Prédication du pasteur Pascal Lefebvre du 1er novembre 2020 au Temple du Hâ (secteur Bordeaux-Ville)

Lectures bibliques

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Le devoir des « forts » vis-à-vis des « faibles »

Chers amis, frères et sœurs,

Nous vivons, en ce moment, des jours particulièrement difficiles : difficiles pour notre pays, touché et menacé par la violence du terrorisme. Difficiles pour nos proches, dont certains peuvent être frappés par la maladie ou se trouver contaminés par la Covid. Difficiles pour nous-mêmes, dans la mesure où, en entrant dans une nouvelle période de confinement, nous allons nous trouver – à nouveau – privés de relations sociales, de la proximité de nos amis ou de notre famille, et atteints dans nos libertés fondamentales.

Oui, la période est difficile et l’actualité des dernières semaines a été très lourde pour nous tous.

Nous ne sommes pas seuls

Dans ce contexte – face à l’épreuve… aux dangers de toute sorte… rappelons-nous que nous ne sommes pas seuls : Nous avons un Père, un Dieu qui nous aime comme ses enfants…. Nous avons le Christ, l’Esprit du Christ qui nous est donné pour nous soutenir, nous accompagner, nous guider…. Nous avons une communauté de foi sur laquelle nous pouvons aujourd’hui – et nous pourrons demain – compter, puisqu’elle est là aussi pour nous appuyer, nous permettre de nous épauler les uns les autres, pour nous proposer aussi des temps de ressourcement – même à distance, par Internet ou par téléphone – pour garder vif et intact notre désir de Dieu, et répondre à notre soif spirituelle.

Nous ne sommes pas seuls : Nous pouvons nous appuyer les uns sur les autres – et je vous encourage à échanger des nouvelles, pendant cette période de confinement à venir – Et nous pouvons aussi nous appuyer sur l’Évangile. Car souvenons-nous que, quelles que soient les contraintes extérieures, Dieu nous offre sa paix et sa Bonne Nouvelle à travers les Écritures.

Ce matin, avant de nous quitter physiquement pour quelques semaines… j’ai choisi de vous parler de fraternité et d’espérance… car dans le contexte actuel, il me semble que c’est ce dont nous avons besoin.

La fraternité

Concernant la fraternité, on peut simplement partir de notre situation actuelle – le confinement généralisé des personnes à leur domicile – et voir à quel sacrifice nous avons décidé de consentir – collectivement et individuellement – en raison de la fraternité.

Notre identité française est marquée par les mots : liberté, égalité, fraternité. Et remarquons que nous avons décidé de mettre entre parenthèses temporairement nos libertés, pour mettre en avant la fraternité.

Oui… en prenant la décision de circuler le moins possible, d’éviter les regroupements familiaux, amicaux et sociaux… de renoncer à nos habitudes conviviales et chaleureuses… tout est fait pour essayer d’enrayer la circulation du virus, pour éviter de surcharger les hôpitaux et les urgences… pour sauver des vies… et éviter – faute de lits disponibles dans les hôpitaux – de devoir choisir de soigner telle ou telle personne, plutôt que telle autre plus âgée ou en plus mauvaise santé.

C’est donc pour ne pas voir chuter « le plus petit parmi nos frères » (pour reprendre une expression biblique) que nous avons décidé collectivement de suspendre nos libertés individuelles. C’est à la fois remarquable et très difficile.

C’est difficile parce que, malgré tout, cette décision nous est imposée… C’est difficile parce qu’il y a des choses absurdes dans ce confinement qui peuvent nous mettre en colère : est-ce que tout a été fait correctement ? N’aurions-nous pas pu faire autrement ? Que pensez des petits commerçants et des librairies touchés par les fermetures ? Et comment comprendre aujourd’hui qu’on vous autorise à sortir pour faire vos courses ou aller travailler, quitte à prendre le bus ou le tram, et donc à vous exposer à des risques…. alors que vous n’avez pas le droit d’aller vous aérer plus d’une heure par jour… ni de vous promener, seul, dans un bois, une forêt ou un parc, s’il est à plus d’une heure de chez vous. Tout ça semble insensé… injuste… et mal pensé. Et ça l’est dans une certaine mesure. Il ne faut pas le cacher. C’est une privation réelle de nos libertés. Nous sommes assignés à résidence, comme si nous avions commis un délit, alors que nous ne sommes coupables de rien, sinon d’être vivant et mobile. Comme beaucoup – particulièrement les jeunes – je trouve ça très difficile.

