Prédication du 12 juillet 2020 du pasteur Eric de Bonnechose au Temple de l’Église Protestante Unie de Mérignac.

1 En ce jour-là, Jésus sortit de la maison et s’assit au bord de la mer.

2 De grandes foules se rassemblèrent près de lui, si bien qu’il monta dans une barque où il s’assit ; toute la foule se tenait sur le rivage.

3 Il leur dit beaucoup de choses en paraboles.

Repro de gravure ancienne du Semeur
Repro d’une gravure ancienne du Semeur

 

« Voici que le semeur est sorti pour semer.

4 Comme il semait, des grains sont tombés au bord du chemin ; et les oiseaux du ciel sont venus et ont tout mangé.

5 D’autres sont tombés dans les endroits pierreux, où ils n’avaient pas beaucoup de terre ; ils ont aussitôt levé parce qu’ils n’avaient pas de terre en profondeur ;

6 le soleil étant monté, ils ont été brûlés et, faute de racine, ils ont séché.

7 D’autres sont tombés dans les épines ; les épines ont monté et les ont étouffés.

8 D’autres sont tombés dans la bonne terre et ont donné du fruit, l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente.

9 Entende qui a des oreilles ! »

10 Les disciples s’approchèrent et lui dirent : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? »

11 Il répondit :

« Parce qu’à vous il est donné de connaître les mystères du Royaume des cieux, tandis qu’à ceux-là ce n’est pas donné.

12 Car à celui qui a, il sera donné, et il sera dans la surabondance ; mais à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré.

13 Voici pourquoi je leur parle en paraboles : parce qu’ils regardent sans regarder et qu’ils entendent sans entendre ni comprendre ;

14 et pour eux s’accomplit la prophétie d’Ésaïe, qui dit : Vous aurez beau entendre, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas.

15 Car le cœur de ce peuple s’est épaissi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux, pour ne pas voir de leurs yeux, ne pas entendre de leurs oreilles, ne pas comprendre avec leur cœur, et pour ne pas se convertir. Et je les aurais guéris !

16 « Mais vous, heureux vos yeux parce qu’ils voient, et vos oreilles parce qu’elles entendent.

17 En vérité, je vous le déclare, beaucoup de prophètes, beaucoup de justes ont désiré voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu.

18 « Vous donc, écoutez la parabole du semeur.

19 Quand l’homme entend la parole du Royaume et ne comprend pas, c’est que le Malin vient et s’empare de ce qui a été semé dans son cœur ; tel est celui qui a été ensemencé au bord du chemin.
20 Celui qui a été ensemencé en des endroits pierreux, c’est celui qui, entendant la Parole, la reçoit aussitôt avec joie ;

21 mais il n’a pas en lui de racine, il est l’homme d’un moment : dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il tombe.

22 Celui qui a été ensemencé dans les épines, c’est celui qui entend la Parole, mais le souci du monde et la séduction des richesses étouffent la Parole, et il reste sans fruit.

23 Celui qui a été ensemencé dans la bonne terre, c’est celui qui entend la Parole et comprend : alors, il porte du fruit et produit l’un cent, l’autre soixante, l’autre trente. »

Prédication à écouter

Prédication à lire

Parabole trop simple ?

Méfions-nous de ce qui paraît simple ; la vérité ne s’y trouve pas toujours… On le sait en politique : les raisonnements simples, voire simplistes, sont parfois les plus dangereux. La vie humaine, et la vie sociale, sont par nature des réalités diverses, complexes, singulières ; et ceux qui les enferment dans quelques slogans massifs ne tardent pas à mettre en danger ce qui est humain dans l’homme.

Ce qui est simple n’est pas toujours vrai. Vous me direz : la vérité n’est pas non plus nécessairement dans ce qui est compliqué. Quelques pages plus tôt dans le récit de l’Évangile, Jésus a même remercié Dieu d’avoir révélé aux petits ce qu’il avait caché aux sages et aux intelligents (Mt 11,25). Mais justement : les petits ont souvent une intelligence du cœur, qui est bien plus fine que certains raisonnements sages et intelligents.

