Ta foi peut-elle te sauver ?

Prédication de Mustapha Aliouat du 14 mars 2021 au Temple de Talence. Ce culte a été enregistré et la vidéo publiée sur YouTube.

Lecture biblique

 Jésus s’en alla avec lui. Et une grande foule le suivait et le pressait. Or, il y avait une femme atteinte d’une perte de sang depuis douze ans. Elle avait beaucoup souffert entre les mains de plusieurs médecins, elle avait dépensé tout ce qu’elle possédait, et elle n’avait éprouvé aucun soulagement, mais était allée plutôt en empirant. Ayant entendu parler de Jésus, elle vint dans la foule par derrière, et toucha son vêtement. Car elle disait: Si je puis seulement toucher ses vêtements, je serai guérie. Au même instant la perte de sang s’arrêta, et elle sentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Jésus connut aussitôt en lui-même qu’une force était sortie de lui; et, se retournant au milieu de la foule, il dit: Qui a touché mes vêtements?  Ses disciples lui dirent: Tu vois la foule qui te presse, et tu dis: Qui m’a touché? Et il regardait autour de lui, pour voir celle qui avait fait cela. La femme, effrayée et tremblante, sachant ce qui s’était passé en elle, vint se jeter à ses pieds, et lui dit toute la vérité. Mais Jésus lui dit: Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix, et sois guérie de ton mal.

Évangile de Marc 5 : 24-34

Avouez que ce n’est pas très agréable de se faire doubler par un resquilleur, alors qu’avec patience nous attendons notre tour devant un bureau de poste, un secrétariat de cabinet médical ou dentaire !

C’est le cas pour Jaïrus, chef d’une synagogue.

Malgré la controverse, que suscite Jésus le Galiléen, dans les cercles religieux de Jérusalem, Jaïrus, prenant du recul par rapport à ses collègues prêtres, sollicite l’aide du Christ, pour qu’il guérisse sa petite fille mourante, âgée de 12 ans.

En appelant Jésus à son aide, il fait acte d’humilité. Ce père fait donc l’impossible pour que son enfant guérisse. Que ne ferait-on pas en tant que père, ou mère pour sauver son enfant d’une mort certaine ?

Mais un imprévu va retarder l’intervention de Jésus. Inquiet, pressé et peut-être agacé, Jaïrus se voit griller la politesse par une femme impure.

Souffrant depuis 12 ans d’une maladie de sang, cette femme inconnue surgit de la foule, en bousculant disciples et badauds.

Dans cette foule nous trouvons plusieurs groupes de personnes avec des diverses motivations :

Le 1er groupe, c’est celui des disciples. Ils sont heureux et fières de suivre Jésus de Nazareth, le Galiléen. Grâce à lui, ils ont trouvé un vrai sens à leur vie, un idéal et une cause pour vivre et lutter. Car dans une société où règnent la pauvreté, la précarité et l’exploitation, vivre c’est lutter !

Ils possèdent, pensent-ils, toutes les réponses à toutes les questions.
Ils sont sûrs de ce qu’ils croient et pensent.
Ils sont convaincus que leur choix de suivre Jésus est le bon.
Ils croient que demain va accoucher d’un royaume de justice et de bien-être.
Qu’une nouvelle société va naître. Ils vivent des moments exaltants !

Dans ces moments présents, fiers de faire partie de sa garde rapprochée, ils assurent tant bien que mal, au milieu des bousculades, le service d’ordre.

Dans le 2ème groupe, nous trouvons dans cette foule bigarrée des badauds, des curieux et des personnes désœuvrées. Nous trouvons aussi des mendiants et des enfants, des malades et des infirmes.

La plupart de ses hommes, femmes, et enfants sont séduits, fascinés par l’extraordinaire personnalité de Jésus. Ils ne comptent ni les distances, ni leur temps. Ils veulent être là, où le Christ est.

