Réconfort et encouragement

Prédication audio du pasteur Eric de Bonnechose apporté le 21 février 2021 à l’Eglise Protestante Unie de Mérignac à l’occasion du culte de réconfort et d’encouragement

Lecture biblique

Ils arrivèrent à Bethsaïda ; là, on amena à Jésus un aveugle et on le pria de le toucher. Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village. Puis il lui mit de la salive sur les yeux, posa les mains sur lui et lui demanda : « Peux-tu voir quelque chose ? » L’aveugle leva les yeux et dit : « Je vois des gens, je les vois comme des arbres, mais ils marchent. » Jésus posa de nouveau les mains sur les yeux de l’homme ; celui-ci regarda droit devant lui : il était guéri, il voyait tout clairement. Alors Jésus le renvoya chez lui en lui disant : « N’entre pas dans le village. »

Évangile de Marc 8 : 22-26

Un accompagnement

En préparant ce culte « de réconfort et d’encouragement », le groupe de prière nous a gentiment (!) confié ce récit de guérison. Une guérison en deux temps. Pourquoi ce choix ?

– Un récit de guérison, parce que bien-sûr, la guérison semble être le prototype de ce qui redonne de la vie, de l’élan, de l’encouragement et du réconfort. Et au-delà du réconfort moral dont nous pourrions avoir besoin, pourquoi ne pas confier aussi nos soucis de santé, et les lourdeurs de nos corps, au soleil de la grâce de Dieu ?

– Mais le groupe de prière a choisi un récit de guérison un peu laborieux, dans lequel Jésus a besoin de s’y reprendre à deux fois, peut-être pour que nous soyons décomplexés par rapport à l’idée d’un miracle de guérison trop soudain et total, et que nous osions plus facilement nous exposer à la prière ! Il y a aussi des guérisons et des réconforts qui se font progressivement, et qui ne sont pas moins l’œuvre de Dieu.

C’est ce qui frappe d’ailleurs dans ce récit, son aspect progressif. Et ce n’est pas seulement comme une sorte de difficulté de Jésus à obtenir un résultat probant (on reviendra tout à l’heure sur le sens que nous pouvons donner à cette difficulté), mais on voit dans le récit une véritable dimension d’accompagnement. Jésus prend la main de l’aveugle pour l’emmener à l’écart, il y va carrément dans le contact physique (la salive !), il s’inquiète du résultat obtenu, il réitère son geste, et il indique la conduite à tenir après la guérison.

Tout un processus, bien éloigné d’une déflagration de puissance, et qui vient dire à cet homme :

– je t’accompagne, je m’intéresse à toi dans la totalité de ce que tu es, tu n’es pas seulement un objet de soin,

– et je suis avec toi dans la durée ; même si parfois tu as l’impression que tu n’en retires pas de bienfait, cela n’empêche que je suis avec toi. Et vous entendez déjà résonner cette parole qui sera celle du Ressuscité : « je demeure avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ».

Un récit d’illumination des disciples

Alors, il y a une raison particulière, qui fait que cette guérison est progressive. Une raison théologique que je vais développer un peu, et qui montre à quel point ce récit tisse ensemble la restauration physique et le parcours spirituel. Loin d’être un récit de miracle un peu rustique, comme certains le pensent (l’histoire de la salive et de la boue, cette image floue des hommes perçus comme des arbres…) on trouve ici une élaboration très fine de la part de Marc. Jugez-en plutôt :

– Avant cette guérison, Jésus vient de s’adresser vigoureusement à ses disciples : « Vous ne réalisez pas encore ? Vous ne comprenez-donc pas le miracle des pains ? Vous avez le cœur endurci ! Vous avez des yeux, et vous ne regardez pas ! » Les disciples ne comprennent pas, et ils sont aveugles !

– Il y a une question autour du village ; l’homme est emmené à l’écart, et ne doit pas y retourner, comme s’il lui fallait sortir du milieu social de ce village, trouver une nouvelle liberté, tout autant que recouvrer la vue. Or quel est le nom de ce village ? Bethsaïda, ce qui veut dire : « maison des pêcheurs ». D’après Jean, c’est de ce village qu’est originaire Philippe, l’un des premiers disciples (Jn 12,21), et sans doute aussi Simon Pierre et André. Pas un hasard !