Quoi qu’il en soit nous abordons aujourd’hui une parabole ultra-connue, que tous les enfants qui ont fait un peu de caté ont un jour dessiné, parce qu’elle est très très visuelle. La parabole du semeur, ou plus précisément la parabole des 4 terrains qui reçoivent différemment la semence. Vous prenez une feuille de papier, vous la divisez en 4, et voilà votre enfant occupé pour une bonne demi-heure. Le terrain dur avec les oiseaux qui picorent les graines, le terrain peu profond avec les plantes qui se dessèchent sous le soleil écrasant, le terrain couvert de ronces et d’épines (génial à dessiner !) qui étouffent les plantes, et enfin la bonne terre bien marron, avec les épis et leurs énormes grains jaunes…

Mais justement : faites dessiner un enfant à partir de cette histoire, et vous verrez qu’il fera autre chose, et que de cet autre chose jaillira des questions passionnantes. Un épi de blé tout bleu poussant dans une terre jaune. Un oiseau mort sur le chemin. Des épines avec plein de fleurs et de fruits… Nous avons parfois de l’enfant des idées trop simples. Et de cette parabole des idées trop habituées, presque blasées. C’est là le danger. D’autant plus que justement, comme par hasard, c’est une parabole qui invite à écouter : « Écoutez bien, si vous avez des oreilles », dit Jésus.

La parabole : plutôt un miroir ?

Or, dès que nous passons un peu de temps à relire ce texte, les questions commencent à arriver. Je voudrais en retenir une, et une seule, pour ce matin. Comment se fait-il que les gens qui écoutent Jésus ne comprennent pas cette parabole, qui pourtant semble hyper simple ? Comment se fait-il que même les disciples, qui semblent faire partie de la bonne terre qui sait accueillir la parole de Jésus, ont pourtant besoin que Jésus leur explique la parabole ? 

Comment se fait-il que la parabole ne semble pas aider les gens à comprendre, puisqu’il y en a beaucoup qui ne comprennent pas plus après qu’avant ? Qu’est-ce que c’est qu’une parabole finalement, si ce n’est pas une image qui essaye d’illustrer, de clarifier, de faire comprendre ? « J’utilise des paraboles pour leur parler », dit Jésus, « parce qu’ils regardent sans voir et qu’ils écoutent sans entendre et sans comprendre. »

Tout se passe comme si la parabole n’était pas là pour faire comprendre, mais fonctionnait plutôt comme un miroir : pour révéler notre capacité à entendre et à comprendre, ou plutôt hélas notre incapacité à voir, à entendre et à comprendre ce qui pourtant est là sous nos yeux comme une évidence.

La parabole n’est donc pas une explication spirituelle, qui nous dirait : « Faites ceci et faites cela pour être la bonne terre ! » La parabole n’explique rien, mais elle nous montre quelle terre nous sommes, là où nous en sommes de l’accueil de l’Evangile. Et quelque chose fait que, pour certains, l’image qui leur est renvoyée est impossible à comprendre, à accueillir, à interpréter.

Zones aveugles

C’est une parabole qui parle des zones aveugles et sourdes de notre vie spirituelle. Les angles morts. Là où on devrait voir parce que c’est important, et pourtant on ne voit pas. C’est une chose assez familière sur le plan de la psychologie. Quelqu’un nous dit quelque chose de lui, mais on est incapable d’entendre parce que cela fait trop écho à un point douloureux de notre propre vie. Ou bien on a un rendez-vous important chez le médecin, ou chez un patron, et sur le point précis où il faudrait que nous entendions, bizarrement nous n’arrivons pas à nous en souvenir. Et parfois nous serions prêts à jurer que jamais cette chose qu’il aurait fallu entendre n’a été dite.

Nous avons aussi des zones aveugles, des angles morts dans la relation avec Dieu. Selon Calvin, le péché obscurcit tellement notre intelligence, que nous ne pouvons pas tout seuls faire le point et analyser notre situation devant Dieu. Par notre seule intelligence et notre seule volonté, nous ne pouvons pas orienter correctement notre vie vers Dieu. Il y a trop de zones aveugles. Nous avons besoin d’être éclairés de l’extérieur. Nous sommes capables de voir la paille qui est dans l’œil de notre voisin, mais pas la poutre qui est dans notre œil à nous.

La parabole s’efforce de nous tendre un miroir, pour que nous puissions nous situer. Mais c’est vraiment comme une semence lancée en terre, qui n’est pas sûre de porter du fruit. La parabole elle-même est une semence hasardeuse. Je pense que même en priant longuement avec cette parabole, nous n’arriverions pas de façon suffisante à repérer dans quel terrain nous nous trouvons. Il y faudrait sans doute beaucoup de temps, de l’Esprit Saint, et le soutien d’un frère ou d’une sœur expérimenté dans l’accompagnement spirituel.

La parabole commence à parler quand déjà nous sommes en chemin, comme les disciples. Quand déjà quelque chose de la Bonne Nouvelle nous a saisi, a commencé à nous travailler le cœur.