Dans le 3ème groupe, nous trouvons des représentants de divers pouvoirs religieux :
des pharisiens évidemment, des saducéens vraisemblablement, des esséniens probablement.
Mais aussi des agents envoyés par les prêtres du Sanhédrin.

Au milieu de cette ambiance bon enfant, nous pouvons imaginer deux types de regards balayant chaque chose, chaque personne et scrutant les faits et gestes de celui qui appelle Dieu le Très haut, son père !

Regards admiratifs et regards suspicieux se croisent et recroisent. Le type de regards détermine donc le type de personnes. Ne dit-on pas que « les regards sont les miroirs de l’âme ? »

Dans toute foule plane l’ombre de l’anonymat. Le nombre étouffe la liberté et sans liberté, il n’y a plus d’individu ! Les slogans, les émotions et les passions remplacent toute réflexion. Le maximalisme et les « y’a qu’à, faut qu’on » orchestrent tout discours. Alors on ne s’engage pas personnellement, on vit par procuration.

Les interpellations du Christ (appel à la repentance, à la conversion, à le suivre…), c’est pour l’autre, les miracles, l’extraordinaire, c’est peut-être pour soi.

Alors comment en profiter ?

De cette scène de rue, une inconnue sort de l’anonymat et ignore les slogans ambiants. Elle a consulté tant de médecins. Elle a essayé tant de traitements. Elle a tant espéré !
Si beaucoup de personnes éprouvées finissent par baisser les bras, cette femme sans nom, malgré tant d’années de souffrance, a encore la force d’espérer et de croire.

Cette femme souffrante et impure n’est pas là, pour suivre des meneurs, pour boire les paroles d’un tribun hors norme, mais pour guérir. Noyée dans la foule, elle reste une personne libre en exprimant un désir personnel très fort. Elle veut guérir.

Cette femme de foi ne connaît pas le Christ personnellement, mais uniquement par ouï-dire. Elle croit avec force en lui, en son amour, en son pouvoir.

« Si je puis seulement toucher* (haptomai en grec) ses vêtements, je serai guérie. »

Alors, affaiblie par la maladie, elle réussit à franchir le cordon de sécurité mis en place par les disciples. Nous tous savons que toute maladie de sang anémie les forces physiques. Mais sa foi lui donne des ailes, de l’énergie !

On peut dire de la violence…. Jésus lui-même ne déclare-t-il pas :

« … le royaume des cieux est forcé, et ce sont les violents qui s’en emparent. »

Matthieu 11 : 12

L’explication de ce passage difficile se trouve peut-être là.
La violence qu’attend le Christ de nous, n’est pas celle de la haine, ou du meurtre.
Mais c’est celle de la force de croire qui permet de s’approprier d’une promesse, de saisir une opportunité. C’est maintenant ou jamais ! Avec une seule pensée : c’est peut-être ma chance. Croire, c’est vivre !

Cette fille de la Maison d’Israël ne touche ni le bras, ni la main, ni le visage du Christ, mais son vêtement ! Ce n’est pas la longue robe éclatante tenue par une ceinture d’or d’Apocalypse 1 : 13,
ni le manteau royal du Seigneur dans Ésaïe 6 : 1.

C’est un vêtement ordinaire, semblable à des centaines de vêtements ordinaires, portés par des individus ordinaires. Ce tissu n’est donc pas magique.

Peinture illustrant la scène de l'Evangile de Marc 5 de la femme souffrant d'une maladie de sang
Jésus guérit la femme hémorroïsse, détail, cathédrale de Monreale, Palerme, XIIème siècle [© Enzo Lo Verso]

C’est Jésus le Galiléen, en qui transpire de la divinité, qui guérit !

Non seulement, elle a déjoué le service d’ordre mais aussi l’attention du Christ.
« Jésus connut aussitôt en lui-même qu’une force (dunamis en grec) était sortie de lui ;
et, se retournant au milieu de la foule, il dit : Qui a touché mes vêtements ? »

Quelle question !
Ses disciples lui dirent : « Tu vois la foule qui te presse, et tu dis : Qui m’a touché ? »

Cette fille d’Abraham nous donne par sa détermination, une magnifique leçon de foi !
Il arrive parfois que nous traversions des situations difficiles. Alors attachons-nous aux promesses de Dieu et élevons notre âme vers Lui, par nos prières.

