Lecture de la première des sept paroles de vie d’après le texte du pasteur Antoine Nouis

Bonsoir, je m’appelle Festus… Je suis soldat, et je suis romain. Surtout ne croyez pas que c’est facile d’être militaire dans l’armée romaine. On reste des mois, parfois des années, sans retourner dans sa famille. De toutes les manières, le jour où je retournerai au pays, je ne saurais pas très bien où aller. Si je me suis engagé dans l’armée, c’est que je ne comptais pour personne.

Ici, en Palestine, il faut être particulièrement attentif au contact avec la population, car c’est une région sensible. Le procurateur Pilate vit d’habitude à Césarée, et il ne vient à Jérusalem que pour les fêtes religieuses, parce qu’elles attirent beaucoup de monde.

Un rameau d'olivier

Père, pardonne-leur

Lecture par le pasteur Pascal Vernier, Église Protestante Unie de Bordeaux Mérignac

Bonsoir, je m’appelle Festus… Je suis soldat, et je suis romain.

Pilate est en ville ces jours-ci parce que c’est la Pâque. Je ne sais pas très bien pourquoi les Juifs fêtent la Pâque mais ça attire du monde. Il en vient de toute la Palestine, et même de l’ensemble de l’Empire.

Hier matin ils ont jugé un agitateur. Je pensais que c’était un de ces terroristes qui cherchent à nous faire quitter la Palestine. Ils se prennent pour des patriotes, mais ce ne sont que des assassins. J’ai un ami, avec qui j’avais fait la campagne d’Égypte, qui a été tué le mois dernier par l’un des leurs. Il escortait un convoi de ravitaillement et ils sont tombés dans une embuscade.

Quand le prisonnier a été condamné à mort, on nous l’a remis pour être fouetté. Le but de la punition est de les affaiblir et les humilier afin qu’ils servent d’exemple à ceux qui auraient envie de les imiter. On attache des petits morceaux d’os et de métal au bout des lanières du fouet. Comme il paraît qu’il se prenait pour un roi, les soldats de mon unité ont fait une couronne avec des branches d’épines. On l’a posée sur sa tête et on a tapé dessus avec un roseau pour que les épines s’enfoncent. Puis on s’est moqué de lui, on l’a bousculé, et on lui a craché dessus en souvenir de notre camarade mort le mois dernier.

En vérité, je n’étais pas très à l’aise car je trouve que c’est un peu trop facile de se moquer des autres quand on est à dix contre un et qu’on est armé alors que l’adversaire est seul, nu, et qu’il a déjà subi le fouet. Mais je n’ai rien dit.

Ensuite on l’a emmené pour être crucifié. On s’était tellement bien occupé de lui qu’il ne pouvait plus porter sa croix. Alors on a requis un passant.

Arrivé en haut de la colline, on l’a crucifié avec deux autres brigands. Je ne vais pas vous raconter les clous, mais habituellement, dans ces moments-là, les crucifiés hurlent. Ils nous insultent, nous injurient, et nous crachent leur venin.

Je dis habituellement parce que, cette fois-ci, il a eu les clous… mais nous, on n’a pas eu les insultes… Il est resté silencieux. Et ce silence m’a troublé.  J’aurais préféré qu’il crie comme les autres, mais ce silence ??? Les passants, les religieux, tout le monde l’insultait… et lui se taisait. C’est comme s’il disait : Vous pouvez tuer le corps, mais vous ne pouvez rien contre l’Esprit.

Plus il se taisait et plus je le regardais. Plus il se taisait et plus j’avais le sentiment que son silence me parlait. Enfin il a ouvert la bouche. En me regardant il a dit : Père pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font.

Moi j’avais de la haine pour lui et les siens, à cause de notre ami qu’ils ont tué… et lui me parlait de pardon… à moi qui avais planté les clous.

Mais s’il me pardonne lui, qu’est-ce que je fais de ma haine moi ?

Il y a deux pouvoirs dans le monde :

le pouvoir du bourreau
et le pouvoir de la victime,
le pouvoir de celui qui prend une tunique
et le pouvoir de celui qui se laisse dépouiller,
le pouvoir de celui qui a tout
et le pouvoir de celui qui n’a rien,
le pouvoir de celui qui porte les armes
et le pouvoir de celui qui garde les bras ouverts.

Il y a deux pouvoirs dans le monde :
le pouvoir de la force et la force d’aimer.

Source : Henri Lindegaard, La Bible des contrastes, Genève, Labor et fides, 1993, p.140

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