Lecture de la quatrième des sept paroles de vie d’après le texte du pasteur Antoine Nouis

Bonsoir, je m’appelle Claudius, et je suis centurion dans l’armée romaine. Il y a des moments dans la vie où on n’est pas très fier de soi. Je peux toujours me dire que je ne suis qu’un officier qui a obéi aux ordres, il n’empêche qu’au tribunal de ma conscience, je ne me sens pas très propre.

Comme je suis responsable de la sécurité à Jérusalem, je suis obligé de savoir ce qui se passe en ville. J’ai un réseau d’indicateurs qui me tiennent informé. Les rapports sur le Nazaréen disaient tous la même chose : c’était un idéaliste qui n’était pas très dangereux pour l’autorité romaine que je représente.

Tout ça pour dire que lorsque j’ai reçu l’ordre de présider sa crucifixion, ça m’a un peu étonné. Mais je me suis dit que Pilate devait avoir ses raisons.

Quand je l’ai vu, mes soldats s’étaient déjà sérieusement occupés de lui, et j’ai eu un peu honte de la façon dont il avait été traité. J’ai tout de suite requis un passant pour porter sa croix. Je vais vous faire un aveu : je ne suis pas sûr que la terreur soit le meilleur moyen de gouverner les populations étrangères. Si un jour les Juifs se révoltent, il faudra défendre l’ordre romain, mais on l’aura un peu cherché.

Lecture par le pasteur Philippe Byong, Église Protestante Unie de Bordeaux, Aumônier des Hôpitaux de Bordeaux

Arrivés au lieu du Crâne, la foule était déjà là pour assister au supplice. Je n’ai jamais compris ce qu’il y avait d’attirant dans le spectacle des crucifiés.  Qu’y a-t-il donc au fond de l’homme pour qu’il aime entendre des condamnés hurler leur haine et leur douleur ?

Mes soldats ont déshabillé les condamnés, et nus, ils les ont cloués. Quand les croix ont été dressées, ils ont joué aux dés la tunique du Nazaréen. Elle est tachée de sang, mais son étoffe est fine.

À la différence des deux autres condamnés, Jésus ne criait pas et n’insultait personne. Il faisait preuve d’un courage qu’en tant qu’officier romain je savais apprécier à sa juste valeur.

À midi, il a commencé à faire de plus en plus sombre. Comme si la nuit venait poser son manteau sur la terre pour réclamer son dû ! L’atmosphère était lourde, pesante.

C’est alors que le Nazaréen a dit d’une voix forte : Eloï, Eloï, lama sabachtani ?

Il y a eu un frisson dans la foule.

J’ai demandé à un Juif de me traduire ce qu’il venait de dire. Il m’a répondu que c’est le premier verset d’un Psaume qui dit : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

J’étais bouleversé. Lui… abandonné de son Dieu…  Comment est-ce possible ? Jusqu’où descendra-t-il donc ?

Il a encore dit deux ou trois mots, puis ses jambes se sont relâchées, ses bras se sont tendus, et j’ai compris que c’était la fin. Pendant quelques secondes la terre a tremblé, comme si les enfers s’ouvraient pour mieux accueillir cet homme rejeté de tous… et même de son Dieu.

Des crucifixions, j’en ai présidé plusieurs, mais celle-là était différente. Jamais personne n’est mort comme le Nazaréen. Ça n’a aucun sens, mais je suis sûr que cet homme était plus qu’un prophète. Je crois  vraiment qu’il était fils de Dieu.

Ne me demandez pas pourquoi un Dieu a été torturé entre deux malfaiteurs ? Je n’en sais rien. La seule chose que je sais, c’est que cette croix… je ne suis pas prêt de l’oublier.

Et même si je dois chercher longtemps, je finirai par trouver ce qu’elle veut dire.

Quand nous cherchons Dieu très haut, il est avec nous très bas.

Il nous rejoint là où personne d’autre ne peut nous rejoindre.
Il nous entraîne, là où personne d’autre ne peut nous entraîner.

Je le crois, et je te loue, Seigneur.

Maintenant, dans l’impasse où je suis,
je veux t’accueillir et je veux me laisser tirer vers ta vie.
Toi qui me rejoins, tire-moi vers toi, car je veux vivre.

Je crois, Seigneur viens au secours de l’incroyant que je suis.

Source :  D’après Alain Arnoux, Passages, Lyon, Réveil, 1998, p.22

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