Secrétariat: 05 56 52 60 47 Urgences/Obsèques: 06 98 47 88 82

prédication du pasteur Nina Liberman

(Luc 24, 1-12  et Actes 10, 1-12)

Il y a dans les récits de Pâques quelque chose qui m’a toujours étonnée, voire déçue : pourquoi Jésus ne se manifeste-t-il qu’à « quelques témoins » et non pas à la vue de tout le monde ? Pourquoi fallait-il que les témoins soient des témoins « désignés » ? «  Choisis « ? Des initiés des initiés en quelque sorte ?

Ne pensons-nous pas et ne proclamons-nous pas que l’Evangile est un événement populaire, accessible à chacun ? Une parole pour tous ?

Les protestants que nous sommes, qui tenons tant au rapport direct avec Dieu, au discernement individuel, nous ne pouvons que nous interroger sur pourquoi Jésus a choisi précisément ce jour-là, pour cet événement-là ,des intermédiaires, des élus?

Pourquoi ne pas avoir manifesté sa victoire au plus grand nombre ? A la foule dont par ailleurs il est dit qu’elle était assoiffée, comme un troupeau sans berger…

Le chemin de vérité que Jésus choisit est un chemin bien discret, il le fait à sa façon (comme l’a dit Roland dimanche dernier) : d’abord il se révèle à des femmes (que personne ne croit bien sûr sauf un peu Pierre mais qui est tellement peu sûr de lui, qu’il fait les choses en catimini, il voit le tombeau vide et rentre vite chez lui !) et puis à ses disciples. Toujours en groupe réduit. La résurrection se fait dans la discrétion, en « catimini ».

En nombre de versets, la résurrection de Jésus ce n’est pas non plus un grand récit. Et même, il paraît que l’Evangile de Marc finissait à l’origine sur l’image du tombeau vide. Jésus n’était pas réapparu. Il y aurait donc eu un évangile sans ressuscité !

L’Evangile, vous voyez, c’est toujours étonnant, il nous prend toujours à rebrousse poils. Nous pensons tous que si Dieu avait vraiment voulu être efficace, il aurait dû faire tout le contraire de ce que je viens de vous dire : commencer le récit par une belle résurrection vue par des milliers de gens et à partir de là faire « voyager » Jésus et raconter ses miracles. A la façon des héros grecs, ou des grands récits mythologiques. L’audience aurait été meilleure !

Au lieu de cela, l’histoire commence par le récit d’un homme traqué, souvent mis en échec, et quand enfin il ressuscite, qu’une chose extraordinaire lui arrive et bien l’histoire s’arrête avec un petit groupe de témoins dont on ne sait pas trop ce qu’ils ont eux mêmes compris de toute cette histoire…

Oui, c’est un drôle de chemin de vérité que Jésus a choisi.

Une autre chose qui me frappe dans les récits de Pâques, c’est combien ces récits sont « terrestres », on boit, on mange, on marche sur le chemin d’Emmaüs…

La résurrection de Jésus nous renvoie sans cesse sur terre. Même quand Jésus est « enlevé au ciel » dans les récits de l’Ascension, les disciples restent bien sur terre et la mission qu’ils reçoivent est une mission très terrestre : annoncer l’Evangile, c’est un exercice ancré dans la réalité humaine, profondément humaine : guérir, nourrir, écouter, parler, vêtir, chercher la justice… tout cela ne se passe pas dans le ciel.

Ce récit de l’ascension est sans aucune ambiguïté, il renvoie lui aussi les disciples à la vie sur terre : « pourquoi restez-vous à regarder le ciel ? Ce Jésus qui vous a été enlevé pour aller au ciel, reviendra de la même manière que vous l’avez vu repartir ».

Donc il reviendra sur terre. Le mouvement est encore ici descendant. Ce ne sont pas les hommes qui vont au ciel (ou à Dieu) mais Dieu qui vient aux hommes, dans la vie des hommes.

