, de peur que nous ne soyons emportés loin d’elles. »

Hébreux 2 : 1

« Christ est l’image du Dieu invisible, le premier-né (prototokos) de toute la création… Il est le commencement, le premier-né d’entre les morts … Dieu a voulu par Christ réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par Christ … »

Colossiens 1 : 15 ; 17 à 18

Le logos de Dieu, le souffle de Dieu est venu nous dire :

« je suis la lumière du monde celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres ».

Jean 8 : 12


Le Christ est éternel, il révèle l’amour du Père à la crèche comme à la croix, deux moyens par lesquels nous pouvons accéder au Père des lumières pour le contempler.

« Parole de Dieu il était au commencement de toute chose ; il était avec Dieu. Il était Dieu.
En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes. La lumière luit dans les ténèbres….

Extraits de Jean 1 : 1 à 5

Pur resplendissement de lumière du Père, Lumière, toi qui fais jaillir toute lumière, Lumière de la lumière et source de splendeur

Prière de Ambroise Evêque de Milan – Italie – Vème siècle

Dieu, en effet, n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. Celui qui croit en lui n’est point jugé

Jean 3 : 17


Nous avons circonscrit Noël au monde de l’enfance. Mais cette histoire est en fait un appel pour tous à la conversion, mais non pas un beau conte pour nos chères têtes blondes !

« Celui qui n’a pas Noël dans le cœur ne le trouvera jamais au pied d’un arbre »

Roy L. Smith

« La volonté de mon Père c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour. »

Jean 6 : 40

Amen

Paroles et musique: Pascale Paslier

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