Une clé : Jésus dans la barque

Alors comment faire, si cette parabole n’arrive pas à agir plus efficacement qu’une graine tombant dans des terrains inhospitaliers ? Si cette parabole ne sert qu’à ceux qui ont déjà trouvé le chemin, si on demeure dans un entre-soi en se réjouissant de comprendre ce que les autres ne comprennent pas, cette parabole est-elle vraiment utile ? Comme le dit Jésus, d’une façon assez décourageante, et presque choquante : « celui qui a quelque chose recevra davantage et il sera dans l’abondance ; mais à celui qui n’a rien, on enlèvera même le peu qui pourrait lui rester. »

C’est à ce moment-là qu’il faut en revenir à cette invitation toute simple, qui est un chemin de grande humilité : « écoutez bien, si vous avez des oreilles… »  Et on peut ajouter aussi : « regardez, ouvrez les yeux, observez… » Faites de la place en vous, faites du vide, cherchez…

Or quand on regarde à nouveau ce récit, quand on le reprend très simplement, en regardant ce qui se passe, que voit-on, dés le début, comme une évidence qui était là sous nos yeux ? Jésus dans la barque, et la foule qui se tient sur le rivage.

On peut tout à fait lire cette description de façon légère : pressé par la foule, Jésus trouve un moyen astucieux de voir et d’être vu, sans être écrasé, et en plus d’être bien entendu puisque la voix porte sur l’eau. En somme, avant de dire des paraboles, il a trouvé une chaire et un micro !

Mais pour ma part je voudrais lire cette mise en scène de façon intense, comme une clé de notre récit. Jésus est dans cette barque qui flotte sur la mer, la mer mouvante, la mer qu’on ne peut pas cultiver, la mer qui ne fait pousser aucun épi de blé, la mer qui, pour  les juifs, symbolise la mort. Jésus parle du lieu où il domine les forces de la mort. Et il s’adresse aux gens qui sont restés sur la rive, là où se trouvent les terres à cultiver.

Pour ces gens, la parole, c’est ce que Jésus leur dit. Ils entendent « la parole du Royaume », comme dit Jésus (v. 19). C’est cela qui est en jeu. Est-ce qu’ils vont entendre la parole du Royaume ? Est-ce qu’ils vont entendre cette parole qui vient de Jésus, cette parole qui est Jésus victorieux des forces de la mort ? C’est cela qui compte quand nous ouvrons la Bible. La parole du Royaume est indissociable de Jésus lui-même. Il n’y a pas de parole du Royaume sans un attachement personnel, une sorte de captivation par la personne de Jésus.

C’est ce qui se passe, sur les bords du lac de Galilée. Les gens sont tellement nombreux, parce qu’ils sentent en Jésus pas seulement un enseignant doué, mais une présence captivante. Et Jésus les captive parce qu’il vit totalement ce qu’il dit. Il est comme une tige de blé, qui porte beaucoup de fruits. Il y avait autour de lui 30, 60 ou 100 personnes, et c’est pour cela, parce qu’il porte ce fruit par sa parole, qu’il peut parler de la bonne terre qui porte du fruit. Comprendre la parabole, c’est d’abord comprendre qu’elle ne parle pas d’une idée, d’un concept, mais de la parole vivante du Royaume, que Jésus annonce et représente lui-même.

Le Christ, au centre

Jésus lui-même est la clé de la parabole. Celui qui l’a rencontré comprend tout de suite ce qu’il dit, parce qu’il a éprouvé en lui-même le travail de fécondité de la parole du Royaume. Le Christ, dans sa barque, présence fragile et forte à la fois sur la masse inquiétante des flots, est celui qui fait porter du fruit en abondance.

Nous n’échapperons pas à des réactions intérieures de fermeture à l’Evangile, à des résistances intérieures au changement. Mais si nous nous suivons Jésus, le Christ, alors tout devient possible.

Le semeur y croit, plus fort que tout autre. Quel est ce semeur qui jette sa semence dans les endroits les plus ingrats, c’est-à-dire dans nos vies ? C’est celui qui croit, plus fort que nous-mêmes, que des fissures peuvent s’ouvrir dans le chemin, que des racines peuvent contourner les pierres, que des épines peuvent être enlevées, et qu’il faut finalement bien peu d’espace à la graine pour qu’elle germe, qu’elle grandisse et qu’elle porte du fruit. 

C’est ce petit espace là, cette petite fissure, ce petit défrichage, qui nous sont demandés. La pluie et le soleil de Dieu feront le reste.

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