Réponses et pistes de réflexion avec Wilfred Monod, rassemblées par Nina Liberman

Avec Wilfred Monod, 1867-1943, théologien et pasteur, la réflexion se pose à partir de la question :

« Le christianisme est-il par essence une “religion” au sens immémorial du terme ? »
(Wilfred Monod, Après la journée, Souvenir et visions 1867-1937, Grasset, 1938, p. 352)

Pour ce pasteur, confronté aux questions sociales, dès son premier ministère à Condé sur Noireau avec des questions liées à l’alcoolisme, l’Évangile ne peut se dire sans engagement social. L’ « Évangile  intégral » doit maintenir sans cesse 2 pôles : un pôle spirituel et un pôle social. Dans la suite de cette pensée il crée la fraternité des veilleurs et la Clairière, qui a pour vocation de prévenir l’exclusion définitive des personnes et familles les plus fragilisées sur le territoire Centre de Paris (aujourd’hui le CASP).

En 1893, il avait fait une expérience mystique lors de laquelle il réalisa que le cadre ecclésial est trop étroit pour contenir l’Évangile dont l’objet n’est pas (que ?) religieux :

«Le 8 juin 1893, pendant que je priais, le Christ me fut révélé spirituellement, dans la plénitude salvatrice de sa personnalité. Cette expérience, morale et religieuse, n’offrit pas le moindre caractère du phénomène audible ou optique; la conviction intime ne fut pas, un seul instant, concrétisée en manifestation extérieure, en “apparition”. Mais je compris avec intensité que les cadres de la Religion étaient trop resserrés pour contenir le Héros des évangiles : le Fils de l’homme appartenait simultanément à tous les domaines de l’humanité qui prie, et pense, et agit. Il tenait la clé de tous les problèmes concrets qui se posent, politiques et sociaux, moraux et philosophiques… »
(Ibidem, p.197)

Le champ évangélique touche à tous les domaines de la vie et peut tous les améliorer

Il avait pressenti l’effet réducteur à devenir « des associations cultuelles » c’est-à-dire des associations exclusivement dédiée au culte, privées de rôle et de parole dans la société . Le confinement qui était porté par une théologie trop orthodoxe est devenu aussi structurel.

Être au service de Dieu est pour Monod être au service de l’homme :

« Qu’on ne vienne pas diviser en deux minces filets le torrent de mon activité; qu’on ne vienne pas me dire : Fais deux parts de ton existence, l’une pour les choses visibles, l’autre pour les choses qu’on ne voit point. L’une pour la morale et l’autre pour la religion. Je ne veux pas connaître ces distinctions. Je ne peux pas aimer tantôt l’homme et tantôt Dieu, vivre une vie laïque durant la semaine, et vivre une vie sacrée pendant le dimanche. Je n’ai qu’une âme, et cette âme n’a qu’un idéal: vivre! Si j’aime les hommes, j’aime Dieu ; si j’aime Dieu, j’aime les hommes. Cessez donc d’opposer, comme des contraires, les deux pôles d’une même vérité. Ne me dites pas qu’il faut choisir entre le service de Dieu et le service des hommes, entre le couvent et le commerce, et montrez moi que je peux servir, à la fois, et mon Père céleste et mes frères. – Telle est la tendance de l’esprit moderne. Il est clair qu’elle prédispose notre génération à saluer, en Jésus-Christ, l’insondable et merveilleuse union de l’humanité et de la divinité; à s’incliner devant l’être unique en qui Dieu et l’homme ont vécu d’une vie commune. »
(Wilfred Monod, Il régnera, Fischbasher, Paris, 1896, p.263)

La foi se vit avec et dans l’humanité

Le christianisme est-il une religion au sens immémorial du terme, la réponse est non.

« Ne serait-il pas , bien plutôt, une vie personnelle et un état social, une réalité collective ? »

Il fait le vœu :

« Que l’Église croyante consente toujours à devenir « l’union de tous les croyants qui aiment, au service de ceux qui souffrent »
(Wilfred Monod, Après la journée, Souvenirs et visions 1867-1937, Grasset, 1938, p. 353).

Faire du christianisme non plus un « salutisme » mais un « messianisme »...

c’est-à-dire passer de la croyance à un salut individuel à la mise en place d’une œuvre collective et sociale pour le salut de tous dans le monde des vivants.

Des questions pour finir :

  • Nous sentons-nous « confinés » dans notre rôle ecclésial ?
  • Les associations cultuelles ne devraient-elles pas être redimensionnées et devenir des associations cultuelles et sociales ?
  • Les ministères ne devraient-ils pas être enrichis d’un ministère diaconal pour être au service des plus vulnérables ?
  • Jusqu’où peut-on aller dans la prédication ?

À écouter :

Conférence  « Wilfred Monod » par Laurent Gagnebin sur le site de l’Oratoire du Louvre

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