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Philippe Biyong, Pasteur de l’EPUdF,
Aumônier protestant des hôpitaux publics de Bordeaux.

Textes
Marc 1 : 40 – 45.
Lévitique 13 : 1 – 2 et 44 – 46.

Mes biens aimés sœurs et frères,

Ce temps de partage me paraît propice pour vous faire part des enrichissements spirituels que cette portion de l’Évangile de Marc m’a apporté. J’ai l’impression que ma foi est confortée, affermie par ce récit.

J’ai surtout reçu une leçon de circonstance sur mon ministère d’aumônier d’hôpitaux. Une leçon illustrée par des faits, des paroles et des gestes. Une leçon donnée par le Christ.

Après avoir écouté le lépreux qui s’est approché de lui et s’est agenouillé, le suppliant, Jésus a étendu sa main et l’a touché. C’est ce qui est dit dans le texte. Ce geste est exceptionnel surtout dans le contexte où se déroule cette scène.

La lèpre est une maladie qui s’attaque à la peau et aux articulations. Elle ronge les terminaisons du corps, provoque des amputations de doigts et lorsqu’elle s’aggrave elle occasionne ce qu’on appelle le syndrome du nez vide. Qui rend visible les fosses nasales ou cavités nasales. La lèpre déforme le visage de celui qui en souffre. Elle dénature et abîme la peau du visage et du reste du corps, laissant apparaître des plaques et des plaies suppurantes. Les lépreux ont une allure répugnante. Ils portent les stigmates de la déchéance humaine. On pourrait dire d’une forme d’injuste acharnement destructeur décidé par le sort.

C’est pour cela que les lépreux étaient considérés comme impurs et porteurs d’anathème dans l’Ancien Israël. Punis par le ciel pour leurs péchés. Le texte de Lévitique que nous avons lu montre comment le prêtre faisait le diagnostic de la lèpre et décrétait l’impureté et l’exclusion du malade de la sphère sociale. Partant, ceux qui touchaient les lépreux couraient le risque d’être considérés comme impurs.  Les lépreux vivaient en marge du collectif social. Lorsqu’ils venaient dans les lieux de vie, ils avaient le devoir de défaire leurs cheveux, déchirer leurs habits et couvrir leurs moustaches en signe de deuil. Marchant en criant : « impur, impur » pour que les foules soient prévenues et prennent des distances lors de leurs passages.  Ils n’étaient pas les bienvenus dans leurs familles. La crainte de la contagion et de l’exclusion sociale ne leur donnait plus droit à la compassion filiale. La solitude et le rejet étaient leurs seuls alliés.

Sachant pourtant cela Jésus a touché ce lépreux qui est venu près de lui, lui faire part de sa détresse à genoux. Avec supplication.  Pauvre de tout

Ce lépreux a violé les codes, s’exposant à la lapidation.

Jésus l’a touché prenant le risque du jugement de son entourage. Ces deux attitudes proscrites dans cette société sont révélatrices de l’ambivalence de cette scène de guérison. Jésus aurait bien pu soigner ce malade à distance.
Comme il l’avait souvent fait. On se rappelle cette formule récurrente : va, ta foi t’a sauvé…

Mais cette fois le Christ voulait accomplir deux missions en une dans cet acte de guérison. Accorder le rétablissement au malade mais aussi offrir à ce paria (cet intouchable) une réhabilitation dans sa dignité humaine. Le sortir de cette fosse déshumanisante dans laquelle les mentalités réactionnaires de son époque l’ont fait basculer. Le Christ décrète le changement de statut de cette personne mise au ban de la société. Met en gage sa réputation et la considération que lui valait son savoir et ses pouvoirs exceptionnels. Pour accueillir cet homme qui s’est approché de lui le cœur lourd.

Cet homme voulait quitter cet enfermement dans cette « non-vie » que lui imposait sa maladie et toutes les craintes
qu’elle éveillait dans son entourage. Jésus l’a compris : il étend la main et le touche. Touchant sa véritable souffrance. Puis après il lui a dit « je le veux sois pur ! Aussitôt la lèpre le quitta, il était pur ». « Va te présenter au prêtre, et présente pour ta purification ce que Moïse a prescrit ; ce sera pour eux un témoignage ».