Pourtant, du côté des êtres humains, nous voudrions souvent nous évader tant la vie nous semble parfois difficile, nous voudrions quelque chose de différent, d’extraordinaire c’est vrai. Avoir la tête dans les étoiles, être au ciel.

Ce n’est sans doute pas pour rien que l’idée du paradis se développe dans le ciel, tant il nous semble qu’il n’est pas possible sur terre (et l’enfer d’ailleurs est souvent situé sous nos pieds, dans cette bonne vieille croûte terrestre!)

Et quand nous louons Dieu, loin de nous tourner vers nos frères et sœurs, nous levons les bras vers le ciel comme si c’est plutôt là-bas que nous voudrions être. Nous avons un grand besoin de « verticalité » dans nos relations avec Dieu.

Mais, la résurrection nous renvoie toujours sur terre. Et je crois que nous ne prenons pas assez cet élément au sérieux. Quelque chose nous échappe dans nos vies pour que nous voulions sans cesse en sortir. Nous en évader.

Ou alors nous avons du mal à accepter que Dieu est dans nos vies? Et c’est peut-être là le premier péché, ou la première erreur de l’humanité : ne pas voir que la vie, celle que nous vivons, est la conjonction du projet de Dieu et de notre projet à nous. Qu’il y a là plus qu’une corrélation, qu’il y a une vie commune dont Jésus est la manifestation la plus saisissante et la plus concrète. Nous ne donnons ou nous ne trouvons pas à la vie terrestre son caractère divin.

Quand on s’évade, on ne prend pas nos responsabilités, on ne croit pas que l’on peut changer le monde. Changer le monde ce n’est pas une abstraction cela veut dire changer la vie de milliers de personnes, de millions, de milliards de personnes.

Et pourtant on ne ressuscite jamais tout seul : on est toujours ressuscité, relevé par quelqu’un d’autre que nous. Le verbe dans la Bible est employé au passif. C’est dire l’importance du lien et de l’engagement, de la responsabilité que nous avons si nous voulons nous aussi relever et ressusciter notre prochain.

Vous voyez , l’extraordinaire il est dans nos vies. Le miracle existe bel et bien : nous avons le pouvoir (une puissance réelle) de faire reculer la pauvreté, de combattre les inégalités, de promouvoir la justice sociale, économique, écologique. Nous avons le pouvoir de relever et de ressusciter nos prochains.

C’est peut-être pour cela que la résurrection ne se fait que dans la discrétion pour ne pas venir d’en haut, pour ne pas qu’on ne contemple trop le ciel. Mais pour que par les récits, par nos interrogations nous la replacions à hauteur d’homme. Qu’elle soit au cœur de la vie dans notre temps et notre espace et non comme un horizon, comme des points de suspension. Qu’elle ne soit pas un événement isolé, « un miracle » qui commence le matin de Pâques et se finit le soir même. Le miracle, en fait, a commencé, il y a bien longtemps avec l’apparition de la Vie, il a continué avec la marche des hébreux dans le désert, avec Moïse et les prophètes, avec tout homme et toute femme « de bonne volonté » (Luc). Tout cela il faut le raconter, le rappeler. Voilà pourquoi il y a besoin de témoins, « d’ initiés ».

La résurrection est une révélation qui s’accompagne d’explications sinon elle reste sans vie sur notre terre ou avec des effets lointains très limités, un peu magiques, sans cohérence avec l’ensemble des Écritures et de cet Évangile résolument terrestre.

télécharger la prédication: Pâques 2019

Partager
odio et, libero. felis in eget accumsan facilisis
Fermer le panneau
Illustration d'un crayon qui écrit
Les annonces pour la semaine
image espaceur

Trouvez rapidement, en un clin d’œil, où vous pouvez participer à un culte de l’Église Protestante Unie de Bordeaux, tout au long de l’été !

image espaceur

« SPÉCIAL CE MOIS »

Chers lecteurs-rices,
En raison des activités réduites pendant la période estivale,
notre rubrique « Spécial ce mois » est temporairement retirée de notre site.
La rubrique sera remise à la rentrée !

Camp pour les 18-30 ans, du 25 au 30 août à Paris