Nous ne devons pas rester dans la foule des sceptiques et des anonymes (des 51% : vérité au-delà, erreur en deçà) en nous disant : si Dieu le veut, Il me touchera. Non, c’est à nous de le toucher jusqu’à ce qu’un échange se fasse dans notre vie.

Question pour moi, question pour toi, mon ami.e

Nos souffrances morales et physiques, ont-elles étouffé notre foi ?
Ont-elles éteint toute joie de vivre ?
Le Christ, notre compagnon de vie, n’est-il qu’un tribun, un conteur, ou un sauveur ?

Dieu par Jésus-Christ veut être une personne vivante pour nous et non un crucifix de pierre ou de bois, une icône seulement, ou encore un livre sacré !

La grande question que le Christ laisse à chacun.e., est : qui suis-je pour vous ?
Jésus fils de David, fils de Joseph ou le Christ, le Fils du Très haut ?

Faisons tomber toutes les barrières (préjugés, scepticisme, lassitude) qui nous empêchent de nous approcher du Christ ressuscité.

Nous nous sentons bien souvent insatisfaits dans notre vie, vidés, voire découragés. C’est le moment non pas de nous lamenter sur nous-mêmes, mais de le rechercher et de nous approprier ses promesses, comme

« et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. »

Matthieu 28 : 20

Nous devons nous approcher de Lui, par la prière pour le rencontrer personnellement.
Car il n’y a pas de foi sans rencontre. C’est alors que nous serons différents, car quelque chose se passera.

Cette Israélite n’a pas demandé la permission à Jésus pour toucher le bord de son vêtement. N’a pas attendu sagement son tour pour être guérie.

Il faut de la hardiesse pour croire au message du Christ et pour répondre à son appel. Une foi vivante est une force qui permet à n’importe qui d’entre nous de soulever toutes sortes d’obstacles. Rien ne peut stopper une foi vivante.

Mais bien plus, cette foi que nous donne notre Seigneur, est un don divin. Elle procure la paix de l’âme. Philippiens 4 : 6- 7
Les tourments et les inquiétudes s’évanouissent.
L’avenir ne fait plus peur, le présent n’est plus pesant, et le passé n’est plus tourment plus.

Mais Jésus lui dit : Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix, et sois guérie de ton mal.

En Orient, un jeune homme ne peut pas dire à une femme plus âgée « Ma fille… ».
Ces paroles sont non pas de Jésus fils de Joseph, mais du Christ, Fils de Dieu.

Grâce à son acte de foi (ipisté en grec) cette femme inconnue devient une fille de Jésus, du Christ, une enfant de Dieu le Père ! Purifiée et guérie, elle est une nouvelle créature. Par sa foi, elle sait qui est Jésus.

Mais pour les docteurs de la Loi, sûrs de leur savoir, Jésus resta une énigme.

Nous trouvons dans l’Évangile de Jean 1 : 11-13, cette merveilleuse déclaration :
Toute personne qui reçoit, qui croit au Christ Jésus, « Parole de Dieu faite chair »,  devient enfant de Dieu, grâce à la volonté de Dieu.

Quelle merveilleuse espérance, quel message magnifique !
Devenir un enfant de Dieu, c’est être porteur d’espérance et de fraternité.

Nous ne pouvons pas vivre notre foi en incognito en suivant les 51%. Le monde a plus besoin de fraternité que de technologie, d’Évangile que d’algorithmes. De disciples du Christ que de propres justes.

Enfants d’Abraham et de Christ, Fils et Filles de Dieu, croyons au Dieu d’Amour et plein de miséricorde. Nous pourrons à notre tour, entendre les paroles du Christ :

« ma fille, mon fils, va en paix, ta foi t’a sauvé.e. »


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