Cependant, malgré toutes les imperfections de ce confinement, n’oublions pas ce qui se joue en dernière instance : la fraternité… éviter de voir « tomber mon frère » le plus fragile…. le temps de voir le niveau de contamination repartir à la baisse.

Le terrorisme

J’en viens à l’autre sujet sombre et pesant de notre actualité : les crimes commis dernièrement par des terroristes à l’encontre d’un enseignant – Samuel Paty – et de trois chrétiens qui se trouvaient dans une basilique à Nice. Tous ces évènements ont eu lieu depuis la nouvelle publication des caricatures le 1er septembre dernier dans le journal Charlie Hebdo.

Nous avons tous été choqués et bouleversés par ces crimes odieux et barbares. Nous sommes dans l’incompréhension.

Rien ne vaut la vie humaine. Pour nous, elle est sacrée. Et tout est fait, dans notre société, pour la sauvegarder.

Mais voilà que des individus font irruption dans notre quotidien, dans notre pays avec sa culture de liberté, en semant la violence, la mort, la haine de l’autre, la terreur… pour un motif : la réprobation des caricatures du prophète Mohammed. Cela semble incompréhensible et injustifiable ! La violence inouïe de ces actes nous a tous secoué.

Au-delà du trouble profond et de l’émotion suscitée par ces événements horribles, il faut se demander : comment tout cela a pu arriver ? Quelles en sont les causes ?

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Deux mondes

Bien sûr, on ne peut pas répondre à cette question complexe en quelques minutes. Mais ce qu’on peut dire c’est que ce qui s’exprime ici c’est le choc de deux mondes, de deux manières de voir les choses :

D’un côté, la France avec son histoire, sa culture, marquée par la liberté et la laïcité … une liberté chèrement acquise avec le temps… jusqu’à la liberté de penser, de conscience, de croire ou de ne pas croire, d’exprimer publiquement ses opinions, de respecter celles d’autrui… et une liberté de la presse, marquée aussi par son histoire, avec sa culture de l’esprit critique… à travers la satire, la caricature, les billets ou les dessins qui amplifient, qui chargent de façon exagérée une idée, un personnage, jusqu’à déformer la vérité, dans le but de provoquer, de faire réagir, parfois même de scandaliser, de montrer le ridicule d’une situation.

De l’autre, un monde islamiste, où le temporel et le spirituel ne sont pas séparés… où la sphère religieuse sature l’espace public… où le droit lui-même est fondé sur la Charia, la jurisprudence islamique (rappelons que certaines normes de la Charia sont incompatibles avec les Droits de l’Homme, cela concerne la liberté d’expression, la liberté de croyance, la liberté sexuelle et la liberté des femmes).… c’est un monde où la notion de blasphème existe, contrairement au nôtre… un monde aussi où l’on est autorisé à répondre par la violence, lorsqu’une atteinte à ce qui est considéré comme « sacré » ou intouchable est d’actualité.

Ne pas confondre l’Islam et l’islamisme

J’ouvre une parenthèse pour rappeler qu’il ne faut pas confondre l’Islam et l’Islamisme. L’islamisme est une idéologie manipulant l’Islam (en tant que religion) en vue d’un projet politique.

C’est très important de ne pas faire d’amalgame entre l’Islam et l’Islamisme… et c’est très bien que l’Islam de France (par la voix du président du CFCM) ait pu exprimer son soutien à la communauté Catholique, en annulant les fêtes pour la naissance du Prophète en France.

Car on comprend bien que cette tension entre ces deux mondes traverse aussi l’Islam. Il y a aussi une lutte à l’intérieur de l’Islam.

Il faudrait donc éviter de stigmatiser les Musulmans de France qui n’ont rien à voir avec les terroristes.

Ainsi, dans ce monde islamiste qui a ses propres règles, la représentation du prophète Mohammed est considérée comme un blasphème. Dans ce monde, on ne supporte pas ces caricatures et les islamistes se sentent profondément blessés par elles, dans l’intime de leur conviction, au point d’en appeler à punir ou éliminer leur auteurs. Ce qui – de notre point de vue – nous parait totalement démesuré.

D’ailleurs, il y a aussi des choses qui nous choquent profondément dans ces sociétés islamistes : c’est l’homophobie et l’objectivation des femmes. La pratique de l’excision, des lapidations, de la polygamie, des mariages forcés… toutes ces pratiques nous interpellent, mais – pour autant – nous n’aurions pas l’idée de pensées meurtrières pour résoudre ces questions.

On voit bien que le niveau de liberté – et la façon d’agir ou de réagir – dans ces deux mondes ne sont pas les mêmes. Comment faire puisque l’on partage la même planète, avec des échanges mondialisés ?

