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Prédication du pasteur Roland Revet, le 1 décembre 2019 sur 1 Thessaloniciens 3 : 12 – 4 : 12

Lectures

Esaïe 2 : 1-5

Romains 13 : 8-14

Luc 17 : 20-21

Les passages des épîtres de Paul que nous venons de lire, dans Romains et la première aux Thessaloniciens, font partie des textes souvent proposés pour les dimanches du temps de l’Avent. J’avoue que j’ai un peu hésité à les retenir. Dans les deux cas, je reconnais qu’il s’agit de phrases très édifiantes, mais que ça finissait par se concentrer sur quelques points de morale, sans aucun doute utiles et respectables, mais à propos desquels il n’y avait peut-être pas grand’ chose à ajouter une fois qu’on en avait pris note.

C’est en creusant un peu plus qu’il m’a semblé qu’il y avait tout de même là, en effet, un texte de l’Avent, c’est-à-dire une parole d’attente et d’accueil une fois qu’on se trouve confronté à l’annonce d’une venue, Avent, advenit, il vient, il arrive, il est là !

En creusant, c’est-à-dire en commençant par chercher à qui et dans quelles circonstances Paul a écrit ces lignes. Peut-être que nous verrons, alors, comment ces paroles de Paul peuvent également résonner à notre intention.

Thessalonique (aujourd’hui Salonique), ville de la Macédoine au nord de la Grèce, avait connu, sans doute en l’an 50, la fondation d’une petite communauté chrétienne par Paul et Silas, peu après l’arrivée de la mission paulinienne en Europe. Obligés par les circonstances et par l’hostilité des autorités à quitter la ville en toute hâte, ils avaient laissé sur place une petite église en formation qui avait sans doute encore bien des points à éclaircir en ce qui concerne la foi chrétienne. D’où cet échange de correspondance. Cette lettre est probablement l’écrit chrétien le plus ancien du Nouveau Testament. Paul répond à des nouvelles reçues de Thessalonique qui lui avaient causé sans doute de la joie, mais aussi un peu de souci.

De quoi s’agissait-il ?

Les Thessaloniciens avaient retenu pas mal de choses de la prédication de Paul, mais il semble qu’ils aient surtout mis leur espoir dans un retour imminent de Jésus. Ils vivent donc une espèce de temps de l’Avent, de la venue, ou plus exactement de la seconde venue du Christ comme une réalité concrète, ils estiment que c’est une question de jours, ou tout au plus de quelques mois et certains d’entre eux se comportent en fonction de cet événement qui, à leurs yeux, ne saurait tarder.

D’ailleurs, à cette époque de son ministère, Paul partage probablement cette manière de voir, comme beaucoup de croyants, dans la première génération chrétienne : Jésus ne va certainement pas tarder, et les questions théologiques qu’on se pose sont très influencées par cette conviction. Par exemple, dans le passage qui suit celui que nous venons de lire, Paul s’efforce d’expliquer quel sera le sort respectif des croyants qui, au moment du retour de Jésus, seront encore en vie et de ceux qui, entre temps, seront morts. Et, manifestement, il a tendance à se placer lui-même, ainsi que les Thessaloniciens, dans la première catégorie, il pense qu’il y a beaucoup de chances pour que Jésus revienne avant sa propre mort physique à lui, Paul.

Le déroulement de sa vie l’aura évidemment amené à réviser ses convictions sur ce point, mais de toute façon, il ne faut pas que ces affirmations nous fassent sourire, dans ce genre de réflexion, on ne cesse de tâtonner, les questions et les réponses changent en fonction de l’époque, de la culture, de l’évolution des connaissances. Ce qui serait faux, ce serait de donner une fois pour toute une réponse stéréotypée en prétendant que c’est cela l’évangile. Et c’est en fonction de leur lecture de l’évangile que les Thessaloniciens vivent leur foi, à ce moment-là, d’une certaine manière. D’une part, ils connaissent probablement une sorte d’exaltation spirituelle, ce qu’on peut aisément imaginer puisqu’ils se croyaient arrivés à la fin de l’histoire. Mais, d’autre part, quelques-uns d’entre eux étaient peut-être menacés par une espèce de pagaille intellectuelle et morale, ce qui inquiète Paul.

En effet, si on a la conviction que tout va bientôt changer de cap, faut-il encore s’astreindre à bâtir quelque chose de durable en fondant un foyer, en exerçant un travail régulier ? Les questions sexuelles et la relation au travail sont ici les deux points sur lesquels Paul insiste, comme aussi dans le passage de l’épître aux Romains que nous avons lu. Sans doute parce que c’était sur ces points-là que le comportement de ses amis de Thessalonique était le plus fragile, à cause de l’ambiance, du contexte culturel dans lequel ils vivaient.

À lire l’insistance de certaines épîtres sur ces questions, on voit que la licence sexuelle constituait l’une des caractéristiques de la civilisation grecque païenne au sein de laquelle les jeunes églises se sont développées. Les nouveaux chrétiens étaient donc invités à se distinguer, sur ce point précis, de l’ambiance générale, notamment par l’insistance sur le mariage monogame et par la fidélité. En même temps, il devait être difficile, pour les quelques chrétiens de ces nouvelles communautés, de trouver une épouse chrétienne. Les familles juives et païennes qui les entouraient ne devaient pas tellement tenir à donner leur fille à ces espèces d’illuminés ! Lorsqu’il y a pénurie, il y a concurrence, rivalité, certains étaient peut-être tentés d’utiliser des moyens pas toujours recommandables pour se marier, en se faisant tort les uns aux autres, quant aux laissés pour compte, peut-être se résignaient-ils à revenir aux pratiques ambiantes, que Paul considère comme de la débauche.