C’est de ce village que Jésus a sorti ces disciples pour en faire des pêcheurs d’hommes, ce qui est une première étape, mais pourtant ils ne comprennent pas encore. Ils ne peuvent pas comprendre qui est Jésus, avant la croix. C’est la clé de compréhension de ce récit. Les disciples avant la croix sont des aveugles qui commencent à voir un peu, mais qui ont du mal à distinguer les choses. Ce n’est qu’à la lumière de Pâques qu’ils pourront voir de façon complète, et Jésus, et les hommes… et pourquoi pas aussi les arbres !

C’est ce que Marc dit juste après, avec l’annonce de sa mort et de sa résurrection. « Il faut que cela arrive ». Marc ajoute que Jésus annonçait cela « clairement » aux disciples, comme une vérité à regarder avec des yeux guéris.

Physique et symbolique

Il y a donc dans ce récit, indissociablement mêlées, l’histoire d’une guérison d’aveugle, et l’histoire d’une illumination progressive des disciples. Jésus de Nazareth, l’homme puissant qui guérissait les malades, ne s’efface pas totalement pour laisser place après Pâques au Christ spirituel et insaisissable de la foi. Ce que Jésus a été durant sa vie terrestre laisse encore son empreinte dans le Christ ressuscité. Et inversement, sans l’éclairage de la résurrection, nous ne pouvons pas bien comprendre qui était Jésus de Nazareth.

Dans l’Évangile, le physique ne s’efface pas entièrement devant le symbolique. Ce récit n’est ni un pur reportage sur une guérison miraculeuse, ni un texte purement poétique pour nous parler de l’ouverture des yeux de la foi, des yeux spirituels. Les deux demeurent liés. Pas de bienfait physique ou moral sans une authentique démarche spirituelle, et pas de démarche spirituelle sans qu’elle puisse avoir un impact sur nos corps et sur nos relations.

Il faut donc avoir de l’humilité et de l’audace. D’une part l’humilité de nous dire que les problèmes bien concrets, et parfois envahissants, de nos vies, ne sont pas le tout de notre vie. Il faut sortir du village de nos soucis trop envahissants, de nos habitudes, de nos plaintes, de nos façons de voir et de penser, de nos regards trop influencés par l’esprit de notre temps. Avoir l’humilité de nous en remettre avant tout à Dieu, et à la longueur du temps, avec cette foi qu’il nous accompagne.

Les témoignages ne manquent pas de personnes qui n’ont pas été soulagées de leurs fardeaux, mais qui par leur foi et le rayonnement de leur regard ont été autour d’elles des témoins formidables.

Et d’autre part, à côté de cette humilité, il nous faut avoir aussi l’audace d’engager quelque chose de nos vies concrètes devant Dieu, l’audace d’apporter ce qui pèse dans nos vies pour le déposer sous le soleil de la grâce. L’audace de croire que quelque chose peut changer, pour nous et pour les autres.

La croix, humilité et audace

La croix parle de cela. Jésus, qui a guéri de nombreuses personnes, n’a pourtant pas cherché à sauver sa peau. Ce que certains lui ont d’ailleurs bien reproché, sur la croix : « il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même ! » Vu du côté des disciples, avant que leurs yeux s’ouvrent tout à fait, la croix est un malheur, une déception, un échec. Vu du côté de Jésus, et des chrétiens d’après Pâques, la croix est une obéissance, un don de soi, une victoire de l’amour sur la recherche prioritaire de son bien-être.

La croix est une humilité. Comme l’écrit Paul aux Philippiens : « Jésus-Christ, lui qui était vraiment divin, ne s’est pas prévalu d’un rang d’égalité avec Dieu, mais il s’est vidé de lui-même en se faisant vraiment esclave, en devenant semblable aux humains ; reconnu à son aspect comme humain, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à la mort — la mort sur la croix. »

Mais il y a aussi une audace, qui vient de la résurrection. Croire que Jésus-Christ est vivant, c’est croire que quelque chose demeure de son autorité, de sa puissance de vie, de sa capacité à faire sortir du village pour ouvrir les yeux. Il nous revient alors de nous laisser prendre par la main, et de lui confier nos découragements et nos pesanteurs. C’est ce que nous allons faire tout à l’heure, avec humilité et avec audace.

Amen. 

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