La guérison physique pour le Christ dans cette rencontre n’est pas plus grande que la guérison de l’esprit du malade. Jésus guéri l’esprit meurtri de ce lépreux par un geste d’amour. Il le touche parce qu’à ses yeux c’est un humain. Il le touche avec affection parce que pour lui il n’y a pas de barrière suffisamment haute pour contrer l’amour. La loi, les préjugés, les craintes, le poids des mentalités n’ont pas réussi à endiguer la force de l’amour. Cet amour qui ne voit pas la laideur de la lèpre.

Nous pouvons nous aussi accepter d’accorder un accueil bienveillant à tous ces « lépreux » de notre temps qui souffrent de l’exclusion dans nos lieux de vie. Ceux-là dont la lèpre se caractérise par leurs races, leurs statuts d’étrangers, d’immigrés, de sans-papiers, de subalternes. Les addictifs aux drogues, les LGBT, les immoraux, les prostituées etc… 

« Si tu le veux, tu peux me purifier ». C’est ce que le lépreux disait au Christ. Les laissés pour compte de nos sociétés nous disent au quotidien « si tu le veux, tu peux m’accorder une meilleure considération humaine ».  Tu
peux me toucher
. Mettant de côté les préjugés, les peurs qui t’incitent à m’esquiver. Me mépriser. A me juger négativement. M’inculper sans enquêtes ni preuves. M’attribuer tous les maux et dérives de la société. Tes peurs sont dues au rejet de l’idée de partager mon sort. Mais comment peut-on mettre en application l’amour du prochain qui est le maître mot de la loi d’amour du Christ, en n’orientant volontairement le regard que vers certaines personnes bien ciblées ? Ce « souci pour l’autre » dont parlait l’Apôtre Paul est-il circonscrit ?

Par ailleurs le Christ montre bien la différence qu’il y a entre la pitié condescendante et l’amour du prochain.

Ce genre de bienfaisance méprisante si fréquente dans les rapports de classe. Les rapports entre l’Occident opulente et « la misère du monde » dont le siège est le Tiers monde. Le riche qui vole au secours du pauvre, des mal nés, des mal lotis à grand renfort de publicités et contrôles sur leur honnêteté et leur mérite. De reproches aussi. De prêts d’argent et de savoir-faire difficiles à rembourser.  Assortis de censures et ruptures d’aide s’il est constaté des actes d’ingratitudes.

Le Christ n’a pas eu pitié du lépreux qu’il a accepté d’écouter et soigner. Il l’a regardé, lui a parlé, l’a touché, l’a traité comme un humain à part entière. Il lui a témoigné de la considération. Sans tenir compte de ce qu’en pensait son entourage. Il n’a pas regretté ce qu’il avait fait quand le lépreux lui a désobéit. Il n’attendait rien en retour. Notre Seigneur nous aime sans rien attendre. Il a aimé le monde. Il aime les humains. Pas seulement certains humains.

Mes biens aimés sœurs et frères ce genre d’amour est foudroyant. Ceux qui en usent vraiment neutralisent les mauvaises intentions de ceux qui les repoussent ou suspectent leur sincérité.

Cette belle scène rapportée dans l’Évangile de Marc ne nous impose pas d’être tous des copies conformes de Jésus-Christ. Ou encore des aumôniers d’hôpitaux ou des auxiliaires bénévoles et visiteurs d’hôpitaux. Un autre type de préparation le permet. Mais je crois que le Christ ici nous parle en agissant. Il nous montre que l’assistance, le don et l’accompagnement n’ont pleinement leur sens que s’ils sont induits par l’amour. L’amour du prochain.

L’aide qu’on apporte à une personne blessée, chosifiée, déshumanisée qui nous supplie à genoux. Si elle ne le remet pas dans le confort de son humanité ce n’est qu’une faveur. Les faveurs ne guérissent pas l’âme malade. Le Christ a guéri toutes nos lèpres. Celles qui nous rendaient impurs aux yeux de ceux qui nous rejettent. Disons-le à ceux qui ne le savent pas encore en les touchant.

Amen.

télécharger la prédication: Predication sur la guerison d’un lepreux

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