Même chose pour ce qui concerne le travail. L’imminence du retour de Jésus pouvait faire paraître un peu dérisoire le souci de l’activité économique et cela a pu entraîner quelques-uns des membres de la communauté à préférer laisser tomber ce genre d’occupation. Mais comme, en attendant, il faut tout de même manger et se loger quelque part, les voici à la charge des autres membres de l’église qui, peut-être, rouspètent un peu, et Paul a entendu parler de tout ça.

C’est sur ces deux points-là que je trouve sa réponse intéressante également pour nous. Bien sûr, il ne faut pas se braquer sur la formulation littérale de ces textes, on risquerait de n’y voir qu’un traité de morale sexuelle ou de morale du travail ce qui reviendrait à en déduire que le péché, c’est le sexe ou c’est l’oisiveté.

L’argumentation de Paul est différente. Outre le fait, important pour nous aussi, qu’il dit qu’il faut vivre, dans ce temps intermédiaire précédant le retour du Christ, d’une façon normale et responsable, ni désordonnée ni fanatique, il en souligne les motivations : 1°) l’amour du prochain, il ne faut pas agir au détriment de l’autre, en lui prenant sa femme ou en vivant à ses crochets ; 2°) le témoignage vis-à-vis des « gens du dehors », des non chrétiens, bien se conduire envers eux, ne pas vivre à leurs dépens.

Oui, ce texte reste actuel pour nous.

Le temps de l’Avent est un rappel liturgique symbolique de cette attente de la venue du Christ qui manifestera le règne de Dieu. Nous ne savons ni quand ni comment cela se produira. Depuis la deuxième ou la troisième génération chrétienne, on a appris à situer cette attente dans une perspective temporelle différente. Le retard du retour de Jésus a sans doute été l’un des problèmes théologiques de la fin du premier siècle. Maintenant nous voyons les choses autrement, ce qui ne doit pas signifier que nous sommes devenus indifférents à cette attente. Si elle n’est plus fiévreuse, marquée par l’imminence, comme pour les gens de Thessalonique, elle engage cependant notre responsabilité de croyants et de témoins chargés de manifester de diverses manières que nous portons en nous une espérance pour ce monde, une espérance que nous appelons le règne de Dieu et qui est, comme l’affirme l’évangile de Luc que nous avons lu « au milieu de nous », parmi nous, en nous !

Et à ce propos, comme autrefois à Thessalonique, nous avons à tenir compte des mêmes éléments :

D’abord le contexte dans lequel nous vivons, la culture qui marque notre comportement, et que nous partageons avec nos contemporains. Non pas qu’il faille nous y conformer, pas plus que les chrétiens de Thessalonique n’étaient invités à adopter le comportement des Grecs, mais il faut savoir à qui on parle, ce que veulent dire les mots, quels sont les courants d’habitude, de passion, de pensée, d’espoir ou d’inquiétude qui caractérisent une époque au sein de laquelle nous sommes chargés de montrer que le règne de Dieu est en marche. Ce que le théologien Karl Barth voulait dire en invitant les chrétiens à avoir sur leur table en même temps la Bible et le journal.

Ensuite, les critères d’action et de foi que Paul suggère aux Thessaloniciens restent les mêmes pour nous. Ce qui est mauvais, ce qu’on peut appeler le péché si on veut, ce n’est pas telle ou telle action plus ou moins choquante, c’est tout ce qui se fait au détriment de l’autre et lui cause du tort, tout ce qui s’oppose à la règle fondamentale que Jésus est venu incarner au sein de l’histoire humaine : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Alors, la débauche des Grecs ou des Français, j’admets que ce n’est pas bien joli, et je ne cherche évidemment pas à vous y inviter par mes propos, mais gardons-nous de nous braquer exclusivement là-dessus, il y a, aujourd’hui comme hier, bien d’autres façons, parfois beaucoup plus subtiles, de faire du tort à son prochain, dans le monde et même dans l’église !

Attendre le règne de Dieu, vivre l’Avent, c’est vivre par anticipation tels que Jésus s’attend à nous trouver, en appliquant à toute action ce critère qui consiste à se demander si c’est positif ou négatif pour l’autre, si ça apporte un bien ou si ça s’exerce au détriment de quelqu’un. Et ça touche à tous les domaines de notre vie, à nos choix de tous les instants, le règne de Dieu n’est pas ici ou là, il est au milieu de nous !

Mais, au fond, comme dirait Paul aux Thessaloniciens, tout cela, vous le saviez déjà, c’est ainsi que vous vous comportez, vous n’avez pas besoin qu’on vous le dise car vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres.

Alors, considérons que ce moment de prédication d’aujourd’hui n’aura été qu’une révision et qu’il peut parfaitement se conclure par cette formule qui revient à deux reprises dans ce passage de Paul aux Thessaloniciens : faites encore de nouveaux progrès dans ce sens, faites encore mieux, faites encore plus !

Ce sera la bonne façon de vivre ce temps de l’Avent, en attendant qu’il vienne !

Amen.

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