Mon premier ressenti lorsque la crise sanitaire du coronavirus nous est parvenue de Wuhan, en Chine en ce début d’année 2020, est  apparu très clairement à mon esprit : la nature exploitée, épuisée, exsangue de ce que l’homme moderne lui fait subir nous lance un ultime message d’alerte de survie.

C’est en observant les acacias qui ornent mon balcon par leur verdure et leur grappe de fleurs odoriférantes que je me mets à rêver d’un monde différent.

Les hommes retirés chez eux, la nature reprend ses droits inaliénables. Dire que nous sommes petits face à elle est une tautologie, et pourtant…

Qu’a-t-elle à nous apprendre encore ? Les scientifiques ont mis à jour un langage élaboré par les mycorhizes des arbres. Il s’agit d’un réseau très étendu, souterrain, discret et pourtant indispensable à leur survie. Cette communication qui se réalise à travers les champignons permet aux végétaux de véhiculer des émotions, de créer des liens d’amitié, faire famille, développer une solidarité certaine.  Les oiseaux viennent y trouver refuge, si loin de nos préoccupations humaines.

Matthieu 6 :26 : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, et ils n’amassent rien dans les greniers et votre Père céleste les nourrit ».

Ambiance à l’Aube de Pâques – vidéo d’Anne Daniels

Alors, comment méditer sur ce verset dans ce contexte si particulier ? Que voulons-nous ?

Souhaitons nous revenir au chacun pour soi, enfermé dans nos propres certitudes douteuses ?     Des familles à la rue, des malades isolés et confinés à l’année, des femmes violentées, des enfants maltraités, des étrangers livrés à leur angoisses, un personnel soignant à l’asphyxie, des travailleurs mal considérés, en burn-out, des agriculteurs qui se suicident car après avoir travaillé toute la semaine ils ne peuvent subvenir aux besoins de leur famille?

Sommes-nous en paix avec cela ? Quelles stratégies machiavéliques devons-nous inventer pour nous empêcher de voir ?

L’indifférence explique-t-elle tout ? A quel prix ?

Alors, je me réfugie dans le rêve, une certaine utopie ou ma spiritualité et je cherche mes alternatives… quel est ce monde dans lequel je souhaite vivre ?

Quelle sera ma trace après mon passage sur cette terre ? Qu’aurais-je laissé à mon enfant si je me tais ?

Ma réponse passe par un changement de société assez conséquent.

Et je rejoins d’autres  « rêveurs  éveillés », tels Philippe Van Parijs ou plus récemment le pape François (une fois n’est pas coutume !) sur le souhait de mettre en place un « changement indispensable pour l’avenir »; je parle bien d’un revenu inconditionnel de base assuré pour tous. Et ce n’est pas une lubie.

Les modalités d’attribution sont certes complexes  ainsi que les questions qu’il soulève, mais il me laisse entrapercevoir un vaste filet d’espérance auquel je compte bien participer aussi modestement soit il. La société, au sortir de cette crise sera prête au débat et je suis assez confiante sur notre capacité à nous remettre en question, à remettre en débat des modèles sociétaux archaïques, qui ont fait leur temps.

Et en tant que chrétienne protestante, se trouvent en ce débat les valeurs de justice et dignité que je recherche. Alors excusez-moi d’avoir été si longue pour amorcer une question si simple car les blagues les plus courtes sont toujours les meilleures… mais je ne fais que mettre par écrit  une question abordée avec certains d’entre vous lors de la conférence sur le travail au Hâ 32 en janvier dernier. Ce fut un moment de partage qui m’a redonné confiance en l’avenir.

Merci d’avoir pris le temps de me lire. Je me réjouis d’avance à l’idée des  échanges qui ne manqueront pas de fuser dans les prochains mois à ce sujet, en communauté comme ailleurs…car le temps est venu de trouver des solutions dignes et respectueuses pour le plus petit d’entre nous.

Daphné

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