On serait tenté de répondre : que chacun reste chez lui !… et que chacun applique chez lui ses propres lois ! Mais je ne suis pas sûr que ce soit suffisant.

Car il y a toujours la volonté d’imposer à l’autre sa manière de voir le monde. C’est en fait une lutte d’influence à travers tous les moyens possibles : politique internationale, conflits armés, réseaux sociaux, influence économique, échanges de biens et de personnes, etc.

Il ne faut pas le cacher : c’est une lutte réelle entre deux mondes sur tous les terrains : politique, économique, religieux.

Il faut donc « résister » pour garder nos libertés et nos valeurs républicaines.

Mais, il faut dire aussi que cette résistance ne suffira pas.

Nous devons aussi apaiser la situation…. Et même accepter de faire un pas de côté, de prendre l’initiative, même s’il faut prendre sur soi, même si ça nous coûte. Car sinon la situation ne risque pas d’évoluer.

En tant que Chrétiens, nous pouvons avoir un regard différent

« Si quelqu’un te force à faire mille pas, fais en deux mille avec lui » disait le Christ.

Matthieu 5 : 41

« Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent »

Matthieu 5 : 44

« Tout ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites le vous-même d’abord pour eux »

Matthieu 7 : 12

Qu’est-ce que ces paroles nous inspirent comme changement ?

Jésus nous appelle à sortir de la logique de la réciprocité, de la loi du talion, de l’engrenage de la violence.

Rester dans le jugement d’autrui nous sépare de l’autre, et empêche toute relation entre sujets.

Jésus nous invite à faire autrement… à faire mieux.

Nous avons parlé de « liberté » et à nouveau, il nous faut parler de « fraternité ».

Qui est mon prochain ? Qui est mon frère ?

Cette question est posée à Jésus. Et, à travers la parabole du bon samaritain (cf. Luc 10 : 25-37), on comprend que le prochain, le frère, c’est celui dont je décide de me rendre proche… comme le samaritain s’est fait proche du Juif blessé, en éprouvant de la compassion pour lui, en lui prodiguant des soins.

Ainsi, tout être humain est potentiellement un frère – pas forcément un frère dans la foi – mais un frère en humanité… Et ce titre suffit pour que je porte attention à lui.

L’apôtre Paul parle aussi des frères – il parle surtout des frères dans la foi – mais ses lettres et son enseignement peuvent quand même nous éclairer. Car il se retrouve confronté à une communauté plurielle, où il y a des « forts » et des « faibles » dans la foi.

A son époque, il fait certainement allusion aux « pagano-chrétiens » qu’ils qualifient de « forts », parce qu’ils mangent de tout et savent que leur régime alimentaire n’a aucune incidence sur leur relation à Dieu, et les « judéo-chrétiens » vus comme « les faibles », dans la mesure où ils ont des scrupules à manger des viandes sacrifiées aux idoles…. dans la mesure où ils pensent que ce n’est pas bien, c’est contraire à ce que Dieu demande, c’est une forme d’infidélité, de péché, puisque ces viandes ont été auparavant sacrifiées à des idoles.

Il ne faudrait donc pas que les « forts » (en mangeant ces viandes sacrifiées) blessent la conscience des « faibles ».

Nous sommes confrontés au niveau mondial à la même dichotomie… non pas seulement au regard des régimes alimentaires différents entre croyants différents, mais aussi en matière de rapport à la liberté d’expression, et à la liberté d’user ou non de caricatures.

Cette dichotomie n’a pas lieu dans une communauté de foi – car pour les uns nous adorons le Dieu de Jésus Christ, pour d’autres, c’est Allah. Mais, fondamentalement, il y a toujours des « forts » et des « faibles » :

Qui sont-ils ?

Je dirais, sans connotation de supériorité, ni de prétention, que les « forts » d’aujourd’hui : ce sont les Chrétiens. Car ils se moquent bien de savoir si tel ou tel journal va publier une caricature sur le Christ. Cela nous est indifférent. Cela ne nous atteint pas dans notre foi. Et nous pouvons même penser que Dieu – l’Éternel – le Créateur – qui est Amour et Lumière –  s’en moque éperdument.

De l’autre côté, il y a les « faibles » dans la foi qui pensent différemment. La publication de caricatures de Mohammed les blessent profondément dans leur foi. Car ils pensent que ces images ridicules et méprisantes atteignent la sainteté, la pureté du Prophète. C’est pour eux un blasphème odieux, qui portent non seulement atteinte à leurs convictions, mais au prophète lui-même. Cela leur est insupportable.

