Lecture de la septième des sept paroles de vie d’après le texte du pasteur Antoine Nouis

Bonsoir, je m’appelle Marie, et je viens de Béthanie. Parfois, il faut attendre la fin d’une histoire pour en saisir le sens.

Aujourd’hui un livre se ferme. Sa fin est cruelle, mais je sais qu’elle n’est pas absurde.
Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Jésus. Il s’était arrêté à la maison pour se reposer. En attendant le dîner, il parlait et moi je l’écoutais. Il vivait une vraie passion de Dieu, mais il avait en même temps une grande compassion et une profonde douceur. Je ressentais que tout ce qu’il disait était vrai. Jamais personne ne m’avait parlé comme cet homme.

Depuis, chaque fois qu’il montait à Jérusalem, il faisait une halte à la maison. Il y a quelques jours, ils étaient à table et ses disciples parlaient entre eux. Ils pensaient que c’était maintenant le temps de Dieu. Ils sentaient que l’accomplissement était proche. Jésus allait purifier le Temple et libérer Israël.

Je ne disais rien mais leurs discours m’ennuyaient. J’avais écouté Jésus et je savais que son Royaume n’était pas de ce monde. Quand il en parlait, il disait qu’il était pour les pauvres de cœur et que ce sont les petits, les infirmes, les boiteux et les aveugles qui occuperont les premières places.

Rameau d'un poirier

Père, entre tes mains, je remets mon esprit

Lecture par le pasteure Valérie Mali, Église Protestante Unie de Bordeaux Centre-Ville

Bonsoir, je m’appelle Marie, et je viens de Béthanie.

Je voulais parler, mais je ne savais pas comment exprimer ce qui était en moi. Alors, sans réfléchir, je me suis levée, j’ai pris un flacon de parfum de nard pur, je me suis agenouillée devant Jésus. J’ai versé le parfum sur ses pieds et je les ai essuyés avec mes cheveux.

Les disciples n’ont pas compris mon geste. Judas a même fait une remarque sur le prix du parfum qui aurait pu aider les pauvres. Jésus, lui, a compris. Il a répondu à ses disciples : Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.

Le lendemain, ils sont partis pour Jérusalem et les  événements se sont précipités. Il a été arrêté, jugé et condamné par le Sanhédrin, puis par Pilate.

Quand j’ai appris qu’il serait crucifié, je suis montée à Jérusalem… J’étais terrorisée. En chemin, j’essayais de raisonner le tumulte qui bouillonnait en moi. Je me suis souvenue qu’il avait dit : Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits.

Quand je suis arrivée au lieu du Crâne, la croix venait d’être dressée. Je suis restée à ses pieds pendant son agonie. J’ai recueilli ses dernières paroles.

J’ai été bouleversée par la demande de pardon pour les soldats qui l’ont cloué au bois.
Je l’ai entendu dire une dernière parole d’accueil pour un brigand qui partageait sa croix.
J’ai été émue par la parole d’amour qu’il a échangée avec Marie sa mère, et avec son disciple Jean.
J’ai habité ses ténèbres lorsqu’il a hurlé à Dieu : Pourquoi m’as-tu abandonné ?
J’ai partagé son désert quand il a crié : J’ai soif.
J’ai compris que la fin était proche quand il a dit : Tout est accompli.

Il a encore ajouté une dernière parole : Père, je remets mon esprit entre tes mains.
Puis il est mort.

C’est à ce moment-là que j’ai compris mon geste, lorsque j’ai versé le parfum sur ses pieds.
Il est mort, et pourtant il n’a jamais été aussi fort, aussi grand… Il n’a jamais été aussi vrai.
Cette mort est une folie, mais la folie de Dieu est plus sage que la sagesse des sages.
Cette mort est un scandale, mais le scandale de Dieu renverse les puissances des puissants.

Il est mort, mais dans mon cœur il n’a jamais été aussi vivant.
Je suis face à sa mort, et jamais je ne me suis sentie aussi vivante.

Une fois de plus

Père, une fois de plus nous avons regardé ton fils monter au Calvaire,
puis expirer sur la croix. Nous l’avons entendu crier de
misère, pardonner, s’en remettre à toi.

Nous voyons maintenant la
longue cohorte de tous ceux qui, à sa suite, continuent à devoir suivre le même chemin : les exilés, les persécutés, les emprisonnés, les torturés, les abandonnés, les oubliés, les mourants.

Tous, en ce jour, implorent avec le bon larron : « Jésus, souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne ». Nous-mêmes ne pouvons rien faire d’autre que le répéter avec eux :

« Souviens-toi de nous, et souviens-toi d’eux tous ».

Nous voici comme les disciples : incapables de courir au secours du Maître, incapables de délier les chaînes injustes, d’arrêter la main des bourreaux, d’apporter la liberté aux captifs, de déchirer pour notre prochain le voile qui lui cache ton amour, ton pardon, ton salut.

Mais nous pouvons au moins les confier à ta miséricorde, te demander de faire pour eux ce qui est hors de notre portée, et quand l’occasion est là de soulager autrui de la croix qui l’écrase, te supplier de nous arracher à notre indifférence et à notre immobilisme pour faire de nous des agents de ton Royaume.

Père, fais-nous la grâce de ne jamais contempler en vain la croix de ton Fils.

Source : Bernard REYMOND, Liturgies en chantier, Lausanne, Belle rivière, 1984, p.128

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