Bien sûr, on peut toujours supporter une offense. Ce n’est pas une raison pour répondre. Rien ne peut justifier l’usage de la violence.

Mais on peut aussi se poser la question : faut-il continuer à choquer autrui ?

J’ai remarqué en écoutant le journal télévisé hier soir que, justement, le président du Canada – Justin Trudeau – se posait cette question lui aussi.

Dans ces conditions – et pour autant qu’on puisse prendre appui sur la situation des communautés pauliniennes – comment entendre cette parole de Paul dans l’épître aux Romains (Romains 14,1) ?… cette parole qui est adressé aux « forts » : «  Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses scrupules ».

La foi de l’un lui permet d’endosser les caricatures, la foi de l’autre ne le supporte pas.

Est-il bien nécessaire de mépriser les « faibles », de risquer de les faire tomber ou de les faire réagir de façon insensée ?

C’est notre façon de comprendre la liberté que Paul interroge.

En Christ, nous sommes libres, car libérés de nos enfermements (la loi, le péché, l’orgueil, l’égocentrisme, l’autojustification, etc.). Mais, cette liberté ne doit pas être un prétexte pour faire n’importe quoi. Elle ne doit pas être confondue avec une auto-nomie radicale (« auto-nomos » signifiant « être soi-même sa propre loi »), par laquelle l’homme prétendrait vivre pour lui-même, sans Dieu et sans se préoccuper d’autrui.

La liberté chrétienne ne peut se réduire à un « tout est permis » (pour Paul ce serait là l’esclavage de la chair). Au contraire, parce que notre liberté est un don de Dieu, nous sommes appelés à en faire bon usage, en la mettant au service les uns des autres, en devenant serviteur dans l’amour (Galates 5 : 13-14 ; Romains 13 : 8-10 ; 1 Corinthiens 13).

Pour l’apôtre, la liberté offerte, doit contribuer à la recherche de la justice (Romains 6 : 15-23) et à l’édification mutuelle (Romains 14 : 19 ; 15 : 2) :

« Tout est permis, mais tout ne convient pas » ou « Tout est permis, mais tout n’édifie pas »

1 Corinthiens 10 : 23 et 6 : 12

Il résume son exhortation par une formule :

« C’est un devoir pour nous, les forts, de porter l’infirmité des faibles et de ne pas rechercher ce qui nous plaît »

Romains 15 : 2

C’est une invitation à sortir de son identité de groupe, pour aller à la rencontre de l’autre groupe et de ses convictions, en vue d’un « vivre ensemble » possible.

Vous l’aurez compris : ces textes nous éclairent sur notre situation présente.

Liberté d’expression

Dans notre contexte français, la liberté d’expression est un fait. Nous devons dire notre attachement à cette valeur fondamentale de la République, qui permet le dialogue, la démocratie, la critique et l’auto-critique et la faculté de prendre du recul sur les évènements, en s’appuyant sur l’histoire, en utilisant des mots et des arguments.

C’est une culture du débat qui est capitale.

Il nous faut donc résister à ceux qui attaquent ces valeurs et les défendre. Elles font partie de notre ADN et ont construit notre civilisation.

Mais, lorsque le journal Charlie Hebdo publie le 1er septembre dernier à nouveau des caricatures de Mahomet, fait-il bon usage de sa liberté ?

Rien n’est moins sûr.

Certes, du point de vue de la République, le journal est libre de provoquer. Il fait usage de son bon droit. Mais, en quoi cette expression contribue-t-elle à l’édification mutuelle, à la fraternité et à la paix ?

Personnellement, nous ne trouvons rien de choquant dans ces dessins. Mais s’ils font « trébucher » l’autre, s’ils blessent certains et portent atteinte au respect de la foi d’autrui, en quoi sont-ils constructifs ?

On tente de les justifier par l’humour. C’est discutable !

Ce n’est pas en tournant les religions en dérision, en ridiculisant ou en parodiant la foi de l’autre, qu’on fait avancer le débat et évoluer les mentalités.

En réalité, on ne fait que cristalliser des pastiches, des préjugés et des idées-reçues.

Malheureusement, les évènements récents montrent que ce sujet est vraiment un point d’achoppement pour l’islamisme. Comme en 2015 (avec les attentas de Charlie Hebdo), les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Ceux qui en subissent les conséquences sont des victimes de la haine : Même en voulant faire preuve de pédagogie, à travers le média des caricatures, Samuel Paty l’a payé de sa vie. Ce qui est vraiment dramatique.

Il faut pourtant poursuivre la tâche…. La tâche de l’éducation, du dialogue interreligieux. Comme le disait Nelson Mandela : « L’Éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde ».

C’est par l’éducation des jeunes, au collègue, au lycée, que nous lutterons plus efficacement contre l’ignorance des intégristes et des fous de dieu, qui menacent d’obscurantisme notre société.

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La vraie liberté se construit dans la fraternité

Ainsi donc, chers amis, nous le voyons, à travers la lecture des textes de Paul, la vraie liberté se construit dans la fraternité.

Nous avons renoncé collectivement et provisoirement à notre liberté individuelle en nous confinant, pour sauvegarder nos frères les plus faibles, le plus fragiles… Ne devrions-nous pas renoncer aussi provisoirement à la liberté de caricaturer, pour apaiser nos frères les plus sensibles dans leurs convictions ?

La question mérite d’être posée. Et c’est finalement la question d’oser mettre de côté provisoirement notre bon droit, en vertu de la fraternité, d’un vivre ensemble apaisé dans une société pluraliste qui est posée.

De même que « la vérité sans amour détruit – seule la vérité qui construit l’amour est la vérité » (cf. Gérard Siegwalt) -, de même la liberté sans fraternité ne suffit pas. Nous devons avoir la préoccupation de vivre libres, en nous édifiant mutuellement les uns les autres.

L’espérance, c’est notre foi

Je terminerai cette méditation par une note d’espérance. Pour moi, cette espérance, c’est notre foi… notre foi en Celui qui nous rend libre par son amour et sa grâce. 

Je le disais en introduction, nous ne sommes pas seuls dans l’épreuve actuelle. Dieu nous offre son Esprit.

L’apôtre Paul écrit dans l’épitre aux Romains :

« Bien plus, nous mettons notre fierté même dans nos détresses, car nous savons que la détresse produit la persévérance, que la persévérance produit le courage dans l’épreuve et que le courage produit l’espérance. Cette espérance ne nous déçoit pas, car Dieu a répandu son amour dans nos cœurs par l’Esprit saint qu’il nous a donné. »

Romains 5 : 3-5

Nourris par l’espérance de la bonté de Dieu et de son salut, nous pouvons faire rayonner cet amour autour de nous… Car le Christ nous envoie pour être « lumière du monde » (cf. Matthieu 5 : 14). Nous pouvons manifester notre bienveillance partout où nous sommes et propager notre regard fraternel de Chrétiens.

Pas de paix entre les peuples, sans paix entre les religions

Le théologien Hans Küng a écrit : il n’y aura « pas de paix entre les peuples, sans paix entre les religions », la situation actuelle nous oblige à nous engager dans le dialogue interreligieux.

Aujourd’hui, la société a besoin de nous : En tant que Chrétiens – en tant que Protestants Réformés – l’État laïque (qui connait mal les cultes) comme les autres Religions, ont besoin de nos lumières, pour retisser du lien, pour permettre le dialogue interreligieux, pour retrouver une forme de cohésion sur certaines questions de société : 

  •  D’abord, nous pouvons apporter au monde notre compréhension de la religion : Comprendre la foi comme un chemin, mais pas comme une citadelle à défendre.
  • Au niveau théologique, nous pouvons apporter « une vision de Dieu qui construit l’humanité, toute l’humanité, et donc qui ne la détruit pas » (cf. Gérard Siegwalt). Qu’est-ce que la foi en Dieu libère en nous, comme potentialités, comme capacités créatives ?
  • Nous pouvons apporter notre herméneutique, notre rapport aux textes : il y a une nécessaire interprétation des Écritures : passer de la lettre à l’esprit. Il y a une nécessaire contextualisation passée et présente des textes, ainsi qu’un discernement spirituel dans leur interprétation : quelle bonne nouvelle les textes apportent-ils à notre monde ?
  • Dans un monde angoissé, nous pouvons enfin apporter notre confiance : Nous savons que Dieu nous offre sa confiance – quoi qu’il arrive – il nous libère de la peur : nous pouvons apporter notre écoute de l’autre dans le dialogue interreligieux. Car, armés de l’amour de Dieu, nous n’avons rien à craindre.

Oui, en tant que Chrétiens, en tant que Protestants, nous avons beaucoup à apporter à notre monde.

Celui qui a prôné la non-violence et le pardon, le Christ, nous envoie pour être des artisans de paix.

Soyons donc – chers amis – des témoins lumineux du Christ ressuscité, qui nous inspire des paroles de vie et des actes d’amour, plus fort que la violence et la mort.